OBSERVATION PREMIÈRE
(Due à l'obligeance de notre maitre M. Vallois) Chorée gravidique avec troubles psychiques aboutissant à la manie aiguë.
(Accouchement spontané à 8 mois 1/2)
Irène Ca... est àgée de 26 ans. Ses antécédents personnels et héréditaires ne présentent rien de très particulier. Elle a été nourrie au sein et a marché très jeune. Elle a eu la rougeole à 7 ans. Sauf un tempérament un peu nerveux, elle n'a jamais été malade; n1 maladie infectieuse, ni rhumatisme, ni chorée antérieure. Réglée à 12 ans 1/2, elle a présenté parfois des retards variant de un jour à un mois.
Son père est mort d'une rupture d’anévrisme; sa mère se porte bien. Une seule de ses sœurs est hystérique.
Elle devient enceinte à la fin de juin. Les premiers mois de sa grossesse ne sont marqués que par quelques nausées et vomissements et de la céphalée diurne.
Le 22 novembre, le jour de la mort de son grand-père, la malade voit porter le cercueil et a un évanouissement avec perte de connaissance. Le soir, nouvel évanouissement moins long que le premier. À partir de ce moment elle a des vomissements qui durent huit jours. Un médecin appelé constate la présence d’albumine dans les urines
(traces) el la-metl au régime lacté. La malade y reste une dizaine de jours, puis recommence à manger. Elle a des céphalées assez fortes et la sensation de doigt mort.
Depuis la mort de son grand-père elle devient très impressionnable el pleure facilement.
Au moment où l'on constate la présence de l'albumine dans les urines, la femme a une frayeur nocturne. Elle s était imaginée qu'on l’appelait, qu'on frappait à la porte. Cette nuit-à, elle est très agitée. Le médecin qui la voit le lendemain matin mel ces hallucinations auditives et l'agitation sur le compte de l'albuminurie et conseille de suivre rigoureusement le régime lacté. Pour décider la malade à prendre bien le lait, son mari lui dit : « Si tu ne le bois pas, tu auras un mauvais accouchement comme ta tante.» (Cette tante a eu des crises d'éclampsie.) L'imagination de la malade est frappée, et à partir de ce moment, elle répèle à tout le monde qu'elle aura un mauvais accouchement et qu'elle en mourra. À ce moment elle présente de légers mouvements arythmiques dans les membres supérieurs ; elle a de la difficulté pour écrire. Il est décidé qu'elle ira faire ses couches dans sa famille, où elle se rend le 21 février.
Dès son arrivée on s'aperçoit qu'elle est dans un état constant d'excitation nerveuse. Elle cherche dispute à ses sœurs et s'imagine qu'on veut l’empoisonner. Cette agitation aboutit, le lundi 22 février, à une crise de mouvements désordonnés, involontaires et arythmiques, qui se généralisent à tout le corps. On transporte la malade chez elle et les médecins essaient de la calmer par la prescription de bromure, de chloral et de bains généraux. Ces médicaments ne faisant aucun effet, on décide de transporter la malade à la Maternité, où elle arrive le Jeudi 25 février à 8 h. 1/2 du soir.
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A son entrée elle est extrêmement agitée, prononce des phrases incohérentes et sans suite, Elle reconnait cependant les personnes de sa famille qui Paccompagnent et sait qu'on l’a portée à la Maternité de Montpellier. Tout son corps présente des mouvements désordonnés arythmiques à grande amplitude. La face est grimaçante; les membres supérieurs et inférieurs exécutent des mouvements ayant lous les caractères des mouvements choréiques.
