INJECTION DES VEINES SUS-HÉPATIQUES SUPÉRIEURES DE FOIES HUMAINS
Injection de la veine sus-hépatique gauche :
Coloration intense, sauf pour le lobe de Spiegel, de toute la portion du foie située à gauche d'une ligne qui s’étend
INDÉPENDANCE LOBAIRE A
de > ou 3 centimètres à droite de l'embouchure des veines sus-hépatiques, à 3 ou {centimètres à droite de l’incisure
biliaire. Cette ligne est moins nette, moins régulière,
mais plus à droite que celle que l’on obtient pour le système porte.
Dans tout le reste du foie, macroscopiquement et microscopiquement, on observe une diffusion de la coloration qui est toutefois bien moins intense.
Pendant l'injection on peut voir s'écouler la couleur, mélangée de sang, de la veine sus-hépatique droite, et si l'on ouvre celle-ci au niveau de ses premiers rameaux, on voit ce mélange sourdre d'autant de petits pertuis. De plus, la couleur s'écoule abondamment par les veines portes.
Injection de la veine sus-hépatique droite :
La matière colorée se répand en masse ‘dans tout É territoiré qui correspond au territoiré porte. La coloration est intense à droite de la ligne de division et se montre plus légère sur une Hire plus ou moins grande à gauche de cette ligne.
INJECTION COMBINÉE DE DEUX TERRITOIRES IRRIGUÉS PAR DES SYSTÈMES VASCULAIRES DIFFÉRENTS :
Injection de couleurs différentes dans la branche porte droite et la veine sus-hépalique gauche :
L'injection du second territoire colore le reste du foie et se propage sur ure étendue plus ou moins considérable du territoire primitivement injecté, etautant en profondeur qu'en surface, tant macroscopiquement que microscopiquement.
De ces diverses expériences, $. Gussio conclut :
Relativement aux veines portes :
11 existe dans le foie humain deux territoires nettement distincts, suivant une ligne oblique qui s'étend de
l'embouchure: des veines sus-hépatiques à l’incisure biliaire ; < if
> Les veines de ces deuxiterritoires ne communiquent pas entre elles par des anastomoses, mais seulement par voie capillaire ; 3° Contrairement aux affirmations de Glénard et de Sérégé, le lobe de Spiegel n'appartient pas exclusivement au lobe droit, mais il appartient moitié à droite et moitié à gauche ; io
4° Les rameaux portes spiegeliens ne naissent pas de l'extrémité des deux branches portes, mais près de leur bifurcation, etces rameaux vascularisent seuls le lobe de Spiegel, puisque ce dernier n’est pas coloré parles injections poussées dans les branches portes après la naissance des dits rameaux; Va
»° Le lobe carré appartient exclusivement au lobe gauche;
6° Le foie du lapin et du chien est identique au foie humain au point de vue porte, le lobe de Spiegel appartenant toutefois exclusivement au foie droit.
Relalivement à l'artère hépatique :
On ne peut parler de territoires délimités, puisqu'il existe de nombreuses anastomoses intra-hépatiques entre les divers rameaux des deux branches principales.
Relalivement aux veines sus-hépaliques :
1°Ilexiste deux territoires de distribution pour les deux veines principales, mais beaucoup moins bien délimités que les deux territoires portes;
>° Il existe sûrement des anastomosés entre les deux veines et leurs troncs principaux.
Gussio conclut enfin, qu'il n'existe pas de coïncidence entre les territoires hépatiques correspondants appartenant à des systèmes vasculaires différents.
INDÉPENDANCE LOBAIRE 47
En 1909. le professeur Gilbert et son élève Villaret ont abordé, dans un travail sur la circulation du lobule hépatique, la question de l'indépendance des lobes du foie.
Les expériences qu'ils ont tentées ont eu surtout pour but d'étudier la circulation artérielle du lobule et les phénomènes de progression du sang veineux : «en dehors des conditions cireulatoires classiques ». Toutefois, certaines de leurs expériences ont mis en évidence qu'il existe entre les lobes du foie une certaine indépendance vasculaire, au moins macroscopique, sans qu’on puisse pour cela conclure à une indépendance absolue.
