PARTIE EXPÉRIMENTALE
Technique analytique.
Une substance radioactive présente dans une matière, en quantité très faible, peut être décelée par la mesure du rayonnement qui la caractérise. En principe, la matière est étalée sur l’un des plateaux d’une sorte de condensateur à lame d’air (chambre d'ionisation), dont les armatures sont reliées aux bornes d’une batterie d'accumulateurs ; le courant produit est mesuré; ce courant n’est pas, en général, proportionnel à la masse d'élément radioactif présent dans l'appareil, car le rayonnement émis, plus ou moins absorbable, ne pénètre pas totalement dans l'atmosphère ambiante.
Sur les conseils de Mme Curie, J'ai utilisé les propriétés électrochimiques du polonium pour instituer une méthode précise d'analyse de cet élément, caractérisé par l'émission de particules & très absorbables : la matière contenant le polonium étant dissoute dans l'acide chlorhydrique, ce radioélément était extrait de la solution par dépôt électrochimique sur une lame d’argent plane, et l’activité des deux faces de cette lame mesurée successivement dans une chambre d’ionisation, où les rayons & émis étaient complètement absorbés. Désignons par X et Y (dans la pratique X Y) les courants produits et par Z le faible courant dû à l’activité spontanée de la chambre (mouvement propre). X, Y et Z étant connus en valeur absolue, la masse » de polonium déposée était liée à la quantité X + Y — 2Z — C par la relation de propor-
tionnalité m = 1,56 C 10-10 (7 étant exprimé en gr. et GC en users)
J'ai recherché par une étude préliminaire le degré de précision de cette technique d'analyse, en évaluant les limites d'erreur sur la valeur de m imputables à la mesure du rayonnement C, ainsi que celles qui proviennent des traitements chimiques préliminaires des matières à analyser, que comporte la méthode.
Mesure de l'activité d'une lame activée sur ses deux faces. — Les erreurs dans les mesures de l’activité d’une lame, activée sur ses deux faces, proviennent de deux causes : l'évaluation des courants mesurés est imparfaite et de plus l’activité répartie sur les arêtes des lames est mesurée deux fois.
Au cours de ce travail, j'ai utilisé pour les mesures des courants une méthode de zéro (quartz piézoélectrique, électromètre) ; la précision de chaque mesure est, avec ce procédé, de 1 0/0 lorsque les courants sont compris entre r et 10 u. e. s.; des courants plus intenses ne peuvent être, d’ailleurs, mesurés. Dans mes expériences les erreurs commises sur le mouvement propre Z, toujours très faible, étaient
négligeables et celles commises sur C étaient de l’ordre de 2 0/0 Fe 0) =) Etant donné l'impossibilité d'apprécier la répartition du polonium sur les arêtes d’une plaque totalement activée, je me suis proposé de déterminer une limite supérieure des erreurs commises sur la mesure de C. Le principe de la technique utilisée est le suivant. Une solution titrée de polonium pur dans l’acide nitrique décinormal est préparée, telle que l’activité æ d'une goutte de cette solution, prélevée au moyen d’une pipette calibrée, soit connue. En adjoignant à un volume donné d’une liqueur chlorhydrique une goutte active, on réalise une solution de polonium d’activité x; le polonium est extrait de cette liqueur par dépôt
électrochimique sur une lame d'argent dont l’activité y est
12 d. ESCHER-DESRIVIÈRES
mesurée. La quantité Ent À| définit l'erreur commise sur la æ
mesure de l’activité d’une lame recouverte de polonium sur ses deux faces car, dans les conditions décrites, l'extraction de la matière active en solution est totale, ainsi qu'on peut le vérifier en évaporant à sec la liqueur traitée et en mesurant le rayonnement du récipient.
J'indique quelques détails opératoires. La matière active, que j'ai utilisée, provenait du traitement des ampoules d'émanation vieillies, traitées selon des procédés d'usage courant à l’Institut du Radium. Une partie de la solution mère, évaporée à sec, ne laissait pas de résidu appréciable ; elle était donc sensiblement exempte de matières étrangères. Il a été vérifié qu'elle ne contenait pas de traces de radium D et E (absence de rayonnement $). La solution traversée pendant plusieurs heures par un courant d’air comprimé était homogène ; on s'était assuré de cette homogénéité par la mesure de l’activité de quelques gouttes évaporées à sec sur une lamelle de microscope. Le calibrage de la pipette était vérifié ; on pesait 10 gouttes d’eau distillée à une balance Curie apériodique et rapide et l’on recommençait plusieurs fois l'expérience ; le poids moyen de chaque goutte était de l’ordre de 5 mg. et les écarts entre les nombres obtenus n’excédaient pas o mg. 05. Pour l'extraction J'ai utilisé des lames d’argent vierge de forme carrée (3 cm. de côté et o mm. 2 d'épaisseur) nettoyées à l'alcool et à l’éther ; les solutions (5 cm) étaient introduites dans des capsules de porcelaine à fond plat de 20 cm$ de capacité et elles étaient portées, pendant trois quarts d'heure, à la température de 70° environ (chauffage sur amiante); on ajoutat de l’eau à intervalles fixes, de sorte que le volume de la solution demeurait pratiquement invariable.
