CHAPITRE VIII
Traitement.
Les malades ont l'habitude, avant de venir consulter le médecin, d'appliquer sur leur mal les topiques les plus. variés, tous ces remèdes sont inefficaces,
On a essayé sans plus de résultat la teinture d’iode, le nitrate d'argent et la cautérisation, la tumeur à toujours récidivé.
Le seul traitement efficace et radical est lablation. Il est nécessaire d'anesthésier le malade avant lopération, car la section du pédicule est très douloureuse.
Il est nécessaire pour oblenir une guérison durable d’enlever complètement la zone du pédicule.
On a préconisé plusieurs méthodes pour l’ablation de la tumeur.
Poncet coupe le pédicule d'un coup de ciseau ; cela fait il curette la zone pédiculaire et fait à plat un pansement I6gèrement compressif.
I semble plus simple d'enlever au bistouri la zone du pédicule par une incision qui emporte en bloc Ia tumeur el la surface sur laquelle elle est implantée, Un ou plusieurs points de suture viennent assurer la réunion immédiate de Ia plaie et permettent ainsi une guérison plus rapide.
Observations.
OBSERVATION I (Personnelle)
(Recueillie dans le service de M. le Professeur Villar).
Histoire de la maladie. — R.…., Jean, de Champegnac (Gers), est âgé de 69 ans; on ne relève rien ni dans ses antécédents personnels, ni dans ses antécédents héréditaires, sauf une forte bronchite il y a 15 ans; il faisait les moissons l’été dernier quand le 19 Juillet 1911 il se coupa avec la faucille l'extrémité supérieure de l’annulaire gauche. La plaie saigna beaucoup; le malade se fit lui-même un premier pansement avec du rhum et de l’eau et continua son travail. La coupure ne se cicatrisa pas, mais comme la douleur était presque nulle R.... continua son travail ; il vit cependant à cette époque un médecin qui lui prescrivit des désinfectants,. |
Un mois après l'accident le malade s’aperçut qu'à la place de sa blessure il y avait une petite excroissance de chair qui faisait saillie ; il ne s’en préoccupa pas et se contenta de s’envelopper le doigt jusqu'au moment où, fatigué de pas obtenir de guérison, il vint à Phôpital St-André à la consultation de M. le Professeur Villar qui
l’admis dans son service.
Examen du malade le 27 Novembre. — L'extrémité de l’annulaire gauche est augmentée de volume, la peau est rosée à cet endroit, la
couche cornée enlevée lui donne cette coloration. La tumeur siège
à la partie supéro-externe du doigt; elle est de la grosseur d’une noisette, elle s’insère sous l’ongle par un pédicule très court, elle empiète d’un demi-centimètre environ sur la partie supéro-externe de la phalangette et sur la partie supéro-externe de l’ongle; elle se mobilise très facilement sur son-pédicule ; sa couleur est framboisée:; elle saigne au plus léger contact; et, quand elle ne saigne pas elle laisse suinter un liquide séro-purulent qui se concrètent sur elle en minces croûtelles. La partie externe et inférieure de la phalangette est douloureuse à la pression, la partie interne ne l’est pas du tout.
La phalangette est légèrement déformée et rejetée en dedans.
Pas de retentissement ganglionnaire.
Le 7 Décembre, le Professeur Villar porte le diagnostic de botryomycose. Enlève la tunfeur le 17 Décembre. Guérison rapide.
L'examen histologique de la tumeur pratiqué dans le laboratoire de M. le Professeur Sabrazès donna les résultats suivants :
It s’agit d’un botryomycome. Il est serti dans la plus grande partie de son pourtour par une épaisse collerette épidermique parakératorisique. Le corps muqueux a des prolongements profonds très inégaux. L'état papillaire est très marqué. Cette production est la phase ‘fibromateuseen quelque sorte. 3
Elle est formée par un tissu conjonctif fasciculé à fibroblastes onduleux. Ces foyers de fibromatose alternent avec des bandes de tissu conjonctif beaucoup plus riches en cellules rondes, fusiformes, mêlées de lymphocytes, d’un grand nombre de cellules plasmatiques et fusiformes, de quelques mastzellen.
Ces foyers de cellules plus denses sont parfois disposés autour des vaisseaux. L'évolution fibreuse est telle que si l’on ne trouvait des foyers de cellules plasmatiques, véritables plasmodes à cellules très denses dans lesquelles on trouve des résidus hémorragiques, on pourrait croire à un simple fibrome.
Ces accumulations de cellules plasmatiques sont l'indice de linflammation chronique dont on ne retrouve plus actuellement les germes dans la lésion.
En résumé, bourgeon charnu de l’ordre des botryomycomes au
stade fibreux de son développement.
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