MM. Gilbert et Villaret ont employé, dans certaines de leurs expériences, la technique suivante : injection d'une solution de gélatine colorée dans les branches portes de foie de chiens tués par saignée, et injectés aussitôt après la mort : ils ont constaté dans deux expériences (expériences [IV et V) que les seuls lobes colorés correspondaient à la branche porte injectée : lobes droits dans l'expérience IV, où la branche porte droite avait reçu la solution gélatineuse colorée ; lobes gauches dans l'expérience V, où l’autre branche porte avait été injectée. Toutefois, l'examen histologique n’a pas vérifié absolument, dans la plupart des cas, les données de l’examen macroscopique. Dans différentes portions du parenchyme hépatique, il a été facile de mettre en évidence des traces de la matière colorée. De plus, MM. Gilbert et Villaret ont constaté que, si l’on avait soin de pousser linjection pendant un certain temps, les lobes qui primitivement étaient indemnes de substance colorée, commençaient à se teinter, et que finalement tout le foie était presque uniformément coloré.
MM. Gilbert et Villaret ajoutent, d’ailleurs, que des expériences faites dans ces conditions sont anormales et
que l’on peut leur reprocher de créer des déchirures vasculaires ; en résumé, ils croient : «à une indépendance vasculaire presque totale entre les foies droit et gauche », indépendance qui, si elle n’est pas absolue, peut être considérée : « pratiquement comme telle ».
Comme pour l'indépendance lobaire hépatique, c'est la
. chnique qui a fait supposer à Glénard l'existence de rap-
ports plus intimes de tel ou tel segment du tube digestif avec tel ou tel lobe du foie. |
En 1901, Sérégé chercha à démontrer expérimentalement l'existence dans le tronc porte d’un double courant sanguin, orienté de l'intestin grêle et de la première portion du gros intestin vers le lobe droit, et de la portion terminale du gros intestin, de la rate et de l'estomac vers le lobe gauche. Les deux veines liquides seraient accolées dans un tronc commun, comme les eaux de deux cours d’eau qui, après leur réunion, conservent un certain temps leur coloration propre et leurs propriétés spéciales.
Pour Sérégé la veine grande mésentérique, qui recueille son sang dans la portion digestive du tube gastro-intestinal, conduirait au foie droit presque tous les principes nutritifs que la glande hépatique doit élaborer ; la veine splénique, au contraire, grossie des veines gastrique et petite mésentérique, conduirait au foie gauche tous les produits de fermentation et de putréfaction que la masse hépatique doit modifier ou arrêter.
Sérégé a recherché dans le laboratoire du professeur Jolyet, de Bordeaux, la densité et le point cryoscopique du sang provenant des veines splénique et grande mésentérique ; il a constaté que le sérum de ces deux veines
DE LALAUBIE. c
n'avait ni même densité, ni même point cryoscopique. Le sérum splénique a une densité égale à 1,029, alors que le sérum mésentérique n’a qu'une densité de 1,025. Le point de congélation est de 0,85 pour le sérum splénique et de 0,58 pour le sérum mésentérique.
Dans une série d'expériences, Sérégé, à l’aide d’injections d'encre de Chine dans les veinules d’origine de la splénique et de la grande mésentérique, a cherché à mettre en évidence que les deux courants sanguins, d’origine anatomique différente et de propriétés physiologiques également différentes, restaient accolés dans le tronc porte sans se mélanger. ;
Dans lexpérience VII, Sérégé a injecté « avec une excessive douceur une quantité infinitésimale » d'encre de Chine diluée, dans une petite veine d’origine de la grande mésentérique d’un lapin anesthésié: Il a constaté que les particules d’encre de Chine ont été emportées par le courant sanguin uniquement dans le lobe droit, où on les voit très nettement à la surface.
Dans l'expérience VIIT, l'encre de Chine a été injectée dans une veinule d’origine de la splénique, et n'a été retrouvée que dans le lobe gauche.
