CHAPITRE V
Poteries vernissées sur engobe.
Mes recherches me permettent d'établir que la fabrication des poteries vernissées sur engobe, a précédé peut-être la conquête arabe, que dans tous les cas elle l'a suivie de très près. — Quelques siècles plus tard, elle a pris une place très importante dans la céramique de ce pays.
Retracer son histoire, au moment de sa grande prospérité, serait faire la chronique de la domination musulmane, de la fin du XIIe au commencement du xvic siècle. Les inscriptions et les armoiries, qui ornent le plus grand nombre des pièces importantes, donnent les noms et les titres de leurs anciens propriétaires, font connaître les charges dont ils étaient investis. Ces titres et ces emplois ont varié, suivant les époques, de sorte qu'en relevant les inscriptions éparses sur les fragments on pourrait, par les formes du protocole, dater ces pièces, aussi bien qu'il serait possible de le faire par les seuls caractères tirés du style des inscriptions elles-mêmes, dont je ne prétends pas d'ailleurs contester l'importance.
L'historien, doublé d'un linguiste, pourra seul mener à bien une aussi lourde tâche, c'est assez dire que je n'ai jamais eu l'intention de l'entreprendre. Je me suis contenté de grouper le plus
grand nombre possible de documents. Près de huit cents beaux fragments et quelques rares pièces, en bon état de conservation, composent actuellement la série que je possède.1 Toutes les armoiries que j'ai pu trouver sont encore entre mes mains. J'ai au contraire distrait, du reste de la série, quelques fragments, ornés de dessins et d'inscriptions, qui faisaient double emploi, pour les offrir aux musées.2
Malgré Tassez grande facilité que l'on a de se les procurer, ces échantillons, d'un art si particulier, manquaient absolument dans nos musées et paraissaient tout à fait inconnus des amateurs. Ce qui s'explique sans peine par l'extrême rareté des pièces en bon état de conservation.
S. E. Artin Pacha qui, depuis plusieurs années, a fait de très intéressantes recherches sur le blason des Princes orientaux, a bien voulu se charger d'examiner les deux cents fragments portant des armoiries, pour les publier avec les documents qu'il a pu retrouver sur les monuments, les cuivres gravés, les armes, lampes, etc. . . . suivant, dans cette étude, les traces de Rogers Pacha.3 A l'époque où parut l'important travail de cet auteur, les collines de décombres des environs du Caire n'avaient pas encore attiré l'attention des chercheurs et la série des armoiries reproduites sur les poteries vernissées n'y est pas même signalée.
Depuis mes recherches et celles qui ont presque immédiatement suivi, de Y Exploration Fund, bien des documents ont vu le jour.
1. Pour rendre plus facile l'étude d'un si grand nombre de fragments j'ai fait, après un numérotage soigneux, calquer et coller sur fiches les dessins, les inscriptions et les armoiries. Aux fragments groupés par séries de cinquante correspondent des dossiers d'un même nombre de fiches. De la sorte on peut, avec les calques, prendre une vue d'ensemble et retrouver en quelques instants les pièces que l'on veut étudier.