‹ Contribution à l'étude de la Circulation Artérielle et Lymphatique du Nerf Optique et du ChiasmaChapitre 24 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les espaces périvasculaires du nerf optique.

A côté des espaces péri et inter-fasciculaires du nerf optique, de nombreux auteurs ont parlé de gaines périvasculairesdisposées autour des vaisseaux centraux. Ces gaines, d'après l'opinion presque unanime, auraient pour but de laisser s’écouler une partie, faïble il estvrai, de la lympbhe (?) du vitré ; on en démontrerait l'existence et par des moyens anatomiques et par des méthodes physiologiques.

Schwalbe est ici encore le premier qui attira l’attention sur ce point. Il dit qu'injectant du liquide sous la pie-mère il vit la masse d'injection pénétrer dans le canal du vitré en suivant les vaisseaux centraux de la rétine. Parlant des voies d'élimination de l’humeur aqueuse, il s’étendit cependant avec beaucoup de soin sur les voies antérieures, mais fut très réservé en ce qui concerne les voies postérieures. Axel Key et Retzius, mentionnent également le fait, ayant recours à leur technique habituelle. Enfin Leber, par des expériences de contrôle, arrive au même résultat.

Avec ce dernier auteur les méthodes anatomiques

r'ope

semblent être abandonnées. On essaye surtout de contrôler le fait sur des yeux vivants, mais il ne faut pas perdre de vue que la plupartdes expérimentateurs,tout en recherchantela confirmation de cette voie, étudient surtout la pathogénie du glaucome. l

Stilling fut le premier, semble-t-il, qui eut recours aux moyens physiologiques. Il prit des lapins vivants, leur la le nerf optique tout en ayant soin de ne pas léser les nerfs ciliaires, et observa une augmentation considérable de pression intra-oculaire, avec anesthésie de la cornée. Ayant ensuite coupé laligature, il vit la pres-

sion redevenir normale.

Il termine en attribuant ce fait à la rétention du liquide due à l’oblitération des voies d'écoulement postérieures. |

Ces expériences de Stilling prètaient trop de flanc à la critique pour rester indemnes d’objections. En serrant son fil sur le nerf r’avait-il pas en effet arrêté en même temps la circulation des voies veineuses, ou suspendu un influx sympathique ? Aussi d’autres auteurs voulurent-ils bientôt contrôler les faits. Russi sur les lapins, Macworth et Ulrich sur des chiens, Leplat, n’obtinrent rien de tel. Süilling, reprenant alors la discussion,

attribua ces résultats contraires à la ligature concomi- | tante des nerfs ciliaires, rappelant qu'après une section de la V° paire cranienne il est courant d'observer une diminution de la pression intrabulbaire. Malgré cela, les expériences de Stilling n’obtinrent pas un grand crédit,

et Leber dit que dans l'impossibilité où il était de don-

One

ner des preuves décisives il attacha une trop grande importance aux résultats obtenus.

Plus tard, Priestley-Smith entreprit des recherches sur l’œil de mouton. Après avoir placé deux appareils manométriques, l’un dans la chambre antérieure, l’autre dans le vitré, il injecta dans ce dernier espace du liquide sous une pression modérée, déterminant ainsi l’affaissement de l’angle irido-cornéen, et l'application de l'iris sur la face profonde de la cornée. Estimant qu'il avait ainsi oblitéré les voies antérieures, il observa ce qui allait se passer. Il vit en effet la pression s’abaisser lentement et conclut à l’existence d’un courant traversant le nerf optique, courant peu important il est vrai puisqu’il l’estime de 1/50 de celui des voies antérieures. Dans ce même ordre d’idées on peut mentionner aussi les recherches de Schôler qui étudia sur des yeux humains fraîchement énucléés, la filtration avec des différences de pression obtenues artificiellement.

Niesnamoff imagina autre chose. Il prit un œil frais, en coupa le segment antérieur, enduisit l'ouverture avec du collodion et obtint, dit-il, un minimum de filtration de 1/5 * par minute ce qui est le 1/3° de la masse totale. Il arrivait donc au mème résultat que Priestley-Smith. Ajoutons enfin que Priestley-Smith et Ulrich enlevèrent également le corps vitré et le remplacèrent par unliquide coloré qu’ils déclarèrent non sans beaucoup d’obscurités avoir vu filtrer par la papille.

Ces expériences de ces deux auteurs pouvaient-elles en toute logique donner l’affirmation de voies d’écou-

lement par le nerf optique ? En remplacant le vitré

pe PU

par un autre liquide n’est-onpas bienloin des conditions normales? Il est à noter également que pour Schwalbe, Stilling, ce n’est quele canal hyaloïdien qui est en communication avec la papille.

Or, si on se reporte à l'expérience de Priestley- Smith qui ferme l’angle irido-cornéen en injectant du liquide sous pression dans le vitré, il n’est bien entendu plus question de l'intégrité ou de l'exclusivité de cette voie centrale.

De toute façon, il fallait trouver des méthodes moins brutales et se rapprocher le plus possible des conditions physiologiques. Pour cela on eut recours à des substances injectées dans la circulation générale, les unes produisant au contact d’une autre une réaction typique, les autres étant diffusibles après leur introduction dans le sang.

De mème que Knies et Ulrich, Stilling se servit de ferrocyanure de potassium qu'il injecta dans le ventre d'animaux. Peu après, il coupait l’optique et recherchait au contact du perchlorure de fer la réaction du bleu de Prusse. Il parvint ainsi à déceler une coloration bleuâtre dans le nerf, mais ce phénomène, qui, du reste ne paraît pas avoir été très net, se montrait cinq minutes après l'injection dans le péritoine, et avait complètement disparu une demi-heure après.