22 , CAEN Je:
IL a été trouvé que le rapport % qui définit les erreurs a sur les quantités de polonium imputables aux mesures de rayonnement, n'excède pas 3,0/0,
CONTRIBUTION A L'ÉTUDÉ DE LA GHIMIE DU POLONIUM 13
Extraction du polonium dissous par dépôt sur l'argent. — Je me suis proposé de rechercher les conditions optima à réaliser pour l'extraction du polonium dissous par dépôt sur l'argent, Dans ce but j'ai étudié le comportement électrochimique du polonium en solution dans divers milieux. Pour toutes les expériences relatives à ces analyses la technique opératoire utilisée a été identique à celle qui vient d’être décrite. Les faits essentiels que cette étude a mis en évidence sont les suivants :
1° En solution chlorhydrique et en l’absence de toute autre matière le dépôt du polonium sur l'argent est pratiquement indépendant du titre en ions H de cette solution, à parür d’un minimum d'’acidité de l’ordre de 0,1 molécule gramme d'acide au litre. Il s'effectue parfaitement à chaud en milieu chlorhydrique concentré, bien qu’un tel milieu attaque notablement l'argent. Le dépôt est également réalisé dans de bonnes conditions en présence de corps les plus divers.
Cependant il arrive que dans certaines circonstances, un reliquat de polonium subsiste dans la solution ; ce reliquat, négligeable en:général, peut atteindre 1 0/0 de la quantité totale d’élément actif en expérience ; il s'élève notablement lorsque la solution contient du tellure, de l'or, ou tout élément qui tend à se déposer sur l'argent.
2° En solution sodique ou potassique le comportement électrochimique du polonium est complexe; si le titre en ions OH de cette solution est faible (soude décinormale) le radioélément se dépose sur l'argent, mais si ce titre est suffisamment élevé un phénomène inverse se produit, car la soude concentrée et bouillante désactive presque complètement une lame recouverte de polonium. J'ai réalisé une expérience qui manifeste ce double phénomène. Une lame activée en solution sodique peu concentrée est maintenue pendant une heure dans une lessive de soude bouillante ; elle perd presque toute son activité ; la solution refroidie est neutralisée, puis additionnée d’une trace de soude, et la même
14 3. ESCHER2DESRIVIÈRES
lame, plongée dans ce milieu, récupère l’activité qu'elle avait perdue ; l'opération peut être indéfiniment répétée.
30 En solution ammoniacale, et quel que soit le titre de cette solution en ammoniaque libre, lé dépôt du polonium sur l’argent est toujours nul.
Conclusion. — Il ressort de cette étude qu’on pourra, très généralement, utiliser la méthode d'analyse proposée pour doser le polonium en solution dans un solvant quelconque acidifié par l'acide chlorhydrique. Dans le cas où ce solvant contiendrait un métal, comme l'or, susceptible de se déposer sur l'argent, ce métal serait au préalable séparé par un trai-
tement convenable.
Analyse d’une matière solide. — Si cette matière est attaquable par l’acide chlorhydrique elle sera dissoute dans cet acide. J'ai vérifié d’ailleurs que, le plus souvent, un traitement par ce réactif concentré et bouillant désactive presque complètement la substance à analÿser, même lorsque cette substance est insoluble ; le résidu séché est alors pratiquement inactif; ce fait se vérifie notamment avec le chlorure d'argent. Si cette méthode de traitement est en défaut, on transformera la matière en expérience en un composé soluble. Il est cependant utile de noter que ce procédé ne sera employé qu'à défaut de tout autre, car il est pratiquement impossible, au cours d’un traitement prolongé d’une matière, d'éviter des pertes de polonium. Il faudra en particulier rejeter toute méthode nécessitant la calcination de la substance en expérience, où sa fusion à haute température, car au cours d’un tel traitement le polonium adhère aux parois des récipients de telle sorte qu'il est pratiquement impossible de le récupérer ultérieurement.
