EFFETS DE LA FORCE CENTRIFUGE SUR LES NYMPHES
Avant d'examiner les effets de la centrifugalion sur les animaux adultes, voyons ceux qu'elle produit sur cet état si curieux de la vie : la période nymphale.
Le Bombyx mort estencore un excellent sujet d’études.
Ce dernier met soixante-douze à quatre-vingt-seize heures pour filer son cocon, puis se transforme en chrysalide.
Petit à petit, la chenille se flétrit, les anneaux se rapprochent, le ver se raccourcit, perd ses fausses pattes, ses éperons, et bientôt en deux ou trois jours se dégage de sa dépouille fendue sur le dos.
On trouve alors dans le cocon un objet arrondi à une extrémité, pointu à l'autre; jaune clair d’abord, puis de plus en plus foncé. C’est la nymphe, intermédiaire entre la chenille et le papillon.
Nous avons fait agir sur ces organismes tantôt des forces rapides, mais courtes; tantôt des forces lentes, mais prolongées.
Tout d’abord, si l'on place des cocons dans une centrifugeuse, marchant à 2.600 tours, en ayant soin de garnir les
! Cf Encyclopédie Scientifique du D° Toulouse (Le Ver À soie, par Rolet, chez Doin, Paris); Gal (Jules), Etudes sur le Ver à soie, chez l’auteur. à Nimes,
tubes avec un peu de laine de verre pour diminuér la portée des contacts trop durs, on voit après quelques minutes sourdre un liquide eitrin.
Les cocons ouverts montrent une chrysalide vivant encore, remuant à la plus légère excitation, mais dont le segment postérieur est complètement embouti, rentré dans ile corps de
Fic. 38. — Ces dessins ne sont pas à l'échelle.
l'animal (cf., fig. 38) le numéro 1 est une vue de face, le numéro 2, une vue de profil.
Quelle que soit son orientation dans le sens de la longueur, c'est-à-dire que sa tête soit périphérique ou centrale !, l’invagination se produit toujours du côté postérieur du sujet.
D'autre part, même quand la centrifugation est poussée fort loin {vingt minutes à 2.600 tours), les deux derniers segments seuls sont modifiés. C’est à peine si l’antépénultième apparaît tant soit peu plissé. Cette partie revient d’ailleurs en place assez rapidement.
Il est loisible de conserver ces nymphes sans difficulté, lorsque le liquide extrait ne dépasse pas un quart de centimètre
1 Côté central, c’est-à-dire celui situé le plus près de l'axe du moteur.
SU Pa br cube, quantité obtenue en moyenne par six ou huit minutes de rotation entre 2.500 et 2.800 tours.
À la dissection, rien de spécial, sauf du côté de l'appareil génital, qui semble flétri. Quant aux œufs, ils sont agglomérés, tassés'. Nous verrons bientôt comment ils apparaissent une fois translucidés.
Ces nymphes arrivent au siade insecte parfait, mais s’accouplent difficilement. Nous avons observé des mâles et des femelles isolés dans des enceintes spéciales et constaté à plusieurs reprises que le mâle abandonnait la femelle, revenait, la quittait, etc. Les œufs pondus ne virèrent qu'en faible proportion, indice d’une mauvaise fécondation. Ils présentaient dans leur ensemble les types dessinés fig. 38.
Les uns (a-c) semblent normaux en coupes optiques, d'autres (b-d) sont vides et portent une cicatrice d’éclatement. D'autres enfin sont creux aussi, mais sans iraces de lésions.
Le liquide obtenu par centrifugation des cocons est jaune pâle, translucide, sans odeur. Il ne renferme pas de vacuolides, pas de sucres, mais beaucoup d’albumine et d'oxydases, qui, en moins de vingt-quatre heures, le font virer au brun foncé.
Le. chiffre de un quart de centimètre cube susceptible d'être extrait sans danger est considérable eu égard au poids de l'animal. Un homme de 8o kilogrammes perdrait dans les mêmes conditions 10 litres de liquide environ.
Avec une déshydratation supérieure, 1l est très rare que les chrysalides parviennent à poursuivre leur développement. Si elles arrivent au stade papillons, ceux-ci sont rabougris, et ne ‘prennent pas l'aspect d'insectes parfaits typiques.
La tête est forte, le système pileux peu développé, sauf une grosse touffe de poils rétrocéphaliques. Les antennes, assez larges, portent des lames régulières. Les ailes restent pliées. Si on les écarte, elles apparaissent comme très rudimentaires.
! Cf, numéros 3 et 4 de la figure 38.
courtes, fortement déchiquetées sur les bords (ef,, fig. 39, dessin du bas).
Les réponses aux excilalions sont lentes et faibles. Aussi faibles pour ainsi dire que celles des nymphes. Après une vingtaine d'heures l'animal meurt.
Encore faut-il les plus grands soins pour obtenir de sem-
FiG. 39.— Figures réduites de moitié environ,
blables résultats. Le mieux semble de placer côte à côte un petit récipient d'eau et les sujets sous une cloche de verre perforée en un point, pour permettre l'aération. Celte ouverture doit de plus être garnie de coton pour la préserver des spores, sans quoi, en moins d'une semaine, une couche épaisse de mycéliums recouvre la chrysalide.
Tout ce que nous venons d'indiquer concerne les centrifugations rapides el courtes. Examinons maintenant les effets . des rotations lentes, mais prolongées.
Il ne sort jamais du cocon le liquide citrin rencontré tout à l'heure. Cependant l'enveloppe est teintée intérieurement.
Pratiqué pendant six jours ou plus à 500 tours, ce’traitement n’occasionne pas, comme pour les graines ou les œufs, un
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retard dans l’évolution, mais une véritable impossibilité de sorlir.
On a dit avec humour que « la chrysalide d’un âge avancé est un papillon emmailloté ». Ce dernier, arrivé à point, se débarrasse de son fourreau. Il s’agit de se frayer un passage jusqu’au dehors. À cet effet, l’insecte sécrète par la bouche quelques gouttes de liquide alcalin amassé dans le jabot, qui décolle les fils de soie. Aidé de ses pattes et de son corselet, 1l peut alors facilement percer la coque. A sa naissance, le papillon, tout humide, présente des ailes froissées. Jousset, de Bellesme, a démontré que le tissu se dépliait sous l'influence du sang injecté dans les nervures, phénomène dû à une élévation de la pression consécutive à une forte injection d’air dans le tube digestif !.
Ceci s'applique aux sujets normaux. Quant à ceux centrifugés six jours au moins, ils présentent toutes les phases séparant la chrysalide de l’insecte parfait.
Tantôt l'enveloppe renferme des papillons morts à peine ébauchés, tantôt elle en contient d’autres ayant vainement cherché à dilacérer les fils de leur prison, parfois elle en montre la tête prise dans les parois. faute de pouvoir agrandir avec leur corselet l’orifice commencé, enfin même on rencontre à son intérieur des femelles accompagnées de leur ponte. La fig. 39, représente trois de ces types *.
De cela que conclure ? Si non que déshydratées lentement, les nymphes ne doivent plus pouvoir fabriquer le liquide alcalin nécessaire à écarter les fils de soie.
Plus on centrifuge tardivement les cocons, moins il faut de temps pour obtenir les mêmes effets.
Cependant, remarquons-le bien, ces papillons ne sont pas malades. S1 on ouvre les cocons pour les libérer, ils sortent.
1 CF. Rolet, loc. cut.
? 1. Représente le papillon dont la tête seule sort du cocon. 2. Représente la femelle et ses œufs.