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Parmi les nombreuses plantes qui forment une écume verdâtre à la surface des eaux, la plus commune est souvent le Spirogyre. Leur teinte spéciale, leur toucher légèrement savonneux permet, en outre, de les reconnaître aisément et d'obtenir ainsi une grande quantité de matériaux d’études. Cela est important. Seules, en effet, les Algues fraîches fournisssent des résultats constants.
Deux mots d'abord sur la constitution normale du Spirogyre. La plante forme un ensemble de filaments cylindriques, sans ramifications, composés de cellules allongées recouvertes d’une membrane cellulosique transparente. Au centre, il existe des vacuoles assez volumineuses qui réduisent le protoplasme à une simple couche mince, incolore, tapissant les parois pour donner une utricule primordiale. Cependant le protoplasme forme encore une petite masse irrégulière unie à la couche périphérique par des tractus très fins. C’est au centre de cet amas que se trouve le noyau. Une ou plusieurs bandes spiroïdes verdâtres constituent les chromatophores renfermant de nombreux pyrénoïdes.
Voyons ce que devient cette organisation quand la plante est soumise à la force centrifuge.
Même technique toujours que pour les feuilles d Elodea, d'Oignon, etc., mais il faut avoirsoin de peigner les Algues entre les lamelles de manière à les orienter dans un sens déterminé. s.
Des examens successifs plus ou moins prolongés, plus ou moins rapides pratiqués, 1l résulte que :
Au sortir de l’appareil, on remarque un aspect spécial des chlorothallées, déjà visible à l'œil nu. Les filamenis sont pâles ; inclinés à jour frisant, ils donnent l'impression d'un réseau; de fines stries produisent des jeux de lumière.
Cinq minutes de traitement à 600 tours commencent à ébranler tout l’intérieur de la cellule; cinq minutes à une vitesse double compriment le chromatophore comme un ressort à boudin, cependant que les travées protoplasmiques semblent s'opposer à son écrasement, parfois même chaque chose reprend petit à petit sa place (fig. 24, à).
Nos expériences étaient terminées déjà lorsque nous avons trouvé sur cette question des travaux allemands de date récente!. D'ailleurs, leur auteur examine uniquement le, déplacement du chromatophore et son retour à l'état primitif.
D'autre part, Schmidt indique des formes spéciales que jamais il ne nous fut donné de rencontrer. Dans un instant, nous opposerons sa manière de voir à la nôtre
Dix minutes de centrifugation à 2.000 tours entraînent presque tout à fait le chromatophore, le noyau et le protoplasme. Enfin, vingt minutes suffisent à former, du chromoleucite considéré, une boule (fig. 24, c).
Que conclure de ces faits ?
Deux hypothèses s'offrent à l'esprit : ou bien c'est Le protoplasme qui entraîne le chromatophore, ou bien c’est ce dernier
! Cf. Index bibliographique, n° 56; et Index bibliographique, n° 2
, 1914, A. Maillefer.
no qui possède une élasticité propre lui permettant d’allonger ou de redétendre les filaments bioprotéoniques réunis à lui. Dans ce dernier cas, le rôle joué par les cordons de bioprotéon serait donc purement fictif et dû à une simple illusion d'optique. |
Fic. 24.
a, tassement d'un chromatophore, deux travées protoplasmiques sont visibles; b, le chromatophore est écrasé; c, chromatophore mis en peloton: d, fragments de chromatophores; e, fragment très grossi,
Cette élasticité est de courte durée. Très vite le chromatophore s'écrase (fig. 24, b).
D'autre part, la possibilité de se condenser sous forme d’un peloton semble montrer que le chromatophore n'est pas soutenu par des couches très résistantes. Une fois comprimé, il devient un corps inerte et se mel en magma sphérique comme
P P le ferait une substance malléable quelconque. Si l’on examine le chromatophore, soit au début, soit
LRO à la fin de ce déplacement, on constate encore sa structure rubanée. |
Mais, observé après une brusque centrifugation à 2.900 tours, il apparaît alors comme décomposé en un grand nombre de grains. La figure 24, d, montretrès nettement une série de corpuscules verts aux contours réguliers, entourés d'une zone plus dense, présentant l'aspect d’une véritable membrane. La taille de ces petits éléments varie du simple au triple. Les plus gros ovalaires présentent à chaque extrémité un segment plus pigmenté que le reste (fig. 24, e). Tous possèdent en leur centre un pyrénoïde.
Il semble logique de considérer ces formations comme des chloroleucites. S'il en était vraiment ainsi, la contexture des corps verts des algues apparaîlrait comme constante, mais comment expliquer la disposition particulière du chromatophore? L'examen de préparations faites à divers stades permet de supposer les chloroleucites réunis par une gaine protoplasmique plus solide que le bioprotéon voisin.
