II. ETUDE RADIOLOGIQUE
Nous avons pu pratiquer dans le service de M. le Docteur Ecalle, à l’hôpital Boucicaut, des radiographies en série.
Les unes ont été faites sur des nourrissons vivants, d'excellente constitution, ne présentant qu'un léger épisode pathologique.
Les autres ont été faites sur des maxillaires d'enfants morts.
Dans le premier cas, nous nous sommes heurtée à une difficultés d'ordre technique: il est, en effet, très délicat non seulement d'orienter correctement l’ampoule à rayons X vers la bouche des nourrissons qui s’agitent toujours dans mille directions, mais encore de placer les films dans les régions adéquates, particulièrement dans le sillon gingivo-lingual.
D'autre part, il est pour ainsi dire impossible de se procurer les maxillaires d'enfants ayant vécu. En fait, on ne peut guère examiner que des os de foetus ou d'enfants morts-nés.
Mais si ces obstacles ne sont heureusement pas insurmontables, par contre, il en est d'ordre scientifique qui nous ont gèênée particulièrement.
D'une part, les Rayons X ne semblent pas suffisam-
ment pénétrants pour révêler la calcification des dents à son extrême début.
D'autre part, l’interprètation des images radiographiques est toujours plus ou moins gênée par la superposition des germes des dents temporaires déjà calcifiés.
Nous nous sommes efforcée de faire des radiographies aux époques les plus intéressantes de la première enfance, c’est-à-dire
A la naissance ; À 3 mois ; A 6 mois ; A 9 mois ; A 12 mois.
Radiog. | Radiog. 2 Région antérieure du maxillaire Branche horizontale du inférieur d’un nouveau-né prématuré maxillaire inférieur d'un de 8 mois. nouveau-né prématuré de 8 mois.
A titre accessoire, nous avons représenté ces deux premières radiographies prises sur le maxillaire inférieur d’un
nourrisson prématuré non débile de 7 mois, Camille L...,
un mois après sa naissance.
Notons l’absence de calcification de toute dent anté-
rieure permanente (ce qui ne peut pas nous surprendre), et même de la dent de 6 ans.
A la naissance
Les radiographies 3, 4, 5, 6 sont particulièrement nettes.
Elles ont été prises sur les maxillaires de deux garçons, Michel P.., et Pierre D... morts-nés (hémorragie cérébrale au cours d’accouchements dystociques). Ce sont des enfants bien constitués, 3 kg. 500 et 3 kg. 700.
Dans les deux cas
Au maxillaires supérieur :
Radiog. 3 Radiog. 4
Maxillaire supérieur de Mi- Maxillaire supérieur de
chel D..…., à la naissance. Pierre D..., à la naissance.
Ale Les dents temporaires sont normalement calcifiées.
Il n'existe pas la moindre zone calcifiée pouvant correspondre aux incisives et aux canines permanentes.
Au maxillaire inférieur :
Radiog. 6
Radiog. 5 Maxillaire inférieur de Pierre D... Maxillaire inférieur de à la naissance.
Michel P.., à la naissance.
La branche horizontale droite du maxillaire inférieur de Pierre D... Radiog. 6, est la plus démonstrative puisqu’elle montre la zone incisive molaire nette dans toute son
étendue.
Les dents temporaires sont bien calcifiées.
Aucune dent permanente ne peut être soupçonnée.
À 3 mots,
Radiog. 7 Maxillaire supérieur d'une enfant de frois mois.
Odette R...
Radiog. 8 Maxillaire inférieur d’une enfant de trois mois, Odette R...
Nous avons radiographié les maxillaires d'une petite file, Odette R.., nourrisson à croissance régulière présentant de légers troubles gastro-intestinaux passagers.
Quoique les images radiographiques ne soient pas parfaites, on peut assurer l’absence de calcification des dents permanentes, tant au maxillaire supérieur qu’au maxillaire inférieur.
Il semble que la date de 3 mois soit encore un peu précoce comme début de calcification des incisives centrales (supérieures surtout).
Si Kronfeld a pu déceler l’apparition de l’émail sur la coupe histologique étudiée antérieurement, il fait cependant remarquer que sur plusieurs coupes histologiques de dents de 3 mois, l’émail était totalement absent. Souvent ce serait vers 4 ou 5 mois seulement que les incisives centrales permanentes commenceraient à se calcifier.
À 9 mois
Ces radiographies, Fig. 10, ont été prises sur un enfant de 9 mois 1/2, André T..., très beau nourrisson de 8 kg. 500. Une otite catharrale rapidement guérie est son seul antécédent pathologique.
Radiog. 9 Maxillaire supérieur d’un enfant de 9 mois 1/2.
Région incisive.
Radiog. 10 Maxillaire Supérieur d’un enfant de 9 mois 1/2.
Région canine.
HN tige
Au maxillaire supérieur.
Les incisives temporaires ont fait leur éruption sans trouble notable vers 7 mois 1/2.
On soupçonne la calcification des incisives centrales et des canines. Mais les incisives latérales sont totalement absentes.
Au maxillaire inférieur.
Radiog. 11
Maxillaire inférieur d’un enfant de 9 mois 1/2.
Il est extrêmement difficile de prendre le maxillaire inférieur dans toute son étendue sur un jeune enfant.
Cependant, cette radio nous révèle de manière certaine la calcification non seulement des incisives centrales mais des incisives latérales.
Sur une radio détériorée par endroits, au cours du dé-
veloppement, on pouvait voir des zones claires répondant aux canines inférieures.
Hh4n-.—
Il est intéressant de noter que la radiographie, comme l’étude histologique, met en valeur ce fait important
Le retard de calcification de lincisive latérale supérieure sur les autres dents antérieures.
À 12 mots.
Les radiographies montrent à cet âge le début de calcification des incisives latérales supérieures de manière indéniable.
L'étude radiologique, quoique d’interprétation délicate, aboutit cependant à des résultats concordants avec ceux de l’étude histologique.
Nous insisterons sur quelques particularités en discordance avec les théories classiques.
La calcification des incisives centrales est nettement postérieure à la date de un mois, date classique. Nous pouvons la fixer à 4 mois.
La calcification de l’incisive latérale supérieure est bien particulière :
Son début est tardif : 10-11 mois.
Son développement est rapide.
Par contre, la calcification de la canine supérieure est beaucoup plus précoce que ne l'indique l’ancienne classification. On peut la mettre en évidence vers 5 mois. Son évo-
si —
lution va être relativement lente ; sa terminaison est nettement postérieure à celle des incisives. On a cherché à expliquer cette dernière particularité par le fait que l’éruption de l’incisive latérale est beaucoup plus précoce que celle de la canine.
Au matillaire inférieur.
Nous sommes frappée par la simultanéité presque parfaite de calcification des 6 dents antérieures, puisqu'on peut les classer ainsi
Incisive centrale, 3-4 mois ;
Incisive latérale, 3-4 mois ;
Canine, 4-5 mois.
Notons que les dents inférieures, dans la généralité, ont une évolution plus précoce que leurs homologues supérieures.
De plus, l'émail arrive à maturité au niveau du bord incisif des incisives centrales supérieures, à 1 an ;
Au niveau de la pointe cuspidienne des canines, à 1 an 1/2 ;
Au niveau du bord incisif des incisives latérales supérieures, à 2 ans ;
Au niveau du bord incisif des incisives latérales inférieures 40ltan 1720
Après 5 ans, l’émail des incisives est à complète maturité;
Après 6 ans, l’émail des canines est à complète maturité.
Nous avons schématisé dans le tableau suivant les résultats essentiels.
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