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Contribution à l'étude de la céramique orientale

L'histoire de la céramique orientale est restée jusqu'à nos jours, et restera sans doute longtemps encore, pleine d'obscurité. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point.

L'absence presque absolue des textes et la difficulté de rechercher, dans le chaos des manuscrits persans et arabes, les quelques lignes éparses relatives à ces fabriques disparues, expliquent assez bien le mépris dans lequel cette partie de l'archéologie a été tenue. Les linguistes et les érudits ne s'intéressent pas tous à ce qui touche l'industrie, et la rareté dans nos musées et nos collections des spécimens authentiques de céramique ancienne, datée ou signée, était bien faite pour rebuter ceux qui auraient pu avoir l'idée de consacrer leur temps à des recherches de ce genre. Les représentants de la science officielle n'aiment guère à s'expatrier et quittent avec peine le calme des bibliothèques propice à leurs travaux. Ils préfèrent attendre, dans les grands centres, l'arrivée

dans les musées et les collections privées des spécimens que le commerce y apporte. Les fouilleurs, ou leurs premiers intermédiaires, ont presque toujours intérêt à ne donner que des renseignements inexacts sur la provenance des objets qu'ils vendent. Sans môme les taxer de mauvaise foi, leur insouciance seule pourrait, le plus souvent, suffire pour expliquer bien des erreurs qui finissent par faire leur chemin et encombrer les livres et les musées d'opinions erronées ou de fautes grossières de classification. Enfin, comme l'a judicieusement fait remarquer M. Henry Wallis en traitant la question dont je m'occupe ici :l «Presque tous les collectionneurs de céramique préfèrent naturellement les modèles irréprochables et sont portés à regarder les pots cassés avec dédain. Il n'en est pas de même de l'érudit qui reconnaît que, pour la science et l'art, il n'y a pas de quantité négligeable et que l'étude de ces fragments, jusqu'ici méprisés, peut ouvrir de nouveaux horizons à la science. Souvent il reste suffisamment de la surface d'un vase pour permettre au dessinateur de reconstituer sa forme complète et de faire revivre entièrement son ornementation. Tous les procédés techniques employés dans la fabrication de la pièce peuvent être retrouvés dans un fragment aussi bien que dans une œuvre entière et parfois même plus facilement. En ne se plaçant qu'au point de vue de la décoration, le collectionneur négligent laisse souvent passer des débris qui, avec toutes les beautés du coloris, présentent des motifs exquis de dessin d'ornement.»

J'ai tenu à citer ce passage en entier, car le programme qu'il renferme était depuis cinq années déjà ma règle de conduite, quand son auteur l'a publié. J'aurais, à vrai dire, souhaité de faire quelque chose de plus. Recueillir, avec un soin vigilant, toutes les

1. II. ^VAI.l.I8, Pet-sian ceramic art in the collection of M. F. du Cank Godman f. Rs., London, printed for private circulation, 1891.

reliques du passé est bien; mieux vaudrait pourtant les extraire de leur cachette par une fouille méthodique, ne laissant rien au hasard et établissant, dans des notes détaillées, toutes les conditions de la découverte; suivre, en un mot, la méthode scientifique dans toute sa rigueur. — Je n'ai pu malheureusement accomplir que la moitié de ce travail bien que, pendant dix années, j'y aie consacré la plus grande partie de mes loisirs.

Collectionneur depuis l'enfance et passionné pour tout ce qui touche à l'antiquité, je ne pouvais guère manquer, en me fixant en Egypte, de donner libre cours à mon penchant favori. Dès la fin de 1884, je me mis à recueillir les vestiges des anciennes civilisations, égyptienne, grecque et romaine, recherchant les spécimens d'art dans tous les genres. J'avais été, pendant de longues années, à Paris, le visiteur assidu de nos musées et je ne tardai pas à m'aperce voir, en présence des innombrables objets qui me passaient sous les yeux, combien nos collections, si riches en objets d'art complets, présentent encore de lacunes par suite du dédain que l'on professe pour les débris. C'est alors que je commençai à réunir les fragments d'émaux qui devaient, en 1888, former mon premier envoi au Musée de Sèvres. — Au cours de mes recherches, pendant l'hiver de 1886 — 1887, le hasard me mit en présence de fragments de céramique émaillée, égarés au milieu des briques et des poteries grossières en terre cuite que l'on extrait des Koms (collines) de décombres du Vieux-Caire. Ces matériaux, piles et mêlés au ciment, servent à la construction du sous-sol des maisons du Caire, tandis que la terre criblée est emportée dans les champs, comme engrais. Peu à peu, les vestiges de l'ancienne splendeur arabe disparaissent ainsi, au milieu de l'indifférence générale pour tous ces «pots cassés». La beauté des premiers fragments recueillis, la présence d'une signature au fond de l'un d'eux, avaient vivement

piqué ma curiosité. Je résolus de suivre le filon que je venais de

découvrir. Grâce à l'obligeance de l'antiquaire Dingli, je me mis en rapport avec un Arabe qui, pendant près de dix ans, resta presque constamment à mon service, pour rechercher tous les objets que le travail des marchands de sebagkh (engrais) et de vieilles briques pouvait mettre à jour.

Les résultats ne tardèrent pas à dépasser mon attente, bientôt je fus encombré par des milliers de fragments, de toutes les espèces et de toutes les époques. Sans me laisser rebuter par le mauvais état de conservation de ces objets, dont bien peu sont intacts, je me mis à composer des séries sur lesquelles je prélevai mes envois aux musées de France. Ma qualité de collectionneur ne me semblait pas un titre suffisant pour pouvoir tirer parti moi-même des objets réunis par mes soins. Pour mener à bien un pareil travail il faudrait, en effet, joindre aux qualités du linguiste l'expérience du céramiste. Mes études antérieures n'avaient pu me donner aucune de ces connaissances, mes occupations ne me laissaient pas le temps de les acquérir. Pour que mes efforts ne fussent pas vains, il ne me restait qu'une seule voie : chercher à mettre mes trouvailles sous les yeux des spécialistes, pour les intéresser à mon œuvre, ou livrer à leur examen les échantillons qui pouvaient les aider dans leurs travaux. Bien que je n'aie pas tout à fait réussi au gré de mes désirs, de ce côté aussi les premiers résultats ne se firent pas trop attendre. M. Henry Wallis vint puiser, à cette source, quelques-uns des documents utilisés pour l'appendice du savant catalogue de la collection Godman dont j'ai déjà parlé,1 tandis que d'autres, plus nombreux, lui étaient livrés par les fouilles exécutées, en 1889, sous les auspices de l'Exploration Fund qui, mise en éveil par mes recherches, avait chargé M. Le Comte d'Hulst de la direction des travaux. J'aurai, au cours de mon

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