Article « Faïence » de la Grande Encyclopédie Lamibault
4. Jacquemart, La merveilla de la céramique, p. 14, Paris 1866.
6. Cette poterie est connue sous le nom de porcelaine : ce terme est inexact, on devrait plutôt l'appeler faïence égyptienne . . . (Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dan* l'antiquité, t. i,,p. 820). — J'adopte plus volontiers la définition de Jacquemart qui semble se rapprocher davantage de la vérité.
monté sur un pied assez grêle. Tantôt les pétales de la fleur ne recouvrent que la partie inférieure de la coupe, le reste, divisé en deux ou trois registres, est décoré en relief de scènes dans le style égyptien, tantôt la fleur forme le gobelet tout entier. Ces coupes doivent être attribuées à une fabrique située sur l'autre rive du Nil, à Touna, près de Mellaoui. J'ai, depuis quatre ou cinq ans, surveillé tout ce qui venait de cette provenance. Je suis arrivé à la conviction qu'il y a eu dans cette région, depuis la xvme dynastie, sinon la XIe, jusqu'au IIIe ou IVe siècle de l'ère chrétienne, c'est-à-dire pendant plus de deux mille années, un grand centre de production de frittes siliceuses ém aillées. Durant cette longue période la fabrication a suivi les caprices de la mode à chaque époque et, partie des gracieuses et délicates coupes lotiformes dont la légèreté est si grande qu'on ose à peine les toucher, elle est venue enfin s'échouer dans les vases épais et lourds des IIe et IIIe siècles. Sur les frittes minces, blanches et fines des premières époques on trouve des émaux dans toute la gamme des bleus, rehaussés parfois, dans les pièces de coloration faible, de quelques touches de jaune léger. Plus tard, à l'époque saïte, les bleus sont moins intenses, les pâtes moins fines et le dessin, tout en restant dans la convention du style égyptien, s'alourdit peu à peu. Plus tard encore dans les pièces, robustes jusqu'à la grossièreté, des dernières époques, à mesure que les formes s'empâtent, la palette des émaux semble s'enrichir, toujours dans la tonalité des : bleu, violet, jaune, vert et même rouge-brun, celui-ci seulement sur les amulettes et dans les pâtes de verre. Quand on le trouve sur des poteries, ce sont des pièces de rebut, ayant reçu un coup de feu, et que l'on doit considérer comme des preuves de fabrication dans cette région.
Fabriqués à l'époque romaine, ces vases d'un coloris admirable sont quelquefois unis, mais le plus souvent ornés de dessins en
haut relief. Ceux-ci sont formés de draperies, de feuilles imbriquées, d'animaux ou de personnages.1 Vers la même époque on retrouve des figurines émaillées : Horus Harpakrud isolé, ou assis sur la fleur de lotus; Vénus anadyomène en bleu; ou bien encore des figurines grotesques : comiques masqués, faces grimaçantes ou obscènes émaillés en vert pâle. — Pour les vases des IIe et IIIe siècles les plus beaux spécimens sont aujourd'hui dans les collections Wallis, Myers,2 Mac-Grigor et au Musée de Berlin. J'en possède également une série importante. — Ordinairement, au-dessous de ces vases on rencontre trois points, symétriquement disposés en triangle, au niveau desquels l'émail a disparu par suite de l'arrachement du trépied qui soutenait la pièce, particularité qui n'existait pas d'une façon apparente pour les coupes minces d'époque pharaonique, mais que nous retrouverons plus tard dans la céramique arabe du Vieux Caire et dans celle de la Perse. Malgré cette différence et toutes celles que l'on peut noter dans l'alourdissement des formes il existe, entre toutes les pièces des diverses époques, un lien très apparent dans les procédés de décoration et la fleur de lotus continue à jouer, dans celle-ci un rôle capital, jusqu'aux plus basses époques. Vers le IIe siècle de l'ère chrétienne on voit apparaître l'usage de
1. La planche xm, figures 8 et 10, donne la reproduction de deux fragments, spécimens de la fabrication de Touna. Le premier, n° 3248,* est à parois épaisses en pâte blanche alcaline émaillée en bleu sur ses deux faces, plus foncé à l'intérieur et à peine teinté à l'extérieur, dans les parties saillantes où la pâte apparaît sous l'émail. Ce vase doit avoir été moulé d'une seule pièce. — Le deuxième (flg. 10, n° 'Mb), à parois plus minces, émaillé en bleu pâle sur les deux faces, est tout à fait do basse époque et les reliefs, moulés à part, étaient rapportés et fixés sur la pièce principale par une mince couche de pâte.
