‹ Contribution à l'Étude de l'OthématomeChapitre 22 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Diagnostic.

Le diagnostic de l’othématome n'offre point de difficultés sérieuses. Cependant, nous tenons à signaler les affections dont les symptômes ressemblent plus ou moins à ceux de l’othématome avec lequel on pourrait peut-être les confondre :

1) La contusion donne parfois lieu à un épanchement, mais il est très superficiel et au bout de deux ou trois jours on voit apparaitre les teintes diverses et successives de l'ecchymose. Dans l'othématome, la collection est plus profonde et l’étude des commémoratifs élucidera le diagnostic ;

2) Avec le furoncle du pavillon. Ici, on constate une petite élevure qui est rouge, chaude, douloureuse. Peu à peu, la région devient le siège d’un empâtement qui précède la fluctuation, puis la suppuration;

3) L’othématome a été souvent pris pour un érysipèle de l'oreille. Cette affection est beaucoup plus douloureuse, donne une réaction fébrile parfois intense, de violents maux de tête, ce qui ne se produit jamais dans l'affection qui nous intéresse ;

4) Peut-on confondre l'othématome avec une engelure ? Les localisations sont différentes; l'engelure produit un gonflement de l’hélix et du pourtour du lobule, donne des sensations de brûlure et provoque de violentes démangeaisons que nous ne retrouvons pas ici;

DR

5) Quand la rupture vasculaire se fait à l'intérieur du conduit, comme nous en avons signalé une-observation, ne pourrait-on pas le confondre avec une otite externe. Dans ce cas, les douleurs vives qui s’irradient dans toute la tête, les bourdonnements et souvent un écoulement purulent préviendront toute confusion;

6) Les tumeurs, telles que les enchondromes, peuvent faire hésiter à porter un diagnostic. Mais ici l’évolution, la marche lente, la dureté cartilagineuse de la tumeur à

n'importe quelle période écarteront l’idée qu'on a affaire à

un othématome ;

7) L’angiome du pavillon si fréquent a surtout prêté à confusion. Ici cependant le souvenir des commémoratifs,

l'apparition à la naissance, son augmentation de volume

par les pleurs ou les cris fixeront le diagnostic.

On voit donc que l'on .ne peut confondre l’othématome avec une autre affection du pavillon quelle qu'elle soit. On devra se rappeler cependant que le traumatisme n'est pas l'unique cause capable de produire un hématome du pavillon, mais que les diathèses (alcoolisme, syphilis), prennent une grande part dans l’étiologie de cette affection.

Lot À

GHAPITRE VII

Pronostic.

Que signifie l'othématome ? On le considérait autrefois comme le signe pathognomonique des aliénés. D’après une statistique de Sir Jon RoosA qui porte sur 24 cas dont.une femme, on trouvait 8 paralyliques généraux, 6 mélancoliques, 4 manies aiguës, 4 manies chroniques, 2 déments.

MERLAND déclare « malheur à la personne chez laquelle de semblables manifestations se produisent, car elles coïncident soit avec l'inéurabilité reconnue soit avec le passage à la chronicité ».

COMBEMALE affirme que la présence d'un othématome aigu en dehors de l'influence que peut produire le traumatisme, « vaut un certificat de déchéance intellectuelle et qu'il représente la marche de la paralysie générale se produisant par à coups congestifs et irritifs ». [1 met en parallèle, les tumeurs sanguines, les tournioles, les abcès spontanés nâissant sur les doigts des aliénés. Tous ces symptômes sont pour l'aliéniste les signes d'une maladie incurable. Chez les déments paralvtiques et les déments vrais, l'apparition de ces troubles trophiques extérieurs sont comme la perte de la mémoire, autant de présomptions en faveur de l’incurabilité mais tandis que chez les paralysés l'othématome est un épisode sans importance dans l’histoire de leur maladie acquise depuis longtemps, l'apparition de ces tumeurs marque chez les autres le début d'une aggravation et peut faire porter un pronostic très sombre à brève échéance.

— 60 — ae

MABILLE cite cependant cinq observations, de malades, atteints de folie impulsive, lypémanie, manie aiguë, avec complication d’hématome parfois double, qui ont les uns éprouvé une amélioration sensible, les autres une guérison définitive.

En Amérique, l'apparition d'un hématome est considéré comme garant d’un bon pronostic chez les fous. En effet, la folie se termine rarement par une guérison complète. Mac DoxaLp rapporte trois observations de malades jeunes, qui étaient tous les trois atteints de manie aiguë et qui guérirent à la suite de la formation d'othématome. Les chirurgiens ne tardèrent pas à conclure que leur production était nécessaire pour que les malades guérissent.

Nous ne-pouvons donc établir aucune relation entre la présence de l’othématome et le degré d'incurabilité des aliénés. |

Chez les jeunes sujets sains de corps et d'esprit, le pronostic aussi bien fonctionnel que vital est extrêmement bénin. Tout au plus peut-on craindre que l’épaississement du pavillon, sa rétraction et l’obturation partielle du conduit auditif externe entraînent une diminution de la fonction auditive.

Page 1