CHAPITRE PREMIER
Historique.
La plupart des auteurs attribuent à Brrp et à NEUMANN la paternité de l'étude sur les othématomes. En effet, on a beau chercher dans les auteurs anciens une description des tumeurs sanguines ou séro-sanguines du pavillon de l'oreille, on ne la rencontre nulle part. Cela ne veut pas dire pourtant que cette affection ne soit pas connue. Dans une étude récente sur Hippocrate, KorNER fait ressortir que ces lésions n'étaient pas restées inaperçues de cet auteur et que, de même qu'il décrit les fractures du crâne et les plaies de la tête, il avait noté les déformations du pavillon chez les athlètes. Ceux-ci paraissaient très fiers des cicatrices vicieuses qu’ils présentaient aux oreilles et en faisaient des témoins honorables et décoratifs qui commandaient le respect. L’oreille recroquevillée était alors un stigmate du courage, tandis que plus tard on devait en faire un symptôme de maladie mentale. TROELTSCH fait de même cette remarque curieuse qu'on observe couramment l’othématome comme ornement plastique et régulier sur les statues antiques d’athlètes, de lutteurs et de quelques demi-dieux, surtout célèbres par leur force, tels que Hercule, Castor, Pollux et Hermès. Les guerriers illustres et les personnalités historiques, tel Hector, sont ‘aussi représentés avec l'oreille déformée par l’hématome. Il existe au Musée d'Athènes la
tête du lutteur d'Olympie qui présente une déformation des deux oreilles. La tête du célèbre gladiateur Borghèse, au Louvre, montre aussi une oreille fort disgracieuse. Le Professeur VALENTIN, de Berne, signale qu'une tête en bronze du Musée delle Terme, à Rome, porte des oreilles recroquevillées, comme chez les lutteurs modernes. ViRCHOW signale cette déformation chez un lutteur japonais et Jasuraburo Sakaki confirme cette constatation. Il donne l’explication suivante : dans une partie de lutte, le lutteur japonais appuie fortement sa tête contre la poitrine de son adversaire; le pavillon, .ainsi violemment comprimé et froissé, devient fréquemment le siège d’un épanchement sanguin. VALENTIN, de Berne, donne la même explication et retrouve cette déformation professionnelle chez les lutteurs suisses, mais localisée à droite parce que, dans certains cantons, les méthodes de lutte sont différentes, et c’est le côté droit de la tête qui doit s'appliquer sur la poitrine de l'adversaire pendant la première phase de la lutte.
Il faut arriver en 1833 pour trouver, dans le journal de GRAEFE et VALTER, de Berlin, une série de six observations rapportées par BiRp et constatées chez des aliénés. L'auteur désigne alors cette affection sous le nom de « Maladie inflammatoire de l'oreille externe spéciale aux aliénés » et en place le siège à l’intérieur de l'hélix.
L'année suivante, NEUMANN en fait une forme d’érysipèle de l'oreille. En 1838, FErrus, dans ses leçons à l’'Hospice de Bicêtre, rapportées par la Gazette des Hôpitaux de la même année, décrit l'othématome comme apparaissant de préférence dans la manie chronique, la démence, la paralysie générale. Il ne croit pas, cependant, que cette affection soit uniquement due à ces maladies mentales, mais bien plus sûrement aux frottements des faces latérales de la tête sur les draps de lit.
BELHOMME, dans la Gazette des Hôpitaux de 1842, rapporte une observation de malade atteint d'othématome, et attribue sa cause au ralentissement de la circulation normale dans