Chez le chien, Sérégé a obtenu des résultats identiques. Dans l’expérience IX, l'injection a été poussée dans une petite branche d’origine de la grande mésentérique, et l'encre de Chine n'a été retrouvée, tant à la surface qu'à la coupe, que dans le seul lobe droit; le lobe gauche étant indemne de toute trace d'encre de Chine.
Dans l'expérience X, toujours chez le chien, la solution d'encre de Chine, poussée dans une veine d’origine de la splénique, a passé en entier dans le lobe gauche. Ni à la surface, ni à la coupe, on ne peut en déceler à droite.
Sérégé ajoute qu’il a reproduit plusieurs fois ces expé-
TRS
riences sur le lapin ou le chien, avec la même technique opératoire, et que toujours les résultats ont été identiques ; il en conclut que, si l’on ne peut trouver une barrière anatomique divisant le tronc porte, on doit néanmoins admettre l'existence d'une barrière virtuelle : « constituée par la ligne des contacts des deux ondes liquides ». |
En 1901, dans un travail sur les lésions expérimentales
du foie d'origine splénique, Chauffard et Castaigne ont
reproduit les expériences de Sérégé, sans arriver d'ailleurs aux mêmes conclusions. En effet, sans chercher à étudier le double courant porte, mais en voulant seulement montrer que des particules solides, introduites dans la veine splénique, peuvent gagner le foie, ets'y fixer, ces auteurs ont chaque fois constaté que, lorsque la matière colorante pouvait être décelée, elle était toujours disséminée dans tout le foie, sans marquer de rapports avec la voie veineuse d'introduction. |
Chauffard et Castaigne ont expérimenté sur six chiens qui ont reçu en injection, les quatre premiers une solution de carmin, et les deux autres une solution d’encre de Chine.
Dans l'expérience n° 1, l’animal a reçu en injection dans la veine splénique 1 centimètre cube d’une solution contenant 0,09 de carmin. Vingt-quatre heures après l'injection, Chauffard et Castaigne ont trouvé à peine quelques particules de la matière colorante dans le foie.
Chez le chien de l'expérience n° 2, qui a reçu en injection la même quantité de carmin, par la même voie veineuse, quarante-huit heures après l'injection, on a retrouvé également à peine quelques grains de carmin.
Dans l'expérience n° 3, l’injection a été faite dans la pulpe splénique, et la matière colorée a été recherchée
cinq jours après. Le foie ne semblait pas modifié macroscopiquement, mais l'examen histologique, pratiqué un peu partout, a décelé la présence de grains de carmin localisés dans les espaces portes, les veinules jets et les
capillaires péri-lobulaires.
Les résultats de l'examen microscopique ont ctétese
mêmes dans l'expérience n° 4, où la solution de carmin avait été poussée dans l'artère splénique et recherchée quarante-huit heures après. Ê Dans l'expérience n° 5, Chauffard et Castaigne ont injecté 1 centimètre cube d'encre de Chine dans l'artère splénique ; la recherche de la matière colorée, pratiquée vingt-quatre heures après l'injection, a donné les mêmes résultats que les expériences n°3 et 4. | Enfin dans l'expérience n° 6, faite encore à à l'encre de Chine dans l'artère splénique, la recherche de la matière colorée n'a été pratiquée que douze jours après. Chaufard et Castaigne n’ont presque plus retrouvé de grains d'encre de Chine, sauf quelques-uns inclus dans les cellules, en particulier dans les cellules étoilées de Kupfer. Comme corollaire de ses expériences sur le double courant porte, et sur l'indépendance des lobes du foie, Sérégé, en 1902, a fait une série de recherches, premièrement sur la teneur en urée des différents lobes du foie aux diverses phases dé la digestion, et deuxièmement sur l’excrétion de l’urée par la fonction rénale pendant les mêmes périodes de digestion. Ces expériences que nous avons relatées à propos de l'indépendance lobaire puisque Sérégé en tire un argument en faveur de cette théorie, nous ne ferons que les mentionner ici, Sérégé y voyant une preuve de lPaccouplement fonctionnel du foie gauche avec estomac et du foie droit avec l'intestin. in 1903, Sérégé a fait des expériences destinées à
CT
mettre en évidence l’existence d’un double courant sanguin dans la veine cave inférieure.