En résumé on peut conclure que l'extraction du polonium par dépôt électrochimique comporte, en général, une erreur qui n'excède pas 2 0/0 et que l’activité des lames d'argent
ve CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA CHIMIE DU POLONIUM 15
ütilisées pour ce dépôt est déterminée avéc une précision de 3 0/0. Globalement, la téchnique d'aialyse décrite impliqué une erreur qui ne dépassé pas 5 6/0.
Définition des coefficients de répartition du polonium dans un système hétérogène.
L'expérience prouve que l'entraînement d’üne substance quelconque far ün précipité n'est généralement pas total. Les coéfficients numériques qui définissent cet ehtratnement sont dotic des nombres fractionnaires. Dans ce méfioite je désignerai par X, les quantités totales de polonium utilisées dans üne expérience, X, et X, les quantités réparties dans les phases solides et liquides des systèmes étudiés. Le
x nt | rapport PR AAA par le symbole À, et le rapport Sn représenté par la lettre A définissent lun ou l’autre la répartition du polonium dans un système hétérogène.
Détermination des constantes À et À. Technique opératoire. — Dans ce paragraphe j'indiquerai la marche générale d'une expérience ; les détails particuliers à chaque câs seront précisés ultérreurement.
Je disposais d’une solution de polonium dans l’acide titrique décinormal, d'activité déterminée selon un procédé déjà décrit. L'activité d’une goutte se mesurait par un courant de quelques u. e. s. ; le titrage de la solution était fréquemment vérifié ; on tenait compte, d’ailleurs, de la décroissance du polonium.
D'autre part, je préparais une solution inactive d'un métal donné susceptible d’être transformé en un composé insoluble par addition d’un réactif. Je prélevais en principe 2 em* de cette solution à laquelle j’adjoignais une goutte de la solution de polonium ? après agitation avec une baguette de verre
10 j. ÉSCHER-DÉSRIVIÈRES
mince, 1 cm° du réactif de concentration connue était versé dans le récipient qui, soigneusement bouché à l'émeri, était ensuite abandonné à lui-même pendant 24 heures. J’ai vérifié que les résultats expérimentaux ne sont pas, en général, cohérents lorsque les phases, obtenues au cours d’une réaction, sont séparées immédiatement après leur formation, En aucun cas je n'ai favorisé la précipitation du composé insoluble par la chauffe, opération qui eut modifié la concentration de la phase liquide en matière dissoute.
Pour la séparation des phases les méthodes employées furent la filtration, et, exceptionnellement, la décantation ; ce dernier procédé, difficilement praticable lorsque la matière solide est peu abondante, n’a été utilisé que dans le cas où la phase liquide était presque neutre ou contenait de l’ammoniaque libre, car l'emploi d'un procédé de filtration aurait alors introduit dans les mesures des causes d’erreur considérables, l’activité d’une solution, à peu près neutre ou ammoniacale de polonium, astreinte à traverser un filtre, étant retenue par les fibres du papier ; cet accident ne se produit jamais lorsque le filtrat est nettement acide ou sodique.
Les phases étant séparées, je procédais à leur analyse. En principe, je dosais le polonium dans la solution finale et cette mesure suffisait pour déterminer la constante A, puisque la quantité totale d'élément actif en expérience était connue. Cependant, chaque fois que l'opération ne comportait pas d'erreurs notables, j'ai cherché à contrôler les résultats par la mesure de l’activité du précipité. Ainsi, la matière généralement recueillie sur un filtre était lavée sur ce filtre, les eaux de lavage réunies au filtrat, le mélange acidifié à l'acide chlorhydrique et le polonium extrait de la solution obtenue par la méthode décrite précédemment. Si le précipité était soluble dans un acide, la matière était dissoute sur le filtre et le filtrat analysé. Dans l'hypothèse contraire, le procédé d'analyse, qui m’est apparu le plus recommandable, consiste à traiter le filtre dans une capsule par l'acide chlo-
rhydrique concentré et bouillant en présence d’une lame d'argent du type de celles utilisées pour les mesures ; la lame s'active ; après lavage à l’eau, son activité est mesurée. J'ai vérifié dans de nombreux cas que le résidu, évaporé à sec, est peu actif. On peut considérer, alors, les nombres obtenus comme susceptibles de contrôler ceux qui expriment l’activité de la phase liquide analvsée.
