‹ Contribution à l'étude de la Circulation Artérielle et Lymphatique du Nerf Optique et du ChiasmaChapitre 3 sur 40 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

\ Technique

Pour réaliser nos injections, nous avons cherché autant que possible à nous servir de masses très pénétrantes, | fixables, et tout en ayant un pouvoir colorant très grand,

non diffusibles. Il importait enfin que cette substance ne durcisse pas afin de se laisser facilement couper par le microtome.

Pour les artères d’organes comme le nerf optique, la question était en effet double. D’une part il fallait pouvoir examiner les pièces macroscopiquement afin de déterminer l’origine des vaisseaux et leur mode de ramification dans la pie-mère.-Il fallait en outre pouvoir débiter les nerfs en séries de minceur moyenne afin de rechercher le mode de ramification des arborisations vasculaires dans le tronc nerveux.

Nous avons rapidement délaissé la masse de Teichmann employée couramment dans les laboratoires d'anatomie comme insuffisamment pénétrante, et nous nous sommes adressés à la méthode consistant à écraser et diluer de la cire à cacheter dans l’éther. Ce moyen peut fournir de très jolies pièces de démonstration,

HD EE malheureusement cette masse ne franchit pas bien les capillaires et abîme les rasoirs.

Après avoir tenté quelques essais avec des solutions aqueuses de farine, nous avons réalisé presque toutes nos injections avec le Gerota (1) non tel qu’il sert pour les lymphatiques, mais en augmentant de plus de moitié sa teneur en thérébentine.

Les matières colorantes que nous utilisimes d’abord furent le cinabre et le noir de bougie. Malheureusement, le cinabre n’a pas un pouvoir tinctorial suffisant et les fins capillaires des coupes microscopiques ne sont pas perçus. Le noir a l’inconvénient de paraître sous l’objectif insuffisamment différencié de la teinte sombre des noyaux cellulaires, et, c’est finalement au bleu de Prusse que nous nous adressämes de nouveau, et son emploi nous fournit d'excellents résultats, puisque les plus fins capillaires purent être ainsi repérés et suivis.

Nos expériences ont porté sur huit cadavres d'enfants nouveau-nés et sur deux d’adultes. Sur ces derniers, qu’il est impossible de se procurer avant quarante-huit heures après la mort à la Faculté de Médecine de Paris, les résultats ont été fort mauvais. Les vaisseaux du globe oculaire étaient bien injectés, mais dans le tronc optique, sauf l'artère centrale et quelques-unes de ses branches rien n'était visible. Il faut évidemment faire la part de la maladie dont est mort le sujet, de

son âge et de son état de conservation, car dans les

1. Pour la formule du Gerota, voir la 2e partie de ce travail à

propos des lymphatiques du nerf optique.

injections fines il n’est pas question d’injecter, comme moyen préliminaire, dans le système artériel autre chose que de l’eau pour préparer la voie et chasser les caillots.

Bien qu’il fût désirable pour un tel travail d’avoir des corps d'enfants de 5 à 10 ans, morts tout récemment d’une maladie chirurgicale, devant la difficulté éprouvée à obtenir de tels sujets, nous nous sommes servis de cadavres de nouveau-nés. L’état de fraîcheur de ces derniers peut être plus parfaitement obtenue, et, de plus, l’état de congestion intense de quelques-uns au moment de la mort est une circonstance favorable au passage du liquide dans les réseaux les plus fins.

L’instrumentation que nous avons employée ne présentait rien de particulier. Nous nous sommes servis d’une seringue en verre à ailettes d’une contenance de 20 centimètres eubes environ. Les canules étaient des pointes métalliques mousses et fines, de petite taille . comme celles dont on se sert dans les laboratoires de physiologie pour injecter dans le système-veineux des chiens la chloralose destinée à produire l’anesthésie.

Comme il sied toujours quand on use des liquides à base d’éther, nous avons également pendant une demiheure avant d’opérer, placé les têtes dans l’eau chaude. Cet artifice favorise beaucoup la progression de la masse.

Enfin nous avons toujours poussé ces injections par la carotide interne aprèsligature de celle du côté opposé, Par ce moyen, toutes lesrégions encéphaliques s’injectent, et on voit bientôt le visage devenir bleu par réplétion du système sus et sous-orbitaire, et de ses anas-

Page 1