Au toucher, on constate que le col est presque complètement effacé et ouvert comme ? francs. La poche des eaux estintacte et bombe au moment d’une contraction. À travers cette poche des eaux on sent netlement un sommet engagé en position gauche antérieure. La femme continue ces mouvements pendant l'examen obstétrical, mais ne paraît pas plus incommodée à ce moment. Les bruits du cœur fœlal sont bons. On se trouve en présence d’une chorée gravidique, et vu l’état nerveux assez grave de la femme, on ne songe pas à arrêter les contractions utérines, quoique la femme ne soit pas à terme. On donne un lavement de 4 gr. de chloral ; mais on ne réussit pas à enrayer les mouvements choréiques, qui persistent avec la même intensité. À 11 heures on entend un bruit dû à la rupture de la poche des eaux et on constate que le travail est arrivé à la période d'expulsion. De 9 heures à 11 heures la femme portait de temps en temps sa main sur le ventre en disant : « Ça me pique » mais clle ne paraissait pas se rendre bien compte qu'elle avait des douleurs d'accouchement. Délivrance naturelle. Pour donner les soins antiseptiques, on est obligé de tenir la femme parce qu'elle s’agite énormément. Cette agitation continue jusqu'au vendredi malin du 26 février. On administre une dose massive de chloral (6 grammes
à la fois). La femme s'endort et ne présente aucun mouvement choréique pendant le sommeil. Au réveil elle est plus calme, mais présente encore des troubles psychiques. Elle est convaincue que ce n'est pas elle qui a accouché, mais sa cousine ; elle ne veut pas voir son enfant. À côté de cela elle reconnaît très bien les personnes du service et répond très bien aux questions qu'on lui pose. De temps en temps elle a de nouveau des crises de mouvements choréiques, entrecoupées de moments de calme relatif.
Le dimanche matin, 28 février, elle répond très bien aux questions posées sur ses antécédents et sa grossesse, et les renseignements fournis par elle concordent sur tous les points avec ceux recueillis en interrogeant les parents. Cela ne l'empêche pas de prendre une élève sage-femme pour sa sœur Gabrielle et de croire qu'une autre de ses sœurs (Mélanie) est morte. Elle a des hallueinations audilives et entend tout le temps des voix qui l’appellent par son nom.
A l'examen direct, rien au cœur, rien aux poumons. Du côté du système nerveux : anesthésie de la conjonctive et de la muqueuse pharyngée. Pas d’anesthésie cutanée ni de zones hystérogènes.
On remarque une éruption boutonneuse et prurigineuse sur tout le corps, très marquée à l'épaule droite. Elle est due probablement au chloral.
Lundi 29 février. — La malade est relativement calme quand il y a peu de monde à côté d'elle; mais elle est agitée au moment de la visite. Bromure de K (6 gramm.) à l'intérieur. La femme est de nouveau agitée dans la nuit. Lavement de chloral (2 grammes).
1° mars. — La malade paraît plus calme. Il y a plus de suite dans ses paroles. Elle sait que c’est elle qui a accouché et pas sa cousine. Elle demande à voir son enfant.
LRO
Les mouvements choréiques sont très peu prononcés. Les mouvements volontaires présentent un léger degré de maladresse, mais la malade parvient à faire ce qu'elle veut. |
3 mars. — Les troubles psychiques persistent. La femme est souvent agitée ebses paroles sont incohérentes.
12 mars. — La malade présente de lamaigrissement nolabie. Elle s'alimente difficilement. Les troubles psychiques s'aggravent de plus en plus et présentent les caractères d'une aliénation mentale. Le pouls est très fréquent et petit. La malade, agitée par moments, est déprimée pendant la plus grande partie de la journée. Vu son état mental, ses parents décident de la faire entrer à l’asile d’aliénés.
L'enfant n’a jamais présenté de mouvements choréiques. Il a été placé en couveuse et nourri par une femme du service. 5es parents l'ont emporté bien portant et lent mis en nourrice.
Nousavons revu la malade quelque temps après à l'asile. Le jour de son entrée elle présentait 4 grammes d'albumine par litre avec de l'hypoazoturie et de l'hypochlorurie.
Elle ne présente plus de mouvements choréiques, mais seulement de la manie aiguë.
On trouve des troubles de la sensibilité sur tout le trajet du médian du membre supérieur droit.
