‹ Contribution à l'étude de la Bilharzia HematobiaChapitre 20 sur 24 · VII. Dragnosric · texte numérisé non relu

VII. Dragnosric

La conséquence logique d’un pronostic aussi sérieux est la nécessité de poser un diagnostic exact.

Or, les éléments ne manquent pas pour faciliter cette tâche, qui se résume dans la connaissance exacte des symptômes locaux et généraux et quelques opérations élémentaires de technique microscopique, le tout complété par un interrogatoire qui portera sur le pays d’origine de l’intéressé, ses différents lieux de séjour, ses habitudes hygiéniques, les individus avec lesquels il a été en contact, etc.

Généralement, pour ne pas dire toujours, un malade atteint de bilharzioze viendra au praticien se plaindre qu’il rend des urines sanglantes : l’hématurie est en effet le signe pathognonomique de cette affection, et parfois le seul; il est donc de la plus haute importance, mais il ne suffit pas. Les autres organes, en effet peuvent être envahis alors que l’appareil urinaire est indemne: dans ce cas l’hématurie manque. De plus, bien des causes peuvent produire l'hématurie. Qu'il me suffise d’énumérer la tuberculose et le cancer des différentes parties de l’appareil urinaire, la cystite simple ou caleuleuse, les varices vésicales, la fièvre jaune, la fièvre bilieuse hématurique, la fièvre paludéenne et l’hématoylurie, la filaire du sang.

La filaire du sang se révèle au microscope dans les urines sanguinolentes, ou encore dans le sang obtenu par piqûre du doigt pendant la nuit.

AE

Pour tout le reste, les symptômes concomitants révèlent immédiatement l’affection en cause. Les caractères cliniques de l’hémalurie sont d’ailleurs très nets. Elle est plus fréquente en été, plus rare en hiver. Tantôt l’urine est teintée régulièrement, tantôt le sang n'arrive qu’à la fin de la miction (Sonzino, Renoult, Guillemard), souvent même après la miction et dans ce cas le sang tache le linge, dans lequel il tombe tardivement sous forme de quelques gouttes, non diluées par l’urine et conservant ainsi toute leur intensité de coloration.

Cette hématurie peut s'accompagner de troubles sensilifs et fonctionnels.

Les troubles sensitifs sont alors ceux de la cystite : miction douloureuse avecsensation de brûlure ;douleur subite au canal, au périnée; douleur croissante qui disparaît cependant au bout d’un mois. On cite encore des douleurs hypogastriques à paroxysmes provoqués par la marche, l'exercice ; des douleurs à l’anus, aux aines, avec excitation génitale, des douleurs au sacrum obtuses, lancinantes ou bien instantanées: parfois le malade dit percevoir des mouvements, la sensation d’un ver dans l'urèthre.

D’après Salesse, si le rein est atteint, la douleur se fait sentir au gland et des caillots sanguins sont expulsés au début, ou à la fin de la miction. Elle affecte le gland et l’anus si la vessie est en cause.

Des troubles fonctionnels coïncident généralement avec ces troubles sensitifs. Ce sont le ténesme, la dysurie, lischurie; la pollakyurie ; vidée, la vessie devient douloureuse par le fait du contact de la surface interne de ses

parois opposées, aussi le malade la vide-t-il le inoins possible ét n’urine plus qué de #4 à 5 fois dans les vingtquatre heures, lorsque l'affection est avancée. Les muscles accélérateurs de l’urine ne fonctionnant plus, le sang stagne dans l’urêthre après la miction, puis vient tacher le linge sous l’influence de la pesanteur.

Enfin l'urine porte avec elle les meilleurs signes de diagnostic. On y trouve en effet, lorsqu'elle a reposé, des dépôts organiques que les Anglais ont nommé détritus du bilharzia. Ces détritus contiennent des masses de diverse nature, des filaments enchevêtrés, formant un stroma dans lequel on découvre du pus, des hématies, des cellules épithéliales, des granulations pigmentaires, des cristaux, surtout des œufs, isolés ou agrégés en bloc. Ce dernier signe suffit à lui seal pour poser le diagnostic. On peut y rencontrer quoique rarement, comme dans le cas de M. Villeneuve, un embryon isolé dont le rapide déplacement ne saurait laisser le moindre doute. Si l’hématurie manque ou l’œuf dans l'urine, on doit chercher: ce dernier dans les fêces.

Or il n’est pas inutile à ce propos de décrire la technique employée par Cahier dans ce genre de recherches :

«Réunir les urines dans un bocal, laisser déposer si possible, cueillir à la pipette les petites concrétions grises, opaques, grosses comme un grain de sable et manies d’un filament de mucus ou de fibrine, tenues en suspension dans le 1/3 inférieur de l'urine ou ramassées au fond du récipient... Aller chercher les œufs parfois au milieu de globules blancs agglomérés en plaques auxquelles on les trouve mélés.

Due

Oa bien filtrer l'urine des 24 h, et laver le filtre dans un démi verre d'urine où les œufs se conservent (dans l’eau pure, les embryons éclosent vite, les concrétions sont alors formées d'œufs vides).

Déposer la petite fausse membrane ou la concrétion sur une lame de verre avec une goutte d’urine, recouvrir avec une lamelle sans appuyer, à cause de la fragilité de la coque ; on.peut colorer au picro-carmin mais ce n'est pas nécessaire.

Emploger : Pour les œufs, objectif 6, oculaire 1 ;

| Pour la formation de l'embryon, objectif 2 ;

Pour les petits détails, objectif 6 et 8.

L’acide omique et la glycérine sont les meilleurs milieux de conservation des préparations.

Si l’on veut déterminer l'éclosion appuyer sur la lamelle à petits coups légers, avec une aiguille, pour briser l'œuf ; l'embryon reste alors immobile pendant quelques minutes, ce qui facilite l'observation. »

Ainsi pratiqué, l'examen microscopique lève tous les doutes. En admettant qu’il demeure négatif au point de vue des œufs distomaires dans un cas d’'hématurie, et si l'on est en présence d’un parasite nématoïde, ce dernier sera trahi par son embryon visible au microscope et par la recherche exposée ci-dessus. Cette constatation se vérifie, d'ailleurs par le parallèle entre la marche des deux affections. L'hématurie graisseuse existe aux Indes et en Amérique, de préférence atteint l'adulte, est exempte de gravelle, tandis que l’hématurie qui nous occupe est spéciale à l'Afrique, s'attaque plus ordinairement aux enfants, enfin s'accompagne de gravelle, les œufs constituent le noyau des graviers.

EL AQ Ve

On a reconnu l'affection. On sait que la bilharzia existe dans les voies urinaires ; peut-on savoir si elle exerce ses ravages sur d'autres organes ? Sans doute, si les phénomènes de cyslite nous démontrent que la vessie est atteinte, de même les symptômes de prostatite, pour la prostate, de néphrite pour le rein, de rectite et d’entérocolite, pour le rectum et le gros intestin, d’hépatite pour le foie, etc. Enfin les phénomènes généraux, accompagnant les états graves, tels que fièvre, troubles de catarrhe gastro-intestinal, amaigrissement (perte de poids), anémie, faiblesse, irritabilité, apathie, paresse intellectuelle ou physique, indiquent suffisamment ou en est arrivé la maladie, et l’on peut alors songer au traitement que nous aborderons dans les pages suivantes.

Page 1