RÉSUMÉ D’ANATOMIE ET D'HISTOLOGIE NERVEUSES
REMARQUES SUR LE DIAGNOSTIC DES LÉSIONS ET LES SIGNES DE LA RÉGÉNÉRATION
La fibre nerveuse est constituée essentiellement par lé cylindraxe issu de la cellule entouré le plus souvent d’une substance homogène la myéline, disposée autour de lui comme un manchon, et ellemême limitée par une membrane mince : la gaine de Schwann. Les fibres nerveuses groupées entre elles constituent des faisceaux enveloppés dans une gaine celluleuse qui, agglomérés eux-mêmes et retenus par un tissu conjonctif, sont les nerfs périphériques. La nutrition du nerf est assurée par des artérioles
qui lui sont fournies chemin faisant et qui l’abordent latéralement ; mais aussi et surtout par des canaux qui le parcourent longitudinalement. Cette disposition a son importance. Nous le verrons plus tard. Elle permet au chirurgien de libérer le nerf sur une grande longueur, manœuvre nécessaire souvent pour une bonne suture, tout en lui conservant uneirrigation capable d'assurer une parfaite nutrition.
Lorsqu'un nerf vient à être sectionné en un point quelconque de son parcours, la partie située en
aval de la lésion par rapport au centre cellulaire dont elle dépend, meurt et disparaît. Nous voulons seulement parler de l’élément noble. La charpente conjonctive restant, continue à vivre comme auparavant. C’est le phénomène bien connu de la dégénérescence Wallérienne sur lequel nous n'’insisterons pas autrement. Disons seulement qu’elle est complète en quelques jours.
Le bout central conserve sa vitalité à moins qu'il ne soit frappé d'infection, dans lequel cas il peut périr comme tout autre tissu.
Il en est ainsi dans les sections nerveuses, nettes, indiscutables, optiques si l’on peut dire, dans lesquelles un espace au moins égal à un trait de section, sépare les deux segments, mais aussi dans les contusions, compressions, tiraillements, et autres traumatismes qui sont capables d'amener la mort de l'élément nerveux. |
Comment se fait la réparation nerveuse ? |
Les cylindraxes du bout central ont naturellement tendance à s’accroître et à repousser dans leur direction primitive; s’ils trouvent un conducteur, une gaine vide pour les recevoir, ils croitront régulièrement, et régénéreront le nerf détruit. Les conditions de cette guérison spontanée sont, dans uu obstacle minime au passage des fibres nerveuses. Les cylindraxes ne peuvent vaincre qu’une faible résistance ; s’ils butent contre un obstacle trop solide, ils se recroquevillent à la façon d’un tube flexible poussé contre un obstacle, se pelotonnent,
et forment à l’extrémité du bout central,une tumeur ou névrome. Le névrome traduit donc un arrêt des cylindraxes jeunes. À l'extrémité du bout périphérique, on trouve aussi une tumeur au gliome constituée par du tissu conjonciif.
À quelle vitesse se fait la régénération nerveuse ?
On admet, et ceci est aisé à vérifier cliniquement, que la repousse se fait à raison de 1 à 2 millimètres par jour; elle est d'autant plus rapide, que la suppression de l'interruption nerveuse est plus précoce. Et cela commande la suture dès qu’on est assuré de l'impossibilité de la régénération spontanée. Il est évident aussi que l’état physiologique du sujet, son age, sa vitalité, jouent un rôle considérable. À ce sujet, il en est du tissu nerveux comme des autres tissus. On conçoit donc, que pour refaire un conducteur nerveux de longueur moyenne, il faudra attendre de longs mois et que la constatation du
manque de restauration faite peu de temps après
l'intervention, ne peut aucunement faire conclure à un échec. Nous croyons savoir, que maints prétendus insuccès, sont en réalité des erreurs d'observateurs trop pressés ignorant la lenteur du processus de guérison.
Il n'entre pas dans le plan de cette étude de faire
un exposé complet des explorations cliniques et
électriques d’un nerf, mais nous voulons insister sur la haute valeur d’un signe capable de nous renseigner facilement et exactement sur la marche d’une restauration : c’est le signe du fourmillement pro-
yes
voqué. Voilà en quoi il consiste. Lorsqu'on comprime ou percute légèrement l’extrémité du segment supérieur d’un nerf récemment sectionné, on détermine une sensation de fourmillement perçue pas le malade, dans le territoire cutané du nerf. Ce fourmillement traduit la présence de cylindraxe en voie de régénération (Tinel). Il apparaît environ un mois après la blessure ; sa fixité et son absence au-dessous de la lésion permettent d'affirmer l'interruption définitive du conducteur nerveux. Si au bout de quelques moisla percussion donne un résultat négatif au-dessous de la plaie, on peut donc en déduire que la réparation est bloquée et qu’il ne faut pas compter sur la guérison spontanée. On aperçoit alors la valeur de ce signe au point de vue de l'indication d'intervenir.
Ce signe persisie pendant tout le temps de la régénération et ne cesse que quand les cylindraxes ont repris à peu près leur état adulte.