‹ Contribution à l'étude de la céramique orientaleChapitre 34 sur 72 · Voir le paragraphe consacré à ce céramiste, p · texte numérisé non relu

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dans ses beaux spécimens, l'industrie des céramistes arabes du Vieux Caire.

Le n° 120 est une toute petite pièce, de 0-063 de longueur, sur 0 04 de largeur et 0-090 de profondeur. L'une de ses extrémités est arrondie, l'autre au contraire est rectangulaire. Sa paroi, en partie brisée, laisse voir la pâte qui est grossière et colorée en rouge par de l'oxyde de fer qui, dans les parties intactes, a donné une teinte louche à l'émail. Des rinceaux, grossièrement tracés en noir, tournent tout autour de la paroi extérieure. La marque, noire aussi (fig. 190, pi. iv), est appliquée à l'intérieur de la pièce.

Ce petit objet, qui a visiblement reçu un coup de feu, est une nouvelle preuve de la fabrication indigène.

La pièce qui porte le n° 120 a est représentée grandeur naturelle, planche xn. Sa marque, illisible, est figurée à la planche iv (fig. 120 a). C'est peut-être le fragment le plus original de toute la collection. La nature de la pâte, l'aspect des émaux le rangent parmi les meilleurs spécimens de la fabrication au Caire.

Les deux grands échassiers bleus, qui traversent un marais houleux et rempli de poissons, donnent une tournure très personnelle à cette composition qui rappelle l'école des cuivres incrustés de Mossoul. Le pointillé des fonds, surtout les groupes de quatre points, disposés en losange, que l'on trouve au voisinage de la cassure, me font penser aux pièces dénommées siculo-arabes, sans me les rappeler complètement.

A l'extérieur, la glaçure et les couleurs ont la même netteté, mais le dessin laisse à désirer, les traits sont irréguliers, interrompus et repris. Tout dénote la précipitation et la négligence, ce qui est bien plus dans le caractère de l'ouvrier égyptien que dans celui du persan. C'est visiblement une partie sacrifiée dont la décoration était, peut-être, abandonnée à un aide.

Le fragment n° 116 (pi. iv) a tous les caractères habituels des

pièces de l'école syrienne fabriquées au Caire. Je dois mentionner, outre sa signature embrouillée et illisible, la dépression du fond qui se traduit, à l'intérieur du bol, par un ombilic formant une saillie de O01 de hauteur sur environ 003 de diamètre à la base.

Sous le n° 117 est inscrit un grand fragment de bol, à fond blanc, décoré de fleurs, d'un bleu sombre, disposées en croix. Les intervalles sont remplis par de minces feuillages de la même couleur. On voit sur l'émail l'impression du trépied. La marque du dessous est composée de traits et de lettres entremêlés qui forment un fouillis indéchiffrable, très exactement reproduit (fig. 117, pi. iv). Les traits pleins sont en bleu sur la pièce, les autres sont noirs.

Ce fragment mesure 0*16 de long sur 0*12 de large. L'émail en est très bien conservé.

On doit rapprocher de cette pièce le n° 121 de ma collection qui porte une toute petite marque illisible, et dont la décoration est presque identique à celle du n° 117.

Marque n°152 a (pi. v), fond de bol du même style que les pièces soignées à'el-Chaër.

Le losange blanc, semé de petites croix noires et placé dans un cercle peint en bleu uni, rappelle les armoiries dont j'ai trouvé des spécimens sur des pièces de même époque.

N°156 (pi. v), fragment de plat, orné de fleurs blanches ombrées de traits noirs, fond bleu.

N°158 (pl.v). Petit fond de bol, de même style que le précédent. Les dessins rappellent ceux des cuivres arabes du XVIe siècle, fabriqués au Caire, dont j'ai déjà parlé.1

N° 161 (pl.v). Fragment de bol, orné de feuillages grêles, d'un bleu éteint, sertis d'un trait noir, fond blanc jaunâtre, pointillé de

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noir, qui semble une réminiscence des fonds que l'on trouve dans les bonnes pièces ftel-Chaër.

Je noterai enfin le n°154 (pi. v) dont la marque, composée de quatre traits bleus, est placée sur le bord interne du pied. Très certainement fabriquée en Egypte, comme toutes les précédentes, cette pièce, décorée en bleu sur fond blanc, porte au centre un médaillon dans lequel une inscription arabe, répétée trois fois, semble au premier abord un ornement banal. Il ne m'a pas été possible de la déchiffrer.

4° Faïences de provenances diverses.

Syouazz. yCL*

Ce mot dont je n'ai pas pu déterminer la signification, et qui paraît être un nom de lieu, est écrit sous deux pièces qui proviennent, très certainement, d'une fabrique étrangère à l'Egypte.

Dans cette série et dans la suivante, je n'ai rencontré que des fragments de tasses à café.1

Dans mes pièces, l'écriture, aussi qu'on peut en juger par les marques représentées (fig. 90 et 91, pi. m), est très mauvaise et doit être le fait d'un ouvrier illettré, copiant sans comprendre, et voulant imiter un modèle de date plus ancienne.2

1. Il existe au South-Kensington Muséum des tasses à café intactes, ayant les mêmes caractères que celles qui sont décrites ici; j'ignore si elles sont munies d'une signature.

