CHAPITRE VI
Historique du Cardiazol
Après les travaux de von MÉDuNA, le Cardiazol, en injection intra-veineuse fut utilisé comme moyen de production de crises convulsives pour k& diagnostic différentiel de l’épilepsie en partant de ce fait que les doses convulsivantes ne sont pas les mêmes pour tous les individus, et sont très inférieures pour les épileptiques qui réagissent très facilement.
C'est BLUCKEN en 1935, qui ouvrit l'ère de ces travaux. LORE KRUGER, donne la statistique suivante : sur 12 épileptiques, 10 réagissent positivement par une crise pour des doses de 1,5 à 3 centimètres cubes.
En 1936, SCHOENMEHL ne se base que sur quelques épileptiques mais affirme néanmoins que l'éclatement d’une crise comitiale avec une dose de 0,5 à 3 centimètres cubes de Cardiazol permet de poser le diagnostic d’épilepsie.
B. STERN constate que l'injection de 2 centimètres cubes provoque une trise comitiale chez les épileptiques alors que la même dose injectée à des non-pileptiques ne provoque aucun trouble moteur.
E. SCHILLNG reste sceptique : il obtient de forts accès chez 3 malades non épileptiques suivis d'accidents, mais l'examen de ces 3 cas montre qu’il n'a pas tenu compte de certaines contre-indications du Cardiazol, en effet il s'agissait d'un convalescent de diphtérie, d'une méningite purulente et d’un malade intoxiqué par le gaz d'éclairage, On se demande pourquoi des essais furent tentés sur de tels malades !
C'est en 1936 que A. LANGELUDDEKE publie le résultat de ses travaux. C’est une statistique portant sur 40 cas, soigneusement étudiée et qui est véritablement la première étude systématique de la méthode.
Il injecte par voie intra-veineuse, 3 centimètres cubes de Cardiazol, injection rapide en 3 à 5 secondes. Le temps de latence entre la fin de l'injection et le commencement de la crise est toujours de moins de 1 minute. Il n'y a eu aucun accident. Sur 14 épileptiques cryptogénétiques, 9 réagirent par une crise typique, ? furent atteints d’un bref état crépusculaire, 3 n’eurent aucune crise (sur ces 3, deux firent une crise en augmentant la dose de Cardiazol).
Sur 9 épileptiques symptomatiques : 4 accès moteurs, 4 convulsions. Parmi les témoins non épileptiques à qui la même dose de Cardiazol fut injectée on trouve : sur 3 schrzophrènes, 1 crise — sur 1 paralytique général, 1 crise — sur 3 encéphalitiques, 2 crises — sur 10 malades divers, 2 crises douteuses (convulsions atypiques) soit sur 17 malades, 6 réactions positives.
L'auteur décrit les phénomènes objectifs et subjectifs ressentis par les malades. Il conclut en résumé : « On peut pro- « voquer des crises chez un grand pourcentage d’épileptiques « par piqûre intra-veineuse de 3 centimètres cubes de Car « diazol ».
« Chez des malades n'ayant pas de prédisposition prouvée « aux Crises, il n’y avait pas de crise provoquée par la dose « de 3 centimètres cubes de Cardiazol ».
« Les crises par Cardiazol correspondent exactement aux « crises spontanées, les crises par le Cardiazol peuvent donc « être utilisées comme diagnostic différentiel ». En général « les crises se produisent dans la minute suivant la piqûre, « elles ont duré jusqu’à 86 secondes. Les crises par Cardiazol, « paraissent indiquées pour l'étude des phases d’une crise ».
Remarquons dans cette étude que la dose de 3 centimètres cubes est trop forte, car si elle ne modifie par le pourcentage des épileptiques par contre elle augmente le pourcentage des non-épileptiques qui réagissent à l'injection.
Ces travaux furent suivis de ceux de GRUBEL, qui examine 40 malades et qui trouve 15 réactions positives sur 19 épileptiques. Il en tire les constatations suivantes : les crises purent être provoquées malgré l’état de cure antispasmodique de certains sujets, d'expérience, on trouve une aptitude convulsivante anormale chez certains oligophrènes.
WICHMANN, à son tour, apporte une statistique portant sur 183 sujets dont quelques individus normaux et 99 épileptiques.
La dose injectée est de 3 à 3,5 centimètres cubes. 76 épi-
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leptiques réagissent positivement tandis que 5 non épileptiques sur 77 font une crise. Soit un pourcentage de 76,76 % d’épileptiques et 7,04 % de non épileptiques.
En 1937, STENDER, puis G. HOYER, puis CAMPAILLA font connaître le résultat de leurs travaux. CAMPAILLA donne 68 % d’épileptiques comme réagissant par une crise.
