‹ Contribution à l'étude de la céramique orientaleChapitre 66 sur 72 · Gavet, L'art arabe, préface, p · texte numérisé non relu

Gavet, L'art arabe, préface, p

la plus formelle, que les artisans de Mossoul, dès le milieu du XIIIe siècle, étaient venus porter leur industrie à Damas et au Caire.1 Les rapports devaient être d'autant plus constants entre les ciseleurs et les céramistes, que les produits de leur industrie étaient également destinés aux sultans, aux émirs et à leur entourage.

Il n'en est pas moins vrai que les poteries ne furent pas des copies serviles des cuivres et qu'elles conservèrent dans la forme, comme dans l'ornementation, leur physionomie particulière.

Les fonds sont tantôt lisses et d'une seule teinte (fig. 4, pi. xiv) tantôt vermiculés (fig. 1, pi. xiv) ou remplis de dessins divers (fig. 6, pi. xiv), nuancés de taches blanchâtres ou vertes (fig. 2, pi. xv). Quelquefois la couverte intérieure n'est pas de la même teinte que celle du revers, celle-ci est alors, à de rares exceptions près, moins soignée.2

Les grands carnassiers, les poissons, les oiseaux de proie, le cheval, la gazelle entrent fréquemment dans la décoration.

Je n'ai qu'une seule fois trouvé la figure humaine (fig. 9, pi. xih). Il s'agit d'un Chinois, coiffé d'un petit chapeau en forme de calotte sphérique qui laisse échapper en arrière la queue de cheveux repliée en deux. Le fragment est émaillé en vert sombre sur ses deux faces. — La présence du portrait de cet Asiatique sur une poterie dont la fabrication était courante en Egypte, si j'en juge par l'émail et la terre comparables à beaucoup d'autres de mes pièces, pourrait la faire rapporter au début du XVe siècle, à l'époque de la conquête de la Syrie par Tamerlan (1400 après J.-C).

Les formes les plus usitées des poteries vernissées armoriées sont : La coupe très évasée, à bord plat et à talon bas, ou celle de

1. Casanova, Catalogue des cuivres arabes, p. 28. 2° Exposition des peintres orientalistes français 1895.

2. Dans ces cas la couverte n'a pu être appliquée par trempage, mais au pinceau.

forme hémisphérique avec un pied plus ou moins élevé ; des bols, de grandeur très variable, en tronc de cône renversé, soutenu par un talon de 0-04 à O08; quelques plats; des vases sans talon de la forme des bassins en cuivre incrusté de Mossoul, dont ils furent les contemporains.

Toutes ces poteries étaient employées comme ustensiles de ménage. L'une d'elles,1 dans une inscription placée sur le bord, porte l'indication suivante : «Fait pour la cuisine de Ganab . . .»2 Le nom du propriétaire se trouvait sur une partie qui manque. Ce qui reste du texte nous prouve, une fois de plus, que ce genre de poterie était surtout fait sur commande et très probablement réservé aux émirs et à leur entourage.3 En observant l'ensemble de la série, si j'en juge par le caractère des ornements et des textes, la fabrication dut atteindre son plus haut degré de perfection vers la fin du sur siècle. Pendant le xve siècle elle commençait déjà à déchoir. On peut s'en convaincre par l'examen des nombreux fragments qu'il est encore possible de trouver en place aux environs de Bab el-Ouézir. La signature, quand elle existait, était placée à l'intérieur du vase et près du bord supérieur. Je n'en ai pas retrouvé de complète. Je ne puis signaler que la marque reproduite pi. m, fig. 83 : Aamal charaf s . . . . = fait par honorable s . . .

L'industrie survécut pourtant, je pense, à la conquête turque (1517). Ce qui me porte à le croire c'est que sur de nombreuses pièces, trouvées dans les couches supérieures des décombres, on voit apparaître le croissant se détachant en jaune clair, formant un léger relief sur le fond d'un jaune roux. — Avec l'apparition

1. N° 1708. Hauteur 0-26, diamètre 0-34. Grande coupe en forme de cône tronqué renversé.

2. Ganab signifie monsieur, et était usité dans le protocole de la fin du xm" siècle. Casanova, communication orale.

3. Les armoiries qui ornent cette coupe, une rosace à fleurons au milieu d'un écu, sont celles d'un sultan du Yemen.

de cette ornementation nouvelle, on doit noter des modifications importantes dans la fabrication et surtout la suppression du dessin au trait creusé dans la pâte, avec lequel les premiers artistes obtenaient de si beaux effets décoratifs. Après cette époque la fabrication disparaît tout à fait.1

Je ne note que pour mémoire la fabrication, au Vieux Caire, de bols à fèves, émaillés en vert pâle. Rien ne prouve que cette industrie soit la continuation des anciennes poteries armoriées.2

L'histoire de la poterie vernissée en Egypte peut se résumer ainsi :

1° Fabrication très limitée de petits objets à l'usage des chrétiens, débutant peut-être vers le Ve ou VIe siècle : tout au moins contemporaine de la conquête arabe, et paraissant due à l'influence byzantine.

2° Grande expansion de cette industrie sous l'influence de l'école de Mossoul, de la fin du xif au commencement du xvie siècle, depuis la domination des Ayoubites jusqu'à la conquête de l'Egypte par les Turcs.

1. Tout récemment, en utilisant les talents de tourneur d'un potier indigène du Vieux Caire, Johnston Pacha put faire quelques essais tendant à reproduire les poteries vernissées des sultans mamelouks. Jusqu'ici les résultats, quoique très intéressants, sont loin d'atteindre le but. Il s'en faut de beaucoup que les copies aient la perfection des modèles. La bonne volonté des ouvriers ne suppléera pas, de longtemps, à l'éducation artistique et technique qui leur manque. Ces tentatives méritent pourtant d'être signalées.

2. Pour la description du four actuellement en usage, voir les notes sur la fabrication.

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