Casanova, Hiat. de la citadelle, loc. cit
ouest portait le fort Keboul et l'on peut dire que la surface n'a pas changé depuis cent ans au moins.
Sur la coupe récemment faite pour élargir la route qui mène à la nécropole, j'ai observé une première couche dont l'épaisseur varie entre deux et quatre mètres, suivant les points, et dans laquelle on ne trouve que fort peu de débris dignes d'intérêt, des déblais de maisons, des fragments de terre cuite rouge, de gargoulettes grises, etc. Au-dessous de cette assise les stratifications changent d'aspect. Le terrain est beaucoup plus tassé; deux fours à chaux de petite dimension avaient été creusés dans l'épaisseur de la couche profonde, à la surface de laquelle on observe des amas de scories qui indiquent qu'ils ont dû servir pendant un laps de temps assez long. — A une profondeur de deux à trois mètres, audessous des scories, on trouve des fragments de poteries colorées en teintes unies : bleu foncé, bleu clair, vert foncé, vert clair sur pâte jaune pâle assez tendre, comme feuilletée ; des poteries à pâte blanche, vernies en vert, et ayant subi un véritable coup de feu qui les a en partie fondues, sans que la pâte ait changé de couleur en se vitrifiant; d'autres émaillées en jaune clair uni sur pâte rouge pâle.
Dans ces amas je n'ai trouvé qu'un seul fragment céramique étranger au pays, c'est un morceau de fond de plat de Rhodes, décoré en vert et rouge, dont la fabrication doit remonter à la première moitié du XVe siècle.1 Ce fragment, imprégné de graisse et brûlé par un service prolongé, ne peut nous donner de renseignements que d'une façon indirecte. Il démontre que ces débris n'ont pas pu être entassés, en ce point, avant le milieu ou la fin du XV* siècle et peut-être même au cours du xvie. Comme d'autre
1. La fabrication, dite de Rhodes, établie à Lindoa, suivant M. BiMnmm par Héron de Villeneuve, vingt-cinquième grand-maître (de 1319 à 1346), aurait cessé après la conquête de l'île par Soliman II en 1523 (E. Gaknikr, Dict. de la céramique, p. 115— 116).
part le fort Reboul remonte à cent ans, qu'avant sa construction il a dû se passer quelques années pour que l'entassement de la couche supérieure puisse être fait, que les fours à chaux ont dû fonctionner un temps assez long, avant l'apport de cette couche qui les a recouverts, et qu'eux-mêmes recouvraient les fragments décrits, on ne peut être taxé d'exagération en plaçant, au plus tôt, dans la première moitié du xvic siècle, la fabrication au Caire et très probablement dans un quartier voisin, des poteries vernissées dont je viens de parler.
Dans tout ce groupe n° 10, les débris céramiques abondent et les variétés en sont très nombreuses. On en rencontre, de plus en plus, à mesure que l'on s'avance vers le sud- est. Aux espèces indigènes se mêlent les terres vernissées de Chypre, celles de l'époque des sultans Mamelouks, les imitations de céladon et de porcelaines chinoises de toutes les nuances unies. Beaucoup de ces pièces, réduites en fragments, sont de magnifiques spécimens d'art; d'autres nous présentent, à n'en pas douter, des rebuts de fabrication parmi lesquels on retrouve des cailloux et des rognons siliceux, portant des traces de calcination, et en partie brisés pour la fabrication des émaux. J'ai même trouvé des frittes émaillées portant des signatures, notamment celle de Ghaïbi. Comme on le voit sur la carte, ce groupe de collines circonscrit des vallées dont le fond n'est qu'à très peu de mètres du sol vierge. C'est en ces couches profondes que les fragments de terres vernissées, portant les armes et le nom des sultans Mamelouks, sont trouvés presque sans mélange d'autres variétés. 1 Les imitations du céladon chinois viennent par-dessus et se mêlent, en plusieurs endroits, avec les frittes émaillées et signées que l'on retrouve aussi beaucoup plus haut, mais toujours isolées, ce qui me paraît indiquer que cette