Après avoir injecté une solution de ferrocyanure de
potassium dans une des artères fémorales et pratiqué des
ponctions symétriques, à divers étages du tronc cave pour recueillir le sang, Sérégé a constaté que l’on ne pouvait déceler la présence de ferrocyanure que dans le sang issu du côté injecté. Dans le sang provenant de l'autre côté, la réaction destinée à révéler le ferrocyanure était à peine ébauchée. Sérégé en conclut que l'existence d’un double courant dans le tronc porte n’est pas un fait isolé dans l'économie, mais qu’on peut observer pareil fait chaque fois que deux veines liquides s’accolent pour former un tronc commun.
Nous ne ferons que mentionner ici les expériences de Jovane, en 1903, sur la teneur en glycogène des foies de lapins ; les expériences de Pincherle, en 1904 et en 190», également sur la fonction glycogénique ; les expériences de Gnudi, en 1904, destinées à montrer l’incomplet mélange dans le tronc porte des sangs mésaraïque et gastro-splénique ; enfin les expériences de Sérégé, toujours en 1904, sur les rapports de la teneur glycogénique de chaque foie avec les phases de la digestion. Nous avons résumé ces différentes expériences à propos de l'indépendance lobaire hépatique, chaque auteur ayant eu pour but de vérifier à la fois les deux questions d'indépendance lobaire et. de double courant. Nous ne ferons que rappeler ici que toutes ces expériences sont favorables
à la thèse du double courant, confirmant hypothèse d'un double aceouplement fonctionnel entéro- hépatique droit et gastro-spléno-hépatique gauche.
En 1909, Pincherle a cherché à vérifier, sur le lapin, l'hypothèse du double courant porte à l'aide d'une
technique nouvelle, consistant à faire résorber par divers
segments du tube gastro-intestinal une substance nocive,
capable de créer des foyers de nécrose dans le parenchyme hépatique.
Pincherle a employé pour ses expériences l'huile phosphorée qu'il a injectée, tantôt dans l'estomac, l'intestin, les veines d'origine de la grande mésentérique ou Îles veines coronaires stomachiques, cherchant à produire la nécrose d’un territoire déterminé du foie, selon le segment du tube gastro-intestinal choisi pour l'injection.
Nous résumons ici les douze expériences que Pincherle a tentées et décrites.
Exp. [. — Animal de contrôle.
Ligature du pylore. — Survie : trente-quatre heures. Examen macroscopique du foie. — Légère augmentation de
volume, congestion, surface un peu trouble, consistance normale, pas de différence d’un territoire à l’autre.
Examen microscopique. — Dilatations vasculaires dans chaque lobe. Veines remplies de globules rouges. Éléments peu altérés et de façon égale dans les diverses parties du foie.
Exp. II. — Ligature du pylore suivie de l'injection de 1 centigramme d'huile phosphorée dans l'estomac. Examen macroscopique du foie. — Augmentation de volume du
foie qui à pris une teinte jaunâtre avec des rayures éparses de façon égale et uniforme sur toute la surface.
Exp. II. — Ligature du pylore et injection d'un demi-centigramme d'huile phosphorée dans l'estomac. Survie de l'animal : quatorze heures.
Examen macroscopique du foie. — DS Denon de volume, congestion et consistance molle.
Lobe gauche : Mou, trouble, de couleur franchement jaune.
Lobe médian : Caractères identiques quoique moins évidents.
Lobe droit : Congestion, consistance normale.
Lobe de Spiegel : Même état que le lobe droit.
Examen microscopique. — Grande différence entre les lobes. Dégénérescence granulo-graisseuse des cellules à gauche, avec phénomène de nécrose diffuse intense. Eléments mieux conservés à droite.
Résumé. — Dégénérescence granulo-graisseuse diffuse dans tout le parenchyme, mais plus intense el avec nécrose exclusivement à gauche.
Exp. IV. — Ligature du pylore. Injection d’un quart de centigramme d'huile phosphorée dans l'estomac.
Examen macroscopique du foie. — Différence de coloration d’un lobe à l’autre donnant au foie un aspect spécial et caractéristique.