2. On en trouve la reproduction photographique dans le catalogue illustré de l'exposition du Burlington Fine Arts Club à Londres, en 1895 (pi. xvn).
* Les numéros cités en note sont cenx du livre des entrées de m» collection.
la marque. Un pot lotiforrae de ma collection,1 admirablement conservé, porte au fond, en bleu sombre sur bleu clair, deux chiffres romains nettement écrits qui peuvent se lire ix ou xi. C'est le seul exemple que j'aie trouvé sur un pot émaillé de l'époque romaine. Même après la conquête musulmane, quand l'usage des inscriptions se généralise, l'emploi de la marque n'est pas constant. Du reste elle ne fut pas toujours employée de la même manière et, dans les différentes variétés céramiques que je possède, si je l'ai trouvée, dans la majorité des cas, sous le fond, j'ai également constaté quelle peut occuper une toute autre place. J'aurai l'occasion de signaler ces variantes.
Indépendamment des fabriques de la Haute-Egypte dont je viens de parler, il en a existé sans doute beaucoup d'autres dans les mêmes régions et je signalerai les environs de Memphis et le Fayoum comme des foyers probables de production.2
En descendant le cours du Nil et au cœur même de la Basse- Egypte, il y eut également des centres de fabrication. Je n'en citerai qu'un, celui de Naucratis, dont l'histoire a été aussi exactement tracée qu'on peut le faire actuellement, par M. D. Mallet dans son étude sur Les premiers établissements des Grecs en Egypte? L'existence de la fabrique en cet endroit ne peut être mise en
1. N° 1391, haut 0"U55, diamètre maxima 0m 125. La fleur qui a inspiré l'artiste n'est plus cette fois l'ancien lotus (Nymphaea Coerulea), mais le Nélunibo, dont les lourds pétales conviennent mieux à la robustesse du vase.
2. En ce qui concerne le Fayoum les probabilités sont aujourd'hui changées en certitude. Cet hiver M. Grenfell a pratiqué, à Kom-Ouchim, des fouilles qui ont mis à jour un assez grand nombre de vases, coupes, plats et plateaux en pâte siliceuse très blanche, émaillée en bleu, qu'il est difficile, à première vue, de différencier des pièces provenant de la trouvaille de Touna. Il y aura lieu de reprendre cette étude comparative quand M. Grenfell aura publié le résultat de ses fouilles.
3. Tome xn des Mémoires de la mission archéologique française au Caire, Paris
doute, car on a trouvé près de sept cents moules pour scarabées, têtes, ampoules, yeux mystiques, etc.1 La pâte, tendre et friable, était revêtue d'un émail dur, bleu, vert ou jaune.2 Les pièces analogues, trouvées à Rhodes, et probablement fabriquées dans l'île même, l'auraient été par «des ouvriers ayant appris leur métier en Egypte».3 Naucratis produisit, outre les amulettes dont il a été question, des vases avec des ornements en relief. — La figure 6, pi. xin, représente un Hercule enfant qui provient de cette localité,4 et paraît devoir être attribué à l'époque ptolémaïque. — Les spécimens de ce genre ne sont pas absolument rares et tous sont d'un assez bon style. Je n'en ai, pour ma part, jamais vu d'aussi décadents que ceux que l'on peut trouver à Touna. Naucratis était détruite dès les premiers temps de la conquête arabe, ce n'est donc point de ce côté qu'il faut chercher la source à laquelle puisèrent les renovateurs de la céramique, aux premiers siècles de l'Hégire. — Malgré les dissemblances très grandes qui permettent de les distinguer à première vue, les pièces émaillées de Touna, grossières et lourdes, et les fines et élégantes faïences arabes archaïques présentent cependant quelques analogies qu'il est bon de noter. Cellesci sont de deux sortes et portent sur la nature de la pâte et sur celle de la glaçure.
En ce qui concerne la pâte, les analogies sont frappantes. Dans les vases et les plats de Touna, aussi bien que dans les faïences signées du Vieux-Caire, elle est blanche, grenue, épaisse, peut-être un peu moins dure à Touna (?).5