Ce même auteur se servit encore en injection souscutanées de fluoresceïne déjà utilisée par Uhtoff, Schôler et Schick. Il obtint ainsi une’‘légère coloration du tronc nerveux. Ayant encore recours à d'autres expé-

riences,il pratiquait après instillations de la même subs-

tance sous la peau, la section et la ligature du nerf. Il remarqua alors une coloration verdâtre assez intense de la papille bien que sur l’autre œil il ne se produisait rien, même après section simple de l’optique. Ajoutons que Stilling se servit pour presque toutes ses recherches de lapins, ce qui nous expliquera par la suite ces particularités.

Plus récemment (1889), Leplat imagina d’employer dans ses recherches sur l'élimination de l’humeur aqueuse la réaction de l’iode sur l’amidon. A cet effet, il injecta sous la peau d’animaux (il s’agit ici encore uniquement de lapins) deux grammes d’iodure de potassium dissous dans l’eau. Après un temps variable il énucléait les yeux, les congelait, et lorsqu'ils avaient atteint un durcissement suffisant les débitait en segments placés aussitôt dans des verres de montre où ils se liquéfiaient. Sur chaque tranche,il versait alors quelques gouttes d’une solution d’empois d’amidon (1), quantité toujours semblable, qui produisant la réaction pouvait ensuite servir de calcul pour l'étude comparative, la couleur variant du bleu au rose selon l’abondance plus ou moins grande d’iode.Il observa qu’après vingt-deux heures en moyenne, l'humeur aqueuse ne contenait plus d'iodure alors que le vitré en renfermait encore au bout de trente-huit heures. Il concluait à la

1. Leplat recommande en attendant le dégel complet de préparer des tubes à réaction contenant une certaine quantité égale pour chacun,d’empois d'amidon à 10/0 auquel on ajoute une goutte d'iodure de potassium en solution à 100/0 et une goutte d’acide

sulfurique dilué.

9% sécrétion par le corps ciliaire d’un courant bifurqué en deux voies.L’un antérieur,constituantl’humeuraqueuse, l’autre, postérieur, se frayant un passage entre les éléments solides du vitré, tombant ensuite dans la région hyaloïdienne centrale d’où le liquide serait déversé autour des vaisseaux centraux et entrainé dans le nerf optique. Ces expériences qui devaient mener Leplat à la conception d’un glaucome postérieur, affirmaient done l'existence d’un courant centripète dans les gaines périvasculaires centrales. Or,les injections d’encre de Chine devaient donner bientôt un appui considérable à cette théorie.

L'emploi des matières pulvérulentes aseptiques fut inauguré par Ulrich et Gifford dans la chambre antérieure de l’œil. Elle ne donna pas cependant au début les résultats espérés, ces auteurs ayant attendu trop longtemps (24 heures) et on leur objecta que les particules colorées avaient pu être transportées par des leucocytes.

. Plus tard Ulrich renouvela ses expériences sur le lapin vivant en injectant de l’encre de Chine dans le vitré. Il trouva une heure et demie après la zone périvasculaire de la papille remplie de grains noirs qui de là se propageaient dans le nerf, longeant les vaisseaux centraux, pénétrant dans les cloisons conjonctives et tombant enfin dans l’espace vaginal.

Deutchmann qui renouvelales expériences de Gifford en les critiquant, vit se produire le même fait.

Seulement il constata que la traînée noire ne faisait

ue passer dans l’espace des gaines, et qu’elle sortait que p 8 ;

6 — 96 — dans l’orbite en suivant toujours la route périvasculaire.

Leber fit des tentatives semblables et obtint des résultats identiques. « Pour réussir cette expérience, ditil, il faut que la substance colorée soit parvenue au bout de cinq minutes de la face postérieure du cristallin dans le canal central. » Cette route n’était donc décidément que le prolongement intra-nerveux du canal hyaloïdien.

Toutes ces recherches opérées sur une unique espèce d'animaux avaient cependant ému certains auteurs qui n’hésitaient pas à généraliser et à concevoir pour l’homme des voies semblables. C’est alors que parut le travail de Nuel et Benoît.

Pour leurs recherches, ces auteurs se servirent non seulement du lapin, mais du chien et du chat. De plus, ils injectèrent dans le vitré de malades atteint de glaucome et qu’on devait énucléer quelques heures après, quelques gouttes d’encre de Chine rigoureusement aseptique. Ils arrivèrent ainsi à des conclusions très particulières. C’est ainsi que pour le lapin ils retrouvèrent les grains colorés de même que Gifford, qu’Ulrich, Deutchmann, Leber, dans les espaces environnants la veine et l’artère centrale. De même, ces particules noires s’insinuaient dans les septa conjonctifs, rayonnant ainsi autour de l’axe du nerf avec tendance constante à gagner la pie-mère. Mais chezle chien, le chat, et l’homme ils ne purent jamais observer chose semblable, la papille restait libre, l’encre n'était retrouvée que dans les espaces de l'iris et dans les régions de l’angle cornéen.

À partir de ce moment, la question de l'existence des

ALP y Ve

voies périvasculaires du nerf optique s’éclairait d’une lueur inattendue et nous verrons dans lasuite comment

nos expériences personnelles furent conformes à cel-

les des deux auteurs belges.

Magitot

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