2. On a vu plus haut, parmi les noms des maîtres syriens, celui d'el-Siouaz et de son fils : l'orthographe de ce nom écrit par ^j> est, malgré la consonnance, très différente, et les deux modes de fabrication n'ont entre eux aucune ressemblance. Cependant, si mes remarques sont exactes, les deux variétés auraient des attaches avec les fabriques de l'Anatolie, à deux ou trois siècles de distance, et, dans le deuxième cas, la pâte, véritable terre de pipe très fine, a peut-être été préparée par on ouvrier venu d'Europe (?).

La pâte est blanche, fine, compacte. Elle ressemble à la terre de pipe des véritables faïences modernes. La forme en est bonne, les" pièces sont réussies, bien qu'il s'agisse de produits d'un usage courant, plutôt que d'objets d'art soignés. Sur le n° 90 (pi. x), presque toute la décoration est extérieure. Elle se compose de trois bandes en bleu pâle, ornées d'un médaillon quadrilobé, blanc, serti d'un trait noir et dans lequel se trouvent trois points jaunes et une tache bleue. Ces bandes alternent avec des espaces blancs, ornés de traits, de feuillages jaunes et de médaillons à points bleus, avec une tache jaune. L'intérieur est tout blanc, sauf un petit motif central au fond, composé d'une palme et de quatre points bleus, accouplés deux à deux.

Le n° 91 a les mêmes caractères de pâte et de forme, mais est décoré en bleu avec des dessins noirs au trait.

Touaz.

Ce que je viens de dire des faïences de Siouazz s'applique également aux quatre fragments qui portent le nom de Youaz, les procédés de fabrication sont les mêmes et les deux signatures également mal écrites, si elles diffèrent par les caractères qui les composent, ont néanmoins entre elles des liens étroits de parenté. On peut retrouver, dans l'émail et dans les dessins, des traces de l'influence persane, mais je crois pouvoir attribuer toutes ces pièces à une fabrique d'Asie mineure et même à celle de Kutahia, en Anatolie, qui, après bien des vicissitudes, aurait été définitivement fermée il y a une vingtaine d'années, si l'on doit s'en rapporter au témoignage des marchands qui explorent ces régions et achètent les derniers bibelots (broderies ou faïences), pour alimenter les bazars de Constantinople et du Caire. — Il ne me

semble pas que l'on doive faire remonter mes fragments de tasses à une époque très ancienne, je les attribuerais volontiers à la seconde moitié du xvme siècle, tout en reconnaissant que des modèles analogues ont pu, dans la même région, être fabriqués bien antérieurement.

Les mêmes types ont été longtemps recopiés et ce qui est arrivé pour les gourdes et pour les tasses a eu lieu également, ainsi que j'ai pu l'observer, pour les œufs en faïence1" qui servaient à orner les chaînes des lampes dans les églises et les mosquées.

Avant de fermer ses portes, la faïencerie de Kutaïa avait inondé les bazars d'Orient de mauvaises imitations des belles faïences byzantines. Aujourd'hui les originaux et les copies sont presque également introuvables.2

N° 114 (pi. iv). Petit fond de bol à émail stannifère, décoré au centre d'une petite branche de feuillage en bleu. La marque du revers, également en bleu, que je n'ai pu identifier faute d'éléments de comparaison, pourrait bien être européenne.

N° 123 (pi. iv). Tout petit fond de bol eu pâte blanche fine, recouverte d'une couche d'émail stannifère, décorée de dessins en bleu de deux tons, tout-à-fait dans le style chinois. La marque ressemble à la lettre arabe ~ , mais elle est accompagnée de deux traits qui ne sont point dans le style des caractères arabes; je

1. Jacquemart, op. cit., p. 199, donne un bon dessin des œufs en faïences auxquels je fais ici allusion.

2. Au moment où je corrigeais les épreuves de ce mémoire, j'ai reçu des renseignements qui confirment ces faits : Siouazz, Kutaïa et trois ou quatre autres petits centres d'industrie céramique, situés dans l'Arménistan, qui tous ont cessé de produire, fournirent, pendant une assez longue période, des pièces non signées, d'autres portant, tantôt une signature en arabe ou en arménien, tantôt une simple marque. Parmi ces dernières, je citerai : 1" un cercle en noir de 0-005 mm. de diamètre, avec trois rayons divergents très rapprochés les uns des autres; 2° un V, en noir, avec un petit point entre les branches.

pense donc que cette pièce est d'origine étrangère, et probablement de fabrique européenne.

5° Notes sur la fabrication.

En cherchant à tracer une histoire rapide des pâtes siliceuses à couverte vitreuse, j'ai longuement insisté sur les liens de parenté

qui semblent exister entre cette variété céramique et l'ancienne porcelaine chinoise. L'étude sommaire de la fabrication m'a, dès les premiers pas, fourni de nouveaux arguments. L'immense majorité des faïences siliceuses est décorée en bleu. Or «le décor le plus ancien et le plus estimé en Chine est le camaïeu bleu : il s'exécute sur la pâte simplement séchée, après le travail du tournassage, et crue».1

On verra plus loin, par les analyses chimiques que je publie, que, si la matière première ditfère, la technique est la même en Egypte pour les pâtes siliceuses qui furent, au début de la période arabe, ainsi que je l'ai dit, des tentatives de copie de la porcelaine. Avant que le chimiste ait eu à se prononcer, et par l'examen seul de quelques-uns de mes fragments, j'avais pu saisir, sur le vif,

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