Lobe qauche : Consistance molle, dégénérescence complète, cou-
" leur jaune avec taches répandues à la surface.
Lobe médian : Coloration à la fois jaune et brune donnant à ce lobe l'aspect de la noix muscade.
Lobe de Spiegel : Légère teinte jaune trouble.
Lobe droit : Eléments gonflés et troubles.
Examen microscopique et résumé. — Dégénérescence et nécrose intense à gauche. Début de dégénérescence granulo-graisseuse à droite. ;
Exe. V. — [Injection d’un demi-centigramme d'huile phosphorée dans l'intestin.
Examen complet du foie. — Congestion uniforme avec teinte
sombre, sans trace de dégénérescence.
Ex. VL — Injection d'un demi-centigramme d'huile phos-
phorée dans l’orifice anal. Survie : quarante-six heures. Examen complet du foie. — Taches jaunes éparses dans tout le
parenchyme, mais surtout à gauche.
Exp. VIL. — Injections d’un centigramme d'huile phosphorée dans trois segments de l'intestin.
Examen macroscopique du fote.
Lobe droit : Stéatose évidente, augmentation de volume, consistance un peu flasque, couleur jaune pâle uniforme.
Lobe de Spiegel : Mêmes caractères qu'à droite.
Lobes gauche et médian : : Congestion, couleur sombre, avec surface trouble.
Examen microscopique el résumé. — Phénomènes de dégénérescence graisseuse à la période de début dans tout ie foie. Dégénérescence graisseuse et nécrose profonde uniquement à droite.
ExPe. VIII — Expérience n'ayant pas donné de résultats, l'animal ayant reçu préalablement une injection de culture de bacilles diphtériques et une injection de sérum anti-diphtérique. Le foie présentait de petits nodules jaunes -de date ancienne à gauche et dans le lobe médian, mais peu à droite.
Exe. IX. — Injection d'un demi-centigramme d'huile phosphorée dans une petite veine d’origine de la grande mésentérique.
Examen macroscopique du foie. — Coloration diverse du parenchyme hépatique. \
Lobes gauche et médian : Augmentation de volume, congestion’ couleur sombre, surface trouble, consistance normale.
Lobes droit et de Spiegel : Teinte nettement jaune qui tranche avec la couleur sombre des autres lobes, consistance molle ; en outre le lobe droit paraît augmenté deux fois de volume.
Examen microscopique. — Éléments cellulaires assez bien conservés à gauche. Dégénérescence et nécrose intense à droite. Résumé. — Infiltration graisseuse et distension des espaces in-
tercellulaires surtout à droite, phénomènes de destruction et de dégénérescence cellulaire presque exclusivement à droite.
Exp. X. — Injection de 1 centigramme d'huile phosphorée dans une veine coronaire stomachique.
Examen macroscopique du foie. — Coloration jaune ocre très accentuée de tout le foie avec stries rougeâtres à la surface. Consistance molle et augmentation de volume. Surface lisse et homo-
gène de tout le foie. avec de petites taches rondes irrégulières dans
le lobe gauche.
Examen microscopique. — Dégénérescence graisseuse de tout le foie, foyers de nécrose évidents et abondants dans le lobe gauche, où les cellules sont réduites à de petits globes clairs sans nucléoles ou avec.un reste informe et décoloré de nucléole.
Les veines portes ont leur endothélium détaché ou détruit, les voies biliaires sont bien conservées. LES
Résumé. — Dégénérescence graisseuse diffuse de toute la masse hépatique. Nécrose exclusive et étendue à gauche.
Exp. XI. — Injection de 1 centigramme d'huile phosphorée dans une grosse branche de la veine coronaire slomachique. Examen complet du foie. — Congeslion, couleur sombre et
augmentation de volume assez forte. Le lobe gauche se détache du reste de la masse hépalique par sa couleur jaune-pâle uniforme et sa surface trouble.
Résumé. — Siéatose évidente à gauche.
ExPe. XII. — Injection de 1 centigramme d'huile phosphorée dans une veine coronaire stomachique et dans une veine gastrosplénique.
