MÉDECIN DE L'HÔPITAL BROUSSAIS
MEMBRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE ù -Z OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
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La question de l'indépendance des lobes du foie, bien que de date récente, a déjà donné lieu, tant en France qu'à l'étranger, à de nombreuses controverses, et, à lPheure actuelle, la question semble se résumer en ces deux opinions : indépendance absolue anatomique et fonctionnelle et indépendance relative. Enun mot, chaque lobe du foie conserve-{-il une autonomie complète et sans mélange vis-à-vis des lobes voisins ? ou au contraire, chaquelobe, tout en ayant une autonomie vasculaire macroscopique, possède-t-il des zones d'union qui le mettent en rapport avec le reste du parenchyme hépatique ?
Les partisans de l'indépendance lobaire absolue prétendent que la masse hépatique, bloc compact extérieurement, serait divisée, intérieurement, par une ligne fictive s'étendant de l’incisure biliaire, en avant, à l’embouchure des veines sus-hépatiques, en arrière, divisant le foie en deux portions droite et gauche sensiblement égales et donnant ainsi au lobe gauche un volume beaucoup plus considérable que celui que lui assigne lPanatomie. Les partisans de l'indépendance relative objectent que cette ligne de division n'occupe pas toujours la même situation dans le foie et que, de plus, cette ligne est per-
méable aux injections fluides qui la franchissent toujours plus ou moins : ils considèrent donc cette ligne, non pas
comme une démarcation entre deux territoires hépali- .
ques, mais comme une « zone d'union occupée par les capillaires d’anastomoses entre les deux systèmes portosus-hépatiques voisins (1) ».
L'hypothèse, un double courant porte, affirmée par la plupart des partisans de l'indépendance lobaire absolue et vérifiée par eux au point de vue des embolus pathologiques ou expérimentaux, est également infirmée par leurs contradicteurs qui ne voient pas de démonstration évidente au point de vue anatomo-pathologique, et qui, au point de vue expérimental, obtiennent des résultats contradictoires. |
Les auteurs qui se sont occupés de la question, aussi bien dans un sens que dans l’autre, ont accumulé les preuves ou les données cliniques, anatomiques, anatomopathologiques, histologiques, embryologiques, physiologiques etexpérimentales, mais sans tenir assez compte, nous semble-t-il, de la valeur de chaque preuve ou donnée, en les plaçant trop à la même échelle ; or, à notre avis, on ne peut donner le même coefficient à une donnée
clinique et à une preuve analomique, à une donnée phy-
siologique et à une preuve expérimentale. Il faut tenir compte de la valeur de chaque ordre de preuve et c’est dans ce but qu'il nous a paru intéressant de reprendre l'étude de cette question.
D'ailleurs, les données fournies par lembryologie et la clinique par exemple, peuvent souvent sembler plus démonstratives qu'elles ne le sont en réalité, et on est tenté de tirer d'elles plus qu'elles ne peuvent donner. Ainsi, à
(1) BAUER, Journal de l'anatomie, 1909.
INTRODUCTION [e)]
propos de l’'embryologie, on a voulu voir une preuve nou-
velle de l'indépendance des lobes du foie, dans ce fait que le foie étaitoriginellement formé de deux diverticules de l'intestin qui se soudaient ultérieurement. On a prétendu
que, si le foie ne présentait pas trace extérieurement de
cette double origine, il conservait intérieurement les marques de cette fusion, les deux grands lobes du foie n'étant qu'accolés et non soudés. Or, si l’on s’en rapporte aux données embryologiques récentes, d’après les belles recherches de Hertwig, puis de Géraudel, on constate que le foie, tout au moins en ce qui concerne la glande vasculaire sanguine, ne nait pas de la fusion de deux diverticules intestinaux, mais de la prolifération des cellules de l'extrémité d’un de ces diverticules.
Le bourgeon intestinal supérieur aurait son pôle céphalique formé par un massif cellulaire plein qui serait découpé « en quelque sorte, par pénétration des vaisseaux sanguins (1) ». Le futur foie naîtrait de ce massif cellulaire, et il y aurait « prolifération et pénétration réciproques du parenchyme hépatique et des vaisseaux (2) ».
En résumé, les recherches embryologiques modernes assignent au parenchyme hépatique une unité originelle qui ne plaide nullement en faveur de l'hypothèse de l'indépendance absolue des lobes du foie.
Les mêmes remarques peuvent s'adresser à la clinique. Le fait de constater une hypertrophie monolobaire isolée n'implique pas l'autonomie de ce lobe vis-à-vis des lobes