‹ Contribution à l'Étude de l'Otoméningite AiguéChapitre 3 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

«Connaissez-vous dans l'organisme humain une seule cavité qui, dans un espace aussi petit, touche à tant d'organes impor- {anis et pour laquelle on doit redouter autant que pour la caisse du tympan les suppuralions et leurs conséquences ? » (Toynbee)'.

Contiguë à la grande cavité crânienne et située en outre dans le voisinage de plusieurs des sinus qui la sillennent, — séparée du golfe de la veine jugulaire par une mince couche osseuse, — affectant des rapports intimes avec l'oreille interne et les organes délicats qui y sont renfermés, — directement ouverte dansles cellules mastoïdiennes qui peuvent en être considérées comme une large diverticule, — traversée elle-même par un système compliqué d’osselets mobiles et par un nerf important logé dans sa paroi, —servant enfin d'appareil de transmission à l’une des plus utiles fonctions de l’économie, — il n’est pas étonnant que l'oreille moyenne ait attiré de lougue date l'attention des chirurgiens. Ils ont été frappés de longue date par l'importance fonctionnelle de ses lésions, par les orages symptomatiques qui viennent traduire leur évolution et par la gravité des complicalions qui en interrompent la marche normale.

Considérée en elle-même, la caisse du tympan est une cavité étroite et anfractueuse : son bas-fond est siluë en dessous du niveau des orifices normaux ou pathologiques qu'elle présente ; enfin,

l Toynbee ; Diseases of the ear ; trad. fr. 1872.

JE MIS elle communique librement par un orifice avec l'extérieur. C’est ainsi que les allérations suppuratives dont elle est si souvent atteinte possèdent tous les altribuls des plaies auxquelles M. le professeur Verneuil a donné le nom de plaies cavitaires et qui, on le sait, sont considérées comme les plus dangereuses.

La légitimité des complications qui surviennent dans le cours de l’otite moyenne se trouve encore justifiée par le fait de l'oblitération fréquente, au cours des inflammations, des conduits qui paraissent normalement destinés à porter au dehors les produits de la suppuration. A la décomposition putride des liquides inflammatoires viennent donc s'ajouter des troubles de rétention qui, nous le verrons dans la suite, ne contribuent pas peu à favoriser le retentissement de l’otite sur les organes voisins.

Ces complications sont de divers ordres ; on ne saurait s’en étonner en considérant la diversité des organes qui se trouventen connexion avec l'oreille moyenne el que nous venons d’énumérer.

Tanlôt on aura affaire à une infiltration purulente de l’apophyse mastoide ; d’autres fois, on se trouvera-en présence d’une paralysie faciale, d’une phlébite ou d'ane thrombose des sinus cràniens, d’une ostéite plus ou moins étendue du rocher. À maintes reprises, on a eu à déplorer l’ulcération de quelques-uns des gros vaisseaux situés dans le voisinage du temporal : sinus latéral, carotide interne ou jugulaire interne. Quand l’inflammation envahit la cavité encéphalique, on peut observer, soit l'inflammation chronique e! limitée de la dure-mêre au pourtour du rocher, la pachyméningite, — soit la phlogose, isolée ou simultanée, des méninges internes et de la substance cérébrale elle-même (méningite et abcès cérébraux ou cérébelleux). Enfin, dans quelques cas, heureusement rares, l'infection peut se généraliser davantage, et l’on voit une pyohémie à marche suraignêé et quasi foudroyante, mettre fin à l’évolution d’une otorrhée en apparence insignifiante.

La remarque de Toynbee n'avait donc rien d’exagéré : il n’est pas, dans l'organisme, de cavité pour laquelle on doive redouter,

autant que pour la caisse du tympan, les suppurations et leurs conséquences.

L'insidiosité de ces complications, la difficulté de les prévoir dans un cas déterminé, constitue, à côté de leur gravité, un deuxième caractère qui légitime leur étude et la recherche de leur mécanisme pathosénique. « Aussilongtemps, dit Wilde‘, qu’ilexiste une otorrhée, on ne peut pas dire quand, comment elle va finir, ni où elle peut mener. »

Les Anglais, chez lesquels l’otorrhée est peut-être plus fréquente qu'ailleurs, sont si bien pénétrés de cette idée que, dansleur pays, la constatation d'une otorrhée constilue un obstacle à contracter une police d'assurances dans les conditions ordinaires.

Nous avons eu l’occasion d'observer, dans le service de la Clinique médicale, deux cas d’otile suivie de mort ; dans l’un, l’issue fatale a été déterminée par une méningite purulente consécutive ; dans l’autre, l'otite s'est accompagnée de méningite partielle, et celle-ci a été suivie d'infection purulente. |

Ces deux cas, observés à un an d'intervalle, nous ont donné l’idée de consacrer à l'étude de l’otoméningite aiguë notre Thèse inaugurale. Nous nous en occuperons à l'exclusion des autres complications de lotile ; nous laisserons également de côté l’inflammation chronique de la dure-mère au voisinage des foyers anciens d'otorrhée, autrement dit la pachyméningite chronique partielle à point de départ auriculaire.

Nous déclinons même toute prétention à l'étude complète de l’otoméningite aiguë ; c’est sous forme de simple contribution que nous présentons ce travail, auquel nos deux observations et les réflexions qu'elles nous ont suggérées serviront de fondement,

Il est fort difficile d'apprécier mathématiquement la fréquence des complications méningées de l'otite, pour la raison bien simple

1 Wilde, cité par Træltsch, Mal, de l'Oreille, trad. fr., 1870.

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