Examen macroscopique du foie. — Coloration normale d’une grande partie du parenchyme hépatique. La portion gauche du lobe médian présente de petites taches jaunes peu étendues et peu nombreuses. Le lobe gauche, au contraire, est augmenté de volume avec une surface pleine de rayures et de taches jaunes qui tranchent sur la coloration normale du reste de parenchyme.
Examen microscopique. — Protoplasma de toutes les cellules raréfié. Dégénérescence intense à gauche avec début de nécrose, surtout autour des espaces porto-biliaires.
Résumé. — Dégénérescence légère sur toute la surface. Dégénérescence graisseuse bien évidente seulement à gauche.
Pincherle croit que pour expliquer ces phénomènes de localisation lobaire hépatique, selon la branche porte injectée, il faut faire intervenir le système nerveux; et il rappelle : « que François Franck et Hallion ont mis en Jumière l'intervention de la vaso-constriction hépatique en présence des poisons qui traversent le foie ». |
L'année suivante, en 1906, Glénard a cherché à contrôler le rôle du système nerveux vaso-moteur dans les accouplements hépatiques avec le tube digestif. Voici l'interprétation de Glénard : « La vaso-motricité réflexe bloque un des accouplements pendant que l’autre fonc-
tionne, et de la sorte est assurée la connexion exclusive de chaque lobe avec le territoire de celles des racines portales dont ilest tributaire. » Glénard a essayé, par excitation faradique suecessive de chacun des nerfs splanchinques et pneumogastriques du chien, de provoquer l'apparition de la bilirubine dans le sang, surtout par l'excitation du pneumogasirique gauche : « par analogie avec ce qui se passe dans l’ictère émotif, étant donné la pathogénie monolobaire gauche de cet ictère ». Le sérum sanguin prélevé aussitôt avant, et 10 minutes après l'excitation faradique de chaque nerf, n’a jamais décelé la présence de la bilirubine. Glénard en conclut que ce résultat prouve, soit la différence qui existe entre l’expérimentation et les conditions pathologiques, soit que la recherche de la cholémie a été faite trop rapidement après l'excitation nerveuse. <
Nous avons déjà résumé, à propos de l'indépendance des lobes du foie, les expériences faites, en 1906, par MM. Gilbert et Villaret et MM. Brissaud et Bauer. Nous ne ferons que rappeler ici leurs conclusions qui sont défavorables à la théorie du double courant.
En 1907, Sérégé a cherché à étayer sa théorie, d’un double courant dans la veine porte, en donnant des preuves physiques du phénomène. Dans ce but, il a créé un appareil en verre reproduisant le calque du tronc porte et de ses deux branches d’origine. Les deux branches d’origine sont reliées, par des tubes de caoutchouc, à des entonnoirs dans lesquels Sérégé fait tomber deux liquides de coloration différente; il constate que les liquides s'accolent dans le tronc commun et se séparent, sans se mélanger, en arrivant au point de séparation, le hquide qui représente le sang mésentérique passant en totalité à droite, etle liquide splénique à gauche. Pour que
l'appareil fonctionne dans les conditions que nous venons d'indiquer, Sérégé a constaté qu'il fallait au liquide mésentérique une vitesse et une densité égales ou supérieures à celle du liquide spléniqueet que, de plus, l'angle formé par les deux branches de bifurcation du trone porte devait être d'environ go°. Dans ses études sur l'animal vivant, Sérégé a observé que ces trois points, nécessaires au bon fonctionnement de son appareil, létaient constants; en effet, il résulte de ses recherches que a vitesse du sang est plus grande dans le foie droit que dans le foie gauche, que la densité du sang de la veine mésentérique esttoujours supérieure, ou au moins égale, à la densité du sang splénique, qu'enfin l'angle formé par les deux branches de bifurcation porte est bien, d’après les recherches de Rex, égal à 90°. De l'analogie qui existe entre la circulation normale chez l'animal vivant et la circulation artificielle de son appareil, Sérégé se croit autorisé à conclure à la nouvelle démonstration d'un double courant dans le tronc porte avec, comme corollaire, l'existence d’accouplements fonctionnels différents.