Elle est soumise au traitement éleetrique par les courants alternatifs. On la suralimente et on lui fait prendre du sulfonal.
Peu à peu les symptômes de manie rétrocèdent et en même temps sa sensibilité reparaît.
La malade sort guérie sans se souvenir de rien le 28 avril 1904.
MR Ts
OBSERVATION Il
Dutil et Huet, — Chorée chronique post-gravidique
Femme de 68 ans. Apparition de la chorée à 21 ans à l’occasion d'une première grossesse ; guérison quelques semaines après l'accouchement ; à 23 ans, nouvelle grossesse, réapparition de la chorée ; guérison de nouveau, après l'accouchement.
À 24 ans, troisième grossesse, troisième attaque de chorée, qui persiste à l’état chronique après l'accouchement avec des allernatives de rémission et d'aggravation. A 30 ans, quatrième grossesse, exacerbation de la chorée, fausse couche à 7 mois. Depuis, les mouvements choréiques ont toujours persisté, diminuant l'été, augmentant de nouveau l'hiver. Depuis l’âge de 65 ans, ag'oravation de la chorée. Mort par bronchite à 68 ans. Autopsie : pas de lésions des centres nerveux ni des nerfs. |
La nommée Marie Cath..., àgée de 68 ans, sans profession, est entrée à l'hôpital Necker, le 10 mars 1887, dans: le service de M. le professeur Peter.
Cette femme, très amaigrie, presque cachectique, présente des mouvements choréiques très intenses, incessants, généralisés, qui l'obligent depuis plusieurs années à garder constamment le lit. Voici les renseignements qui nous ont été donnés soit par la malade elle-même, soit par des personnes de son entourage, sur ses antécédents héréditaires et personnels.
Antécédents hérédilaires. — Père mort à 84 ans: il n'était ni rhumatisant, n1 névropathe.
M d'or
Mère morte à 60 ans, avait des accès d'asthme, mais pas de rhumatismes ni d'accidents d'ordre névropathique. Un frère mort du choléra, ni rhumatisant ni nerveux. Deux sœurs, l’une encore vivante, lPautre morte subitement à 45 ans. Elles n'ont jamais eu ni l’une ni l'autre de rhumatisme, ni de troubles nerveux. Aucune indication précise ne nous a été fournie sur les parents de la ligne collatérale.
Antécédenls personnels.— M. Cath... a été bien portante jusqu'à l'âge de 22 ans ; dans son enfance pas de terreurs nocturnes, pas d’émotivilé excessive, pas de crises de nerfs, pas de danse de Saint-Guy.
Réglée à 18 ans et toujours bien réglée jusqu’à la ménopause, quieut lieu à 49 ans.
Elle n’a Jamais eu de rhumatisme articulaire aigu, aucune fièvre éruplive, aucune maladie infectieuse.
Début de la chorée. — Mariée à 21 ans, elle devint grosse l’année suivante, et c’est dans les premiers mois de cetle grossesse que se rencontrèrent pour la première fois les mouvements choréiques généralisés.
Ces mouvements persistèrent pendant toute la durée de la grossesse ; 1ls cessèrent complètement quinze ou vingt jours environ après l’accouchement qui eut lieu à terme el sans complications. À
L'année suivante, à 23 ans, deuxième grossesse et dans le cours du troisième mois réapparition des mouvements choréiques, qui ne cessèrent complètement qu'un mois après l'accouchement.
À 24 ans, troisième grossesse ; et dès le second mois, troisième retour des mouvements choréiques qui persistèrent, incessants, pendant tout le cours de la grossesse. Mais celle fois, quand l’état gravide eut pris fin, les
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mouvements, tout en diminuant de fréquence et d'intensité, ne disparurent plus complètement.
