OBSERVATION III
Festemberg. — Un cas de chorée grave pendant la grossesse dégénérant en manie. — Guérison par l'accouchement provoqué.
(Deulsche medicinische Wochenschri,t)
La femme S..., âgée de 26 ans, sans antécédents héréditaires d'aucune sorte, a été jusqu'à sa septième année affectée de rachitisme ét est depuis la douzième année bien réglée ; elle n'était pas névropathe et elle n’a jamais eu de chlorose. La grossesse actuelle est la troisième.
Des grossesses antérieures, la première, qui date de deux ans et demi, s’est terminée par l'accouchement sans difficulté d'un enfant à terme; par contre, la deuxième,
At qui commença un an plus tard, a été interrompue, au troisième mois, par un avortement qui se produisit, vraisemblablement, à la suite d'un grand effort pour soulever un objet pesant. Ces deux grossesses n'ont été signalées par rien de particulier dans leur cours.
Le 20.août 1896 je fus consulté. Les dernières règles avaient eu lieu le 25 juin et depuis le milieu de juillet s'étaient présentés des vomissements opiniätres au cours desquels un peu de sang frais à plusieurs reprises, mais sans odeur, avait élé rendu.Une affection organique,uleère de l'estomac, néphrite, ete., étaient à écarter. De même on ne trouvait pas de déplacement de l’utérus. Cependant, il y avait un aplatissement rachitique du bassin du premier degré avec un conjugata vera de 9 centimètres.
A l'exception d’une stature extrêmement pelite, rien ne révèle chez la malade son rachitisme antérieur; elle n’a ni courbure osseuse, ni hypertrophie des extrémités, non plus qu'aucune déformation du thorax ou de la colonne vertébrale.
Dans les derniers jours du mois d'août, j'observai chez cette malade, qui paraissait faible et même un peu anémique, de rapides mouvements incoordonnés et involontaires du bras droit d'abord, puis bientôt de la jambe droite.
Les médicamentsnervins ordinaires : bromure de potassium, arsenic et les narcotiques, dont l'action est rapide (opiacés, chloral), n'eurent pas le moindre effet sur la danse de Saint-Guy, mais les vomissements cessèrent pelit à petit.
À partir de la fin de septembre, les mouvements choréiques cessèrent de plus en plus ; en même temps l'état mental s’altérait à un haut degré. Il se développe un état maniaque qui met dans la nécessité de faire amener la
femme S... dans la section des fous de la Charité le 12 octobre.
Là, elle s'améliora avec une rapidité surprenante, si bien que dès le 31 octobre on pouvait la considérer comme guérie et la laisser sortir. Les jours suivants elle les passa dans des conditions de bien-être qui laissaient à désirer, et je la revis, la première fois, le 6 novembre.
La veille, les mouvements choréiques avaient fait de nouveau leur apparition. Cette fois, les mouvements n'envahirent d’abord que les membres gauches, puis gagnèrent la tête et le tronc, les extrémités droites restant indemnes ;-la folie musculaire atteignit un degré extrême et rendil cette femme incapable d'accomplir, sans aide, même les actes les plus simples. La parole, l'articulation et la déglutition sont très altérées, à peine est-il besoin de le dire : on n’a jamais entendu au cœur, ni souffle d’endocardite, n1 bruit surajouté ; on ne constate pas de trace d’albumine. Cette fois encore les médicaments palliatifs usités échouent complètement.
Peu à peu la malade tombe dans un amaigrissement considérable ; son poids avait diminué déjà à la fin d'octobre de 13 kilogrammes ; je me décidai donc, après une consultation, à provoquer l'accouchement.
Dans ce but, le jour suivant, sous l'anesthésie au chloroforme, afin de mettre à l'abri des mouvements qui auraient troublé l'opération, j'introduisis une mèche de gaze iodoformée dans l'utérus et j'en introduisis autant qu'il en voulut entrer. Les douleurs s'établirent sans intensité et au bout de quarante-huit heures le col permettait l'introduction de deuxdoigts, mais l'œuf ne s'était pas retourné.
La faiblesse croissante de la malade imposait une rapide terminaison de lavortement ; le même Jour
io j'augmentai la dilatation de l'utérus par l'introduction de plusieurs doigts et je débarrassai la matrice avec les mains. L'état de la malade s'améliore à partir de ce moment ; elle n'eut ni fièvre, ni hémorragie, l'involution de l'utérus se fit complètement el au bout de dix jours elle put quitter le lit et peu après vaquer aux occupations du ménage.
Après le commencement des douleurs utérines il n°y eut aucun changement notable dans la chorée, ni en diminution, ni en augmentation, contrairement à ce qui s’est passé dans les cas de Santos etde Kroner,et de beaucoup d’autres. Cependant, déjà, dans la nuit qui suivit l'évacuation du fruit de la conception, la jambe gauche resta en repos el le lendemain les mouvements involontaires des autres membres diminuèrent beaucoup. et le quatrième jour après les couches, les dernières manifestations de la chorée disparurent.