G. MuyLe en 1938, dans deux communications ne se MOontre pas aussi convaincu. Après avoir indiqué les conditions de travail qu’il respecte : dose 1,8 centimètre cube (déduction faite de ce qui reste dans la seringue et l'aiguille de gros calibre) dose identique chez tous les malades (à l'encontre des auteurs précédents) toutes les épreuves en 9 jours, le matin à la même heure, conditions atmosphériques identiques sujets à jeun de sexe masculin, cas psychiâtriques hospitalisés, suppression préliminaire du gardénal (donc il surajoute l'épreuve de CLAUDE au test), injection rapide, il donne comme résultats :
4 sur 7 épileptiques symptomatiques réagit positivement par une crise. 8 à 9 sur 26 des épileptiques cryptogénétiques font également une crise soit 24,24 %.
Il donne un tableau comportant l’âge, le poids, le nombre annuel de crises des 2 années précédentes, la dose de gardénal, etc... mais n’y cherche pas d'indication particulière.
Il conclut sa première série d'expérience en ne reconnaissant qu'une valeur médico-légale limitée qui donne une extrême suspicion en cas de réaction positive, et permet de renforcer le diagnostic à l’aide des autres épreuves.
La deuxième série d'expériences porte sur 53 épileptiques dont 17 réagissent par une crise, soit 32,07 %, malgré la non interruption préalable du traitement antispasmodique. Sur les 53 sujets de contrôle 2 font une crise, soit 3,77 %.
Il remarque que « les sujets à poids peu élevé ont fourni plus facilement une épreuve positive » bien « que la tolérance individuelle des épileptiques vis-à-vis d’une quantité donnée de Cardiazol n’est pas directement proportionnelle au poids du sujet ». Il doute qu'il existe une dose limite « susceptible de provoquer une réaction pathognomonique chez les épileptiques et incapable de déclencher un accès semblable chez des non-comitiaux » en tous cas cette quantité doit être inférieure à 1,8 cc de Cardiazol.
I conclut à la non-spécificité du test qu’il accuse de n'être pas toujours négative dans les cas non-comitiaux. Il lui reconnaît cependant l'avantage d’être « d’application extré-
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mement facile » de n'avoir qu'un « temps de latence idéalement court » et de pouvoir « renforcer d’autres épreuves » telle que l’Hyperpnée.
La série des travaux continue avet DE MORSIER, G. GEORGI et RUTISHAUSER, H. KOST, F. LANGSTEINER et G. STIEFLER qui fixent la dose minima entre 2 centimètres cubes et 2,5 — J. O. TRELLES et H. MORANTE FEBRES,
En 1939, F. SAL y Rosas, L. VON MÉDUNA, NACHTSHEIM font paraître tour à tour leurs résultats.
NACHTSHEIM a expérimenté sur des lapins de souche épileptique qui donnent 83,33 % de crises par le Cardiazol. Pour lui, les accès provoqués sont identiques aux accès spontanés. L'épreuve a moins de valeur chez l'animal jeune, que chez J'animal adulte. Il pense qu'il existe chez l'animal comitial
un « seuil épileptique variant considérablement et dans un temps très court ». En 1940, nous avons les travaux de H. H. GOLDSTEIN et J. WEINBERG puis de A. MANCEAUX, C. BARDENAT et R. SUSINI, suivis en 1941 par une nouvelle publication de A. MANCEAUX, BARDENAT, SUTTER, BERTIN et SUSINI.
En 1942, paraît alors le remarquable travail de BARDENAT, M. POROT et LÉONARDON d’Alger. Leur statistique porte sur 200 malades, 100 épileptiques, 100 témoins atteints de diverses affections mentales et pris au hasard lors de leur entrée à l'Hôpital Psychiatrique de Blida (Alger). Il ne s’agit que d'hommes,
L'injection intra-veineuse rapide de 3 centimètres cubes de Cardiazol est faite le matin à jeun, après suppression pendant 8 jours du traitement anti-convulsivant.
Les résultats globaux donnent : sur 100 épileptiques, 87 tests positifs, 13 tests négatifs ; sur 100 épileptiques : 36 tests positifs, 64 tests négatifs.
Les auteurs après avoir étudié le rôle des différents fac-
teurs : race, poids du sujet, âge, rythme cardiaque de base (pouls avant épreuve), tonus neuro-végétatif — rythme cardiaque après le test, quotient épileptique (moyenne mensuelle des crises), nature des affections des malades non épileptiques soumis au test, tirent les conclusions suivantes : « Sur 100 épileptiques authentiques soumis au test, 87 ont donné un résultat positif. Le test chez les épileptiques est donc valable dans près de 9 cas sur 10. Sur 100 malades non épileptiques soumis au test, 64 ont donné un résultat négatif. Le test est donc valable chez les non-épileptiques dans les 2/5 des cas. »