Cette gaine nécessiterait une force violente pour être disloquée, séparée en ses parlies constitutives d’abord, puis se condenserait à la fin sous forme d'une sphère déjà décrite.
D'autre part, l’élasticité, la cohésion du protoplasma sont suffisantes pour permettre le tassement des spires ou leur détente. Mais ces mêmes propriétés ne sauraient autoriser un relâchement du ruban comprimé avec trop d’insistance.
Parfois, on rencontre des fragments de chromatophore moins bien individualisés que les précédents. Il convient de le signaler. Rien ne prouve, d'ailleurs, que ces fragments ne sont pas simplement formés de chloroleucites mal séparés les uns des autres.
Ces opinions semblent intéressantes à émettre, mais nous laissonsaux botanistes professionnels le soin de trancherla question.
Pour Schmidt, l’auteur signalé plus haut, les choses sont bien plus simples. Le chromatophore est un véritable ressort à boudin qui s'écrase avec une centrifugation suffisante. puis
ASS: CNE revient à sa position naturelle. Nous croyons avoir montré l'impossibilité de généraliser une telle assertion.
Que l’on accepte ou non l'hypothèse du chromatophore agrégat de leucites, il faut du moins lui reconnaître des façons multiples d’être influencé par la force centrifuge. Très bénignes, les lésions peuvent se réparer. Un peu plus accentuées, c'est-à-dire poussées jusqu’au tassement définitif des spires, elles ne causent point la mort; accentuées jusqu'à la formation sphérique d’un peloton chlorophyllien, elles entraînent une fin prématurée des Algues.
Il appert de nos recherches sur les Spirogyres, l’Elodea, l'Oignon, le Houx, que protoplasmes, noyaux ou leucites sont d'autant plus faciles à déplacer dans la cellule que le pourcentage d’eau y est plus élevé.
À propos des zymases, nous avons eu l’occasion de parler déjà des vacuolides découvertes par notre maître Raphaël Dubois et assimilées par lui aux mitochondries et aux leucites.
À l'heure où les mitochondries jouent un si grand rôle dans le mécanisme intime de la cellule, il nous a semblé logique d'examiner ce qu'elles deviennent après centrifugation.
Cette dernière les entraîne, et jamais on ne les aperçoit restant accolées comme le noyau contre les parois.
Pour observer ces phénomènes, il n’est pas toujours nécessaire d'utiliser des colorants. Les méthodes classiques de Benda, de Meves sont longues; la plus pratique, celle de Regaud!, demande encore des précautions considérables.
Mieux vaut donc recourir aux jeunes bourgeons leintés, susceptibles d'être examinés sans artifice aucun.
1 On peut la résumer comme suit : fixer l'objet dans un mélange de 80 parties de bichromate de potasse à 3 pour 100 et de 20 parties de formol, changer le liquide tous les jours, après la quatrième journée, le laisser une semaine dans MnO!K à 3 pour 100, laver vingt-quatre heures à l'eau courante. |
Il importe alors d'obtenir des coupes très fines,de les mordancer toute une journée dans l'alun ferrique à 5 pour 100, puis de les colorer vingt-quatre heures à l’hématoxyline et enfin de les différencier à l’alun ferrique. Cette dernière opération doit se faire sous l'objectif du microscope de façon à l’arrêter juste au moment favorable,
SO
Il importe de centrifuger des feuilles aussi mincés que possible et d'examiner l'extrémité d’une dentelure. Sans cette précaution, le meilleur objectif serait inutilisable.
Contrairement aux mitochondries, les goutteleties d’anthocyane dont elles dérivent! sont très difficiles à condenser à la base des cellules. À peine les plus petites sont elles légèrement entraînées avec le protoplasme. Elles « coulent plutôt avec lui ».
Une platine à double vernier est indispensable pour localiser tel ou tel point, puis le retrouver sans peine au sortir de la centrifugeuse. La chose est des plus importantes pour éviter des erreurs faciles, tant une dent de feuilles renferme de stades évolutifs variés.
De ces quelques exemples, il ressort que la centrifugation agit sur la cellule comme elle agit sur les solutions et sur leur passage au travers des membranes isolées expérimentalement.
Sous son action, les phénomènes osmotiques augmentent d'intensité; les principes du bioprotéon se concentrent et traversent plus ou moins les parois.
Protoplasmes, noyaux, vacuolides, tout lui obéit.
Contrairement aux assertions émises avant nous, on ne peut impunément modifier l'architecture cellulaire.
C'est seulement lorsque les modifications sont légères, à peine ébauchées, qu'on les trouve fugaces. Profondes, elles amènent la mort rapide des organismes traités.
1! Cf. Guilliermond, Revue générale de Botanique, 1. XXV bis, 1914, et C. R. Académie des Sciences, t. CLXI, p. 494, 26 oct. 1915.