‹ Contribution à l'étude de la céramique orientaleChapitre 18 sur 72 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

5. Ce chapitre était écrit depuis longtemps quand, le 28 juin 1898, j'ai reçu des analyses très bien faites qui confirment de tous points mes observations. On en trouvera le détail à propos de la fabrication.

La glaçure est sensiblement la même dans les deux cas. Par son épaisseur, sa transparence, la façon dont elle est appliquée, on est amené à penser que les traditions de l'ancienne fabrication survécurent dans la nouvelle. Reste la question de la forme dont la modification s'explique en partie par la mode. Si l'on s'arrête à ce détail, il faut convenir que les différences entre les frittes émaillées de la belle époque pharaonique, comparées aux gros vases de l'époque romaine, semblent au premier abord bien plus accentuées. Cependant, lorsque l'on y regarde de plus près, c'est toujours, ainsi que je l'ai dit, la fleur de lotus, les feuillages, les animaux, les scarabées ailés, etc. qui font les frais de la décoration aux deux époques. — Il y a, de ce côté, un lien évident entre les deux séries : pharaonique et romaine. La filiation n'est plus aussi nette quand on passe à l'ai*t arabe. Il n'y a vraiment de ressemblance qu'entre les matériaux utilisés pour la confection des pâtes, et les procédés employés pour la cuisson. En dehors de cela, les divergences surgissent si grandes dans les formes, les procédés d'ornementation, etc. . . . qu'il ne faut pas moins qu'une révolution pour les expliquer. Je vais chercher à établir comment elle a pu se produire.

Dès la fin du me siècle l'art, déjà décadent, décline de plus en plus en Egypte; les dernières productions de la fabrique de Touna sont presque informes. Dans les morceaux de pâte mal dégrossis, recouverts d'un émail sans éclat, on a peine à reconnaître les intentions de l'ouvrier. Aux emblèmes déformés du culte égyptien se mêlent des figures d'art chrétien. L'Egypte entre dans une période de barbarie et de ténèbres, son sol se couvre de ruines à l'époque de la querelle des iconoclastes. Bien que ce mouvement politique et religieux ne se termine en Orient que vers la fin du vme siècle, par le concile de Nicée (787), la renaissance artistique se prépare sur les bords du Nil presque aussitôt après la conquête

arabe (639). x On peut en inférer, a priori, que l'impulsion n'est pas venue de Byzance, au moins à cette époque. Il ne semble pas non plus que la révolution se soit, tout entière, faite sur place.

Au commencement du VIIe siècle, la céramique émaillée n'était plus fabriquée en Egypte, ou tout au moins elle ne tenait plus un rang honorable parmi les produits de l'industrie du pays. Maqrizi,2 énumérant les présents envoyés au prophète par Maqoqos,3 parle d'une mule, d'un âne, d'uu manteau, de mille metsquals d'or, de vingt vêtements de drap d'Egypte, d'une coupe de verre, de miel de Benha, etc. Nulle part il n'est question de céramique. Mes recherches au Vieux-Caire m'ont prouvé, qu'à cette époque, l'industrie du verre y était florissante. Les fouilles diverses faites depuis quinze ans à Akhmim, celles toutes récentes de M. Gayet à Antinoë, démontrent que l'art du tissage s'était maintenu et perfectionné peut-être, dans la vallée du Nil, tandis que, jusqu'à présent, je n'ai pu découvrir une belle pièce de céramique émaillée, pouvant être sûrement rapportée à cette période. Le texte de l'historien arabe et les faits semblent donc d'accord sur la déchéance de cette industrie au moment de la conquête. Plus tard, quand elle apparaît de nouveau, ses premières manifestations dénotent une civilisation très avancée, un goût sûr, une science pratique étendue, toutes choses qui supposent une longue période d'essais, peu compatibles avec la situation de l'Egypte et qui impliquent l'idée d'une intervention étrangère complexe, dont les origines restent à déterminer.

1. En l'an 696, 76 après l'Hégire, la première monnaie arabe est frappée. — Jusque-là on s'était servi des pièces byzantines. Désormais les Klialifes songent à s'occuper de l'industrie et de l'art.

2. Traduction de Bouhiant, Mémoire» de la mùsion française d'archéologie au Caire, t. xvn, p. 82.

3. Maqoqos, prince des Coptes, dernier gouverneur de M-enf (ancienne Memphis) au moment de la conquête do l'Egypte par Amrou (640 après J.-C).

À toutes les époques, les artistes céramistes paraissent avoir eu un penchant très prononcé pour les voyages,1 et chaque fois que, grâce à leur émigration, l'industrie est venue se fixer dans un pays nouveau, elle s'y est montrée tout d'abord avec des qualités telles que rarement dans la suite on les vit dépassées; souvent au contraire elles ne tardèrent point à décliner. Lindos, Valence, Oiron et beaucoup d'autres anciennes fabriques pourraient être prises pour exemple; la faïence arabe de Misr, qui les a précédées, me paraît avoir été soumise à la même loi. Elle aurait été importée à la fin du VIIe ou au commencement du virT siècle.

Tout l'Occident était dans un état de barbarie relative2 et n'avait avec l'Orient que des rapports peu directs,3 ce n'est donc point de ce côté que nous devons tourner nos regards. L'influence de l'art byzantin est beaucoup plus probable et nous la retrouverons nettement, dans certains cas particuliers, au cours de cette étude, mais les limites de son action sont bien difficiles à déterminer, faute de textes précis, de pièces de date et de provenance certaines. De ce côté tout est encore à faire. Voici pourtant un fait : Dans une loi de l'an 337, promulguée par Constantin, les potiers étaient compris dans les trentfVysix corps de métiers exempts de l'impôt.4 La céramique était donc en honneur à Constantinople.

On admet que les Persans, au moment de la chute de l'empire

1. Les choses n'ont guère changé depuis les temps anciens. Les céramistes continuent à porter leur influence hors de leur pays d'origine. C'est un Français, M. Arnoux, qui est actuellement directeur artistique et administrateur général de la célèbre maison créée par Minton. . . . Son principal décorateur est un Parisien qui a longtemps travaillé à Sèvres, M. Solon, qui, depuis vingt ans, s'est fait une célébrité en Angleterre . . . (Note sur la céramique anglaise, «Le Temps,» 12 septembre 1891).

2. Padl Lacroix, Les arts au moyen âge et à l'époque de la renaissance, céramique, p. 55 et suiv. Paris 1880.

3. On ne connaît pas d'Arabe ayant voyagé dans le nord de l'Europe avant les ix° et le xe siècles (Geok. Jacob, cité par «Le Temps», 22 avril 1892).

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