Op. cit., p
ment contenir beaucoup d'objets précieux et était forcément le centre d'un riche quartier habité par les personnages de marque. Dans les quatre bazars on trouvait des objets rares et précieux apportés de tous les pays du monde, tels que l'écaillé, le cristal de roche artistement travaillé. ' Effectivement il a été retrouvé, dans cette région, des flacons de cristal taillé à la meule dont je possède de beaux spécimens dans ma collection de verrerie arabe.
Dès le IXe siècle Misr en faisait un important commerce et exportait ses produits jusque dans l'Extrême-Orient. M. le colonel Chaillé-Long, consul d'Amérique en Corée, m'a dit avoir retrouvé, dans ce pays, des échantillons semblables à ceux que je lui montrais et qui étaient attribués à cette époque par les Coréens eux-mêmes. Ces flacons sont aussi très nombreux, dans la colline qui se trouve au sud de l'abattoir actuel, en un point marqué sur la carte par la lettre a. — Tout près de là, les estampilles des mesures de capacité sont abondantes dans la colline marquée 6.
Les amulettes en verre, portant les noms des khalifes Fatimides, donnent approximativement la date de la formation de la colline située immédiatement au sud de l'aqueduc2 en c.
Un peu plus vers l'ouest une longue colline, d, a fourni à mes collections un grand nombre de lampes émaillées en couleur.
Au nord-est de Deir-abou-Seyfeyn, en e, on trouve des terres vernissées avec inscriptions et armoiries, de l'époque des sultans mamelouks.
Au nord d'Abou-Seoud, en/, on trouve beaucoup de perles de verre ou d'émail, et des perles en fritte émaillée bleue d'un travail
1. Safer Naheii, Relation du voyage de Nasiiri Khosrau, trad. de M. Ch. Schefeb, p. 149.
2. Cet aqueduc fut construit par Moham. Ibn Kalaoun vers 730 et refait par Kansou el-OhOUy, 46e sultan Mamelouk, vers 911 (Casanova, Hitt. et detcript. de la citadelle du Caire, p. Ô46).
grossier, dernière manifestation des fabriques de ce genre dans la région du Vieux-Caire.
Sur presque tous les points de l'emplacement de Fostât on retrouve, un peu à toutes les hauteurs, dans les stratifications des Koms, à côté de produits importés de l'étranger, des échantillons de l'industrie arabe depuis les premiers temps de la conquête jusqu'à la fin du siècle dernier, mêlés à des objets chrétiens, ceux-ci abondants surtout dans les régions où il existe encore de nos jours des couvents coptes (voir la carte). Les attributions de provenance et de date sont alors assez difficiles à préciser, bien qu'en général les amas de débris n'aient pas été remaniés. Un Kom ébauché à une époque a pu, par suite de circonstances fortuites, être abandonné pendant une longue série d'années, puis repris comme hottoir public, de sorte que des objets en contact peuvent être de siècles différents. Dans certains cas on peut s'en rendre compte grâce à des documents datés. Tel est le Kom situé au sud-ouest de Fostât et portant, sur la carte, le n° 1. Ce monticule, actuellement exploité sur ses deux versants, ne semble pas s'être accru depuis la conquête turque, car sa couche supérieure contient des pièces du commencement du xvie siècle, tandis que dans sa partie profonde j'ai recueilli, au milieu de tessons de poteries rouges, des estampilles portant les noms d'un gouverneur financier de l'Egypte du deuxième siècle de l'Hégire, Ibrahim ibn Sâlih, gouverneur en 165. A cette hauteur je n'ai pas vu de céramique émaillée, mais on la rencontrait, vingt ou trente centimètres plus haut, sous forme de lampes en terre rouge décorées d'une teinte brune, et de fragments de poteries vernissées, de l'époque des sultans Ayoubites ou Mamelouks. Pour qu'un aussi faible accroissement ait pu se produire en plusieurs siècles, il faut évidemment que ce hottoir de décombres ait été abandonné pendant longtemps et repris ensuite.
Au point de vue de mon travail, la région de Fostât la plus intéressante est, sans contredit, celle qui avoisine la mosquée du cheik Abou-Seoud (n° 3 de la carte). C'est de là que provient la plus grande partie des faïences munies d'une signature, et un assez grand nombre de faïences armoriées. Les échantillons à reflet métallique viennent un peu de tous les quartiers de la ville détruite, et notamment du cirque n° 4. J'aurai, dans les chapitres suivants, à revenir en détail sur la description de ces pièces, il me suffit ici de signaler leur gisement, qui se trouve toujours dans les couches profondes.
En remontant vers le nord, après avoir passé l'aqueduc, on arrive sur l'ancien emplacement à'el-Asker, absolument recouvert de décombres jusqu'à ces derniers temps. La partie ouest, la plus moderne, devait se trouver dans le lit du fleuve dont l'ancien cours est indiqué sur la carte par la grande tache de Birket-el-Fil, étang récemment comblé. Cette partie ouest des décombres disparaît de jour en jour, par suite de l'extension prise par le prolongement du quartier de Baghala. J'ai, à différentes reprises, visité les travaux de déblaiement, ils ne m'ont rien fourni qui fût digne d'intérêt.
Les collines de l'est, beaucoup plus importantes, forment un groupe imposant. Elles sont très anciennes et leur existence est déjà signalée par Maqrizi au temps de Salah-ed-din.1 Elles étaient alors couvertes de moulins, ceux-ci ont absolument disparu, mais les Koms sont restés intacts, jusqu'à présent, dans toute la région comprise entre la mosquée d'Ahmed ibn Touloun au nord, l'aqueduc au sud et la ville des tombeaux à l'est. Dans les dernières pentes, au voisinage de l'Imam-Chaffey, j'ai trouvé des épitaphes sur marbre, tracées en caractères coufiques et remontant au m° siècle de la conquête musulmane. Des fouilles bien conduites dans cette