Classification des réactions d’entraînement du polonium.
Les réactions analytiques des métaux, considérées dans leur rapport avec une étude chimique du polonium, se groupent dans les cadres d’une classification naturelle, le polonium, associé à ces métaux au cours de ces réactions, précipitant plus ou moins complètement ou ne précipitant pas, avec les composés insolubles formés, selon la nature de ces composés et celle du milieu ambiant.
J'ai précisé ces cadres par une détermination numérique des constantes qui définissent, dans chaque cas, l’entraînement de la substance active par la matière qui précipite et en étudiant les variations de cette constante avec la masse de l'entraîneur (tableau I).
A) Technique expérimentale. — Le principe de cette technique a été déjà décrit. Voici quelques détails relatifs à chaque expérience.
1° Préparation des solutions initiales. Le bismuth était pesé sous forme de nitrate acide, le plomb et l'argent à l'état de nitrate ; les sels de mercure, d'or, et de fer utilisés furent les chlorures, mercurique, aurique et ferrique et le composé de tellure, l'acide tellureux ; pour le dosage du cuivre, j'ai eu recours à une pesée directe de ce métal sous forme de tournure ultérieurement dissoute dans l'acide nitrique ; Île résidu, évaporé à sec, était repris par l'acide chlorhydrique.
18 j. ESCHER-DESRIVIÈRES
Très généralement, la matière première était dissoute dans un volume donné d’eau distillée (sels d'argent, de plomb, etc.) ou d’acide chlorhydrique (sels de bismuth, acide tellureux).
20 Réactifs. Dans le but d'éviter la présence de silice et de carbonate dans les solutions de soude, je préparais ce réactif chaque jour à partir de l'élément sodium traité dans une capsule d’argent par l’eau distillée. L'eau et l'acide chlorhydrique étaient purifiés par distillation.
30 Séparation des phases. Le procédé de filtration fut le plus généralement employé; cependant, pour des raisons déjà indiquées, j'ai décanté le liquide lorsque le réactif était l’ammoniaque. Une difficulté s’est présentée lorsque j'ai étudié la précipitation du polonium avec un hydrate métallique, sous l’action d’une lessive de soude concentrée qui attaque les filtres; étant donné la viscosité du liquide et la ténuité des matières précipitées, on pouvait craindre que des causes d'erreur notables fussent introduites dans la marche des expériences, du fait de l'emploi, nécessaire semblait-il, d’un procédé de décantation pour la séparation des phases. J'ai constaté que cette séparation peut être effectuée par une méthode de filtration, à condition d'étendre d’eau le mélange avant de le jeter sur un filtre; une étude préliminaire a démontré que les nombres expérimentaux obtenus sont sensiblement les mêmes, lorsque, dans des circonstances identiques, la solution à analyser est étendue puis filtrée, ou bien décantée ; les résultats sont cependant plus fidèles dans le premier cas et c'est pour cette raison que la méthode de filtration a été retenue.
4° Analyse des phases. Chaque fois que le polonium se concentrait presque totalement avec le précipité, la recherche de cet élément, dans la phase liquide finale, a seule été poursuivie; dans les expériences décrites cette recherche ne présentait pas de difficultés spéciales. J'ai dosé le polonium contenu dans le chlorure, ou le sulfate de plomb, et dans le chlorure d'argent en utilisant la méthode générale d'analyse
TaBLeAU I
Classification des réactions d'entraînement du polonium.
E Phase liquide (1) A Observations
révcipités u RON EC ED ESS 1 HCI 0,998 | Bi | 1 mg. sulfure 4 Cu : » > 0,990 Hg 1 mg. Te métal. » 0,990| Précipita- » mg. Au métal . » 0,992| tion par SnCl 1 mg. 3 Bi(OH} . 0,8 NaOH 0,980 o mg. 6 Fe(OH}* » 0,992 1 mg.8 Bi(OH)}? . 1,8 NaOH 0,800 13 MS. O » ë » 0,980 o mg.6 Fe(OH}Ÿ . » 0,960 6 mg.o » ; » 0,990 g1 mg. PbCI2. . .|0,22 NO'H + 0,44 CIH 0,130 82m, ASOL:. 10,19.» | +0,47 5 0,140 OMS PDO PERPR||0220 RE 010; 170) 0,206 une ADS 2 AS CDS En 0,230 AVANT ES ON NT LINE 2e | 0,700 Le plomb à l’état de nitra- 180 mg. SO'Pb . , 0,4 NOH o,300)te était préci- 360 mg. » Le 0,8 0,320 }pité par SO*F?
sans excès de réactif.
g1 mg. PbCI?. . [0,22 NOSH + 38,24 HCI 0,180 2IOMIE, ASCLA URBAN ES 00» 0,220
1 mg. 3 Bi(OH}ÿ .| 1 NH‘ (OH) 0,070 » se 7 » »
PS
(‘) La composition de la phase liquide est indiquée en millimolécules grammes par cm.
