VILL. — TRAITEMENT
Ici encore, nous nous trouvons au sujet du traitement en présence d'idées opposées. Ses adversaires ont a leur tête Gobbold, qui le croit inefficace et se contente de soins généraux; d’autres estiment qu'il faut tenter quelque chose.
Or, si l’on tente, et c’est un devoir, il faut se souvenir, qu'il y à trois sortes de traitement à mettre en œuvre :
Les traitements prophylactique, local et général.
La prophylaxie de la Bilharzioze est difficile pour ne pas direconjecturale, en théorie, vue l'ignorance où l’on se trou-
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ve du mode de pénétration du parasite dans l’organisme. Cependant Sonzino, se fondant sur l’idée généralement admise de la contamination par l’eau, a tracé un résumé magistral des moyens préservatifs à imposer aux intéressés. Je l’exposerai en peu de mots : éviter l’eau infectée ; si on ne peut l’éviter, la purifier; empêcher sa contamination dans la mesure du possible ; enfin hospitaliser ceux qui sont atteints.
Revenons sur chacun de ces préceptes.
On doit éviter l’eau infectée des sources ou des puits profonds, des citernes, des étangs, des marais, des rivières, soit pour la table, soit pour le bain ; et concuremment il faut se refuser le cresson, les poissons et les crustacés d’eau douce suspecte.
(Se souvenir du porteur d’eau de Bilharz).
Si une eau est suspecte, il faut la purifier. On a pour cela deux moyens : la filtrer; la faire bouillir.
L’ébullition est le procédé le plus sûr. La filtration est plus à portée de fous : car on peut très bien employer dans ce but ces récipients poreux qui, destinés à servir de filtre et employés en sens inverse en Egypte, pour obtenir la réfrigération de l’eau activent la diffusion du parasite. En effet, les habitants qui en font usage, au lieu de boire l’eau qui a traversé les parois du récipient et s’est écoulée à l'extérieur puisent à même dans lintérieur de ce récipient et boivent ainsi de l’eau d'autant plus concentrée, soit, d'autant plus impure qu’elle est plus fraîche. Lorsque l’on a de la sorte obtenu de l’eau pure, il faut la conserver telle, etpour cela la recueillir dans des récipients faits de matière première apropriée et clos.
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Un second ordre de mesures à adopter aurait pour but de s'opposer à la contamination des eaux. Cette contamination se fait par les urines fraîches (1), les matières alvines, les produits d’'expectoration (quoique rarement) qui entraînent avec eux les œufs du parasite, en un mot par les excreta déposés à la surface du sol, s’insinuant dans les nappes souterraines, ou directement dévérsés dans les eaux libres à la surface du sol, les unes et les autres devenant ainsi le véhicule normal de l'embryon pathogène.
On a prise sur les excréta de deux manières : par la crémation, par la désinfection.
La crémation est d’une efficacité absolue : mais elle a contre elle les intérêts de l’agriculture à laquelle elle fait perdre une source de profits importants.
Reste la désinfection, qui est possible malgré la coque de l’œuf : en effet, certaines substances, telles que l'alcool concentré, l'acide chromique, l'acide sulfurique dilué au 10°, la chaux vive, peuvent tuer l'embryon en coagulant l’albumine. Certes la désinfection générale des matières alvines est impossible, mais il y aurait lieu d’édicter des règlements atteignant indirectement le but poursuivi, tels que les suivants : interdire le déversement des urines fraiches dans les eaux courantes, (rivières, sources, canaux etc.) ; créer des latrines de forme appropriée à la désinfection des déjections humaines dans tout centre d'agglomération, chantiers, usines, places publiques
(1) L’urine fraîche permet à l'embryon de vivre, mais l'urine fermentée le tue.
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lieux de réunion. Examiner les excreta des ouvriers avant leur admission dans un chantier où un atelier, et réitérer périodiquement cet examen ; disséminer et multiplier les latrines non seulement dans les villes mais dans les campagnes pour éviter de répandre les déjections sur le sol ou dans l’eau ; enfin faciliter l’entrée des malades dans les hôpitaux.
L'ensemble de ces mesures, n’a qu'un but, maintes fois redit: la pureté de l’eau réduite à sa plus simple expression. D’où l’on voit que la prophylaxie la seule efficace peut se définir : se servir d’eau filtrée ou bouillie.
Les autres exigences sont bien difficiles à satisfaire même dans les contrées où la Bilharzioze est endémique. Nous n’en devons pas moins savoir gré à Sonzino d’avoir dressé le tableau aussi complet d’un traitement préventif évidemment supérieur à celui que l’on peut tenter une fois l'organisme envahi. D'ailleurs je l’ai déjà dit, certains estiment ce traitement inutile. Cobbold le juge même dangereux, s’il tue la Bilharzia, par la possibilité d’embolie ou d'infection septicémique, de toutes façons par l'irritation et les phénomènes inflammatoires qui peuvent résulter des moyens employés. Cependant divers parasiticides ont été préconisés : huile de Dippel, assa fœtida, copahu, cubèbe, santonine, buchu, iodure de potassium ont successivement échoués.
Harley donne l'extrait éthéré de fougère mâle associé à l'essence de thérébentine, sauf dans les cas où il y a des lésions rénales ; Wortactb aurait réussi en associant ces substances à l’intérieur et en injections hypodermiques.
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Plus tard en 1869, Harley essaie les injections médicamenteuses intra vésicales avec différentes substances, mais n'obtient jamais de guérison définitive et provoque parfois l'apparition de cystites aigües.
En 1882 Allen obtint quelques succès par des injections intra-veineuses de solution alcoolique de santonine.
Fouquet donne des capsules d'extrait éthéré de Fougère mâle, d’abord une par jour, puis deux, puis trois suivant la tolérance puis diminue, et enfin, la guérison étant survenue,continue pendant un mois une capsule par Jour. Il ajoute à ce traitement interne des injections intravésicales (ou des lavements pour l'intestin) de sublimé (1/8 000) boriquées, phéniquées ou de nitrate d'argent, le plus efficace de tous les agents.
Le docteur Machon-Bey s’en référant à sa pratique personnelle au Caire où 1l a soigné de nombreux cas de Bilharzioze, s’en tient aussi aux injections intra-vésicales de nitrate d'argent associé à l’usage interne de la fougère mâle qu'il considére comme le seul traitement possible et utile.
On peut encore en raisonnant par analogie avec ce qui se passe dans les cas de phaldonema intestinale administrer 0,5 à 2grammes de thymol suivant les indications de Lutz, Bahia et Cadonald de Colombo.
À ce traitement local il importe au suprême degré d'associer le traitement général. Soutenir les forces et atténuer les symptômes sont les deux principales indications : on y satisfera par les toniques, l’hydrothérapie, les stimulants ; on instituera un régime analeptique, des repas peu copieux, fréquents, courts ; pas de vins généreux.