Il y avaitbien, nous dit la malade, des périodes de quinze jours el même d'un mois pendant lesquelles elle n'avait plus que de rares secousses dans les mains ; mais à la moindre émotion ou bien à l'occasion d'une contrariété, aussitôt les mouvements se généralisaient, sans se montrer toutefois avec le degré de violence, de presque continuité qu'ils atteignaient durantlesmois de grossesse. Ces alternatives de sédation incomplète et d'aggravation se succédèrent ainsi jusqu à l’âge de 30 ans.A cette époque, la malade devint enceinte pour la quatrième fois ; la chorée s'aggrava, et l'accouchement eut lieu avant terme au septième mois. Les mouvements choréiques s'amendèrent encore durant les quelques semaines qui suivirent, mais 1ls n ont depuis lors Jamais disparu complètement.
Tous les ans, pendant les mois d'été, ils se cantonnaient
aux mains et aux avant-bras, mais l'hiver venu, ils se généralisaient, se montraient presque continuels et rendaient le sommeil à peu près impossible.
La ménopause ne semble pas avoir influencé en rien cette chorée chronique.
Depuis trois ans, les mouvements choréiques sont si intenses, que la marche, la station debout sont devenues impossibles ; la malade est constamment alitée.
État actuel (14 mars 1887).—Amaigrissement extrême, mouvements désordonnés, incessants et généralisés, des quatre membres, du tronc, de la tête, du visage. Le fait d'approcher de la malade, de lui parler, de l'examiner, semble exagérer la fréquence des mouvements choréiques. La figure grimace, la langue est tirée hors de la bouche, les bras et les jambes partent brusquement dans les direc-
tions les plus variées avec-des attitudes bizarres, toujours changeantes, indescriptibles.
-La malade a cependant conservé un certain degré de. force musculaire : au dynamomètre, à droite, 19 kilos, à gauche, 18. j
Nulle part il n'y a trace d’atrophie musculaire. La sensibilité musculaire est partout conservée. L'ouïe, la vue, l’'odorat, le goût sont intacts. La malade n'éprouve aucune douleur. Intégrité absolue des sphincters.
L'intelligence est assez bien conservée. La malade se rend bien compte de la gravité de son état; elle pleure fréquemment, elle se plaint surtout de ne pouvoir pas dormir.
Aux deux mains, déformations caractéristiques dues au rhumatisme chronique noueux. Ces déformalions existent depuis une dizaine d'années. Elles se sont produites petit à petit sans aucune douleur. Les articulations autres que celles des phalanges sont complètement respectées.
Pouinons. — Rien à noter.
Cœur. — Pointe bat dans le 7° espace, accroissement de la matité, hypertrophie.
Souffle systolique à la base, au foyer aortique 2° bruit presque nul, mais de souffle -diastolique. Pouls petit, régulier, sans fréquence. Urines claires, faiblement albumineuses.
Température normale. Pas d'æœdème.
Dans les derniers jours du mois d'avril, toux, symptômes de bronchite généralisée, appétit nul, fièvre modérée. Mort dans le marasme le 8 mai.
Aulopsie. — 36 heures après la mort.
Poumons. — Emphysème, bronchite aiguë, congestion aux deux bases.
Cœur. — Hypertrophie considérable concentrique du ventricule gauche. Poids 590 grammes.
La paroi du ventricule à-sa partie moyenne mesure trois centimètres et demi. Pas de lésions mitrales.
À l'orifice aortique, calcification complète des valvules Semi lunaires. Ces valvules sont abaissées, rigides, cir- . conscrivent par leur bord libre une fente allongée, étroite de deux ou trois millimètres de largeur. [1 y a donc à la fois rétrécissement et insuffisance.
Reins petits, rouges, kystiques, néphrite interstitielle. Le cerveau, le bulbe, la moelle, les nerfs des membres ont été recueillis, ils paraissent sains à l'œil nu.
L'examen histologique des coupes de l'écorce dans la zone motrice, de la capsule interne (des deux côtés) de la moelle (renflement cervical et lombaire) la dissociation des nerfs après action de l'acide osmique à 2 pour 100 ne nous ont révélé aucune altération.