20 j. ESCHER-DESRIVIÈRES
d'une matière solide : traitement des filtres par l'acide chlorhydrique concentré et bouillant en présence d’une lame d'argent.
5° Remarque sur l'étude des systèmes polonium, chlorure d'argent. Les opérations ont été effectuées à l'abri de la lumière, afin d'éviter toute altération de la matière en expé-
rience.
B) Résultats expérimentaux. — Au cours de certaines réactions, l'entrainement du polonium par le composé insoluble qui se forme est presque total, même lorsque la masse m de ce composé est à la limite de celles qu’on peut observer. Pratiquement, la constante A,, spécifique de ces réactions,
est indépendante dem. Dans ce groupe il convient de ranger la précipitation à l’état de sulfure de divers métaux en solution acide et la formation d’hydrates métalliques en milieu sodique sans excès notable de réactif.
Certaines réactions chimiques doivent être classées ensemble dans un deuxième groupe parce que le taux de précipitation du polonium avec le composé insoluble, caractéristique de ces réactions, dépend de la masse de ce composé. Ainsi en milieu sodique de titre élevé en ions OH, la constante À, qui mesure l'entrainement du polonium par un hydrate peu soluble dans la soude concentrée, est presque égale à 100 o/o si la masse de l'entraîneur excède 3 mg. ; mais est nettement inférieure à cette valeur dans le cas contraire.
J'ai étudié les variations de A avec m dans un cas bien défini : l'entraîneur est l’hydrate ferrique et le milieu ambiant un volume fixe (3 cm°) d’une solution sodique de titre n = 3,4 normal ; » et A sont liés par la relation :
Xe 1,5 nn CR
m étant exprimé en mg. Comme autre exemple de réaction
og À =. F | Dan AURE HA + la |
| T i | | 07 de | CE ‘ | — ER A Re Eee le [l F — +03 + —— — Î 02 —— | . ee es E Rial -08 -07 -05 -05 -04 -03-02-01 O 01 02 04 04 05 06 07 08 log. m Hier.
Entraînement du polonium par une masse variable de Fe(OH,* en milieu sodique du titre fixe » = 3,4 normal,
TaBLeAU Il Entrainement du polonium en milieu sodique de titre fixe par une masse variable de Fe OH}.
Masse de Fe(OH)?
se Log m À o/0 Log À milligrammes m 3,0 0,50 66 1,8 2,4 0,40 52 1,7 1,8 0,25 35 1,0 16e 0,10 17 1e 0,6 — 0,20 7 0,8 0,3 — 0,50 2 0,3
du même type, on peut citer la précipitation, sans excès notable de réactif, des chlorures peu solubles. J'ai signalé dans une note l'entraînement du polonium par un précipité de 100 mg. de chlorure d'argent formé à l'intérieur d’une phase liquide dont le volume n'excède pas 3 cmÿ,
22 J. ESCHER-DESRIVIÈRES
TaBLeau III
Entraînement du polonium par le sulfate du plomb.
Masse (NO'} Pb en mg| Masse SO‘Pb A A. moyen dans la solution| formé en mg T £ ' initiale
Il convient de placer à part, dans un troisième groupe, certaines réactions au cours desquelles le polonium n’est jamais entrainé que très partiellement par la matière solide qui prend naissance. Ainsi l'argent, séparé de ses solutions de nitrate par un excès suffisant d'acide chlorhydrique, est pratiquement inactif. De même les sulfates insolubles sont, en milieu acide, de mauvais entraîneurs du polonium. Si, au cours d'expériences successives, des masses croissantes de nitrate de plomb en solutions actives presque neutres sont transformées en sulfate, par l'addition au liquide d’une quantité d'acide sulfurique, juste suffisante pour réaliser la transformation, la quantité relative de polonium fixée, dans ces conditions, par le précipité de sulfate de plomb est toujours minime ; elle décroît d'ailleurs avec la masse de ce
précipité, pour tendre vers une limite, lorsque cette masse atteint la valeur go mg.
En résumé, les diverses réactions analytiques des métaux peuvent être divisées en trois catégories. Certaines sont aussi de véritables réactions du polonium et d'autres méritent le nom de pseudo-réactions de cet élément, parce que la matière active accompagne toujours les combinaisons insolubles formées au cours des premières et que la précipitation simultanée des éléments entraîneurs et entraînés, caractéristique des secondes, est conditionnée par la masse du précipité. Enfin les réactions du troisième genre ne sont pas des réactions du polonium puisque les composés actifs et inactifs se séparent.
On remarquera que les modalités de l'entrainement du polonium dépendent de la composition qualitative et quan- Utative du milieu ambiant. Je me suis proposé de préciser cette dépendance dans deux cas simples.
Entraînement du polonium par un métal précipité avec un excès de réactif.
Il était intéressant d'étudier l'entrainement du polonium par une masse m, d’un métal précipité sous forme de composé peu soluble avec un excès de réactif de concentration
variable,
Etude comparée de l'entraînement du polonium par une matière solide en milieu basique et par le chlorure d'argent en milieu chlorhydrique. — J'ai comparé l’entrainement du polonium par les hydrates bismuthique et ferrique, en milieu sodique, et par le chlorure d'argent, en milieu chlorhydrique. Cette étude a été complétée par celle de l’adsorption du polonium, dissous dans une lessive de soude, par un échantillon de charhon animal. Dans ces expériences,
DA J. ESCHER-DESRIVIÈRES
les conditions de masse d’entraineur, de volume, et d'activité totale des systèmes étaient constantes ; la concentration des phases liquides, en molécules de soude ou d’acide chlorhydrique libre, variait,
A) Remarques d'ordre technique. — La marche de chaque expérience, le détail des matières premières employées sont connus. Je me borne à donner quelques indications particulières à ces expériences.
19 Titrage des réactifs. J’ai titré les solutions de soude pure par comparaison avec l'acide chlorhydrique normal à l’aide de la phtaléine du phénol. Le titre æ d’une solution fraîchement préparée, déterminé par quatre mesures, variait en général entre 5 et 6 molécules-g. par litre. Au moyen d’une pipette graduée au centième de cm, je prélevais r cm? de liquide, c’est-à-dire n x millimolécules-g. de soude, afin de les répartir selon une proportion choisie à l'avance dans un certain nombre de flacons ; par dilution de la matière, je préparais des solutions A, B, C, etc. de titre connu, qui étaient immédiatement utilisées. Dans le but de réduire les erreurs possibles sur le dosage de ces solutions, quelques jours plus tard je recommençais les expériences au moyen d'une lessive fraîche.
29 Remarque sur l’adsorption du polonium par le charbon. On sait que le pouvoir adsorbant d’un échantillon de charbon dépend de l’origine de ce charbon (sang, os, sucre) ; qu'il varie notablement avec le traitement que la matière poreuse a subi en vue d’une purification. J'ai vérifié ce fait très général dans le cas particulier où la matière adsorbée est du polonium en solution sodique: Je remercie M. le professeur Urbain qui m’a procuré quelques grammes de charbon purifié dans son laboratoire ; les expériences définitives, dont les résultats sont rapportés dans ce mémoire, ont été faites avec cet échantillon.
Voici la marche d’une expérience : 3 cm? d’une solution de
soude de titre connu étaient introduits dans une capsule de porcelaine ; on adjoignait au liquide une goutte de solution titréé de polonium et le mélange était homogénéisé avec une baguette de verre, puis on ajoutait la matière adsorbante pesée à la balance Curie et le contact intime des phases était assuré pendant un temps rigoureusement constant (un quart d'heure), au moyen d’un agitateur. Ce délai d’un quart d'heure, recommandé par Ostwald (1) à propos d'expériences similaires, a semblé suffisant pour assurer l’adsorption maxima de la substance active ; en toute hypothèse, puisque le temps d’agitation était le même dans toutes les expériences, les nombres obtenus traduisent un phénomène parfaitement déterminé. L'analyse du charbon a été faite par l’emploi de la méthode habituelle : traitement par l'acide chlorhydrique concentré et chaud : l’inactivité absolue des résidus de ce traitement a toujours été vérifiée.
B) Résultats généraux. — Le fait le plus général, que mettent en évidence les expériences décrites dans ce para-
graphe est le suivant :
(‘) Osrwazp, Manipulalions de chimie colloidale, page 137.
Entraînement du polonium en milieu sodique de litre va
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