En 1907, Silvestri a fait de nouvelles recherches au sujet du double courant porte, en injectant cette fois des substances colorées dans les différentes origines portales.
En injectant une solution de bleu de méthylène dans la rate d’un animal, Silvestri a constaté que la coloration se répandait uniformément dans le lobe gauche et dans la portion gauche du lobe médian; si l'injection, au contraire, était poussée dans une veine d’origine de la grande mésentérique, la matière colorante ne se montrait que dans le lobe droit et la portion droite du lobe médian.
Toutefois, Silvestri rapporte, qu'après certaines injections faites dans la rate, il a constaté, dans une portion
) me :
de l'extrémité supérieure du lobe droit, l'apparition d’une coloration identique à celle du lobe gauche, il pense que l’on peut expliquer ce fait par une anomalie vasculaire,
ou par une compression ayant mélangé le sang des deux’
courants portes. | :
A la coupe des foies, en suivant la ligne de division, Silvestri a observé un côté très coloré et un:autre à peine, puisqu'il fallait une loupe pour distinguer la coloration.
Looten, en 1908, a cherché à vérifier expérimentalement
là question du double courant porte en injectant, dans les veines d’origine du tronc porte, des solutions d’encre de Chine ou de carmin. Dans une première série de cinq expériences, Looten, injectantune quantité infinitésimale d'encre de Chine, ou des grains de carmin, de bleu de Prusse et de chromate de plomb, n’a pu, ni à la surface, ni à la coupe, déceler la présence des substances injectées ; il a modifié dans un second groupe d'expérience sa technique, et nous résumons ici les résultats qu'il a obtenus.
Exp. I. — Injection, dans une veine d'origine de la grande mésaraïque d’un chien, de 2 centimètres cubes d’encre de Chine en l’espacede deux minutes, Le foie estenlevé trente secondes aprèsl'injecton et fixé dans le formol ; l'examen microscopique révèle des particules d'encre de Chine également disséminées dans les capillaires du foie droit et du foie gauche.
Exp. Il. — Injection, dans la veine splénique d'un chien, de 2 centimètres cubes d'encre de Chine en l’espace de deux minutes. Enlèvement du foie trente secondes après l'injection et fixation dans le formol. L'examen microscopique montre des grains d'encre occupant les capillaires du foie droit et du foie gauche.
Exp. IT. — Injection, dans une veine d'origine de la grande mé-' saraïque d’un chien, de 5 centimètres cubes de carmin en l’espace
de cinq minutes. Enlèvement du foie trente secondes après l’injec-
Le
dans le lobe gauche que dans le lobe droit ; lobes sont farcis de grains d’encre.
tion et fixation dans le formol. L'examen microscopique montre des grains de carmin en grand nombre dans les deux lobes; d’ailleurs, comme ces grains sont volumineux, ils sont visibles à l'œil nu à la coupe du foie.
Exp, IV. — Injection, dans la veine splénique d’un chien, de 4 centimètres cubes d’encre de Chine.en l’espace de quatre minutes. Enlèvement du foie trente secondes après l'injection et fixation dans le formol. L'examen microscopique révèle la présence des
grains d'encre aussi bien dans le lobe droit que dans le lobe
gauche, peut-être même en plus grande quantité dans le lobe
droits: 2 |
Exp. V.— Injection, dans une veine d’origine de la grande mésaraïque d’un chien, de 3 centimètres cubes de carmin en l’espace de trois minutes. Enlèvement du foie trente secondes après l'injection et fixalion dans le formol. L'examen microscopique de fragments, prélevés à la périphérie, montre très nettement des grains de carmin dans le lobe gauche et rien dans le lobe droit. Les coupes d'un autre fragment du lobe droit, prélevé plus près du centre de l'organe, en décèlent Lout autant que dans le lobe gauche.
Exp. VI. — Injection simullanée, chez un chien, de 3 centimètres cubes de carmin dans une veine d'origine de la grande mésentérique, et de 3 centimètres cubes d'encre de Chine dans la veine splénique en l'espace de trois minutes. Enlèvement du foie trente secondes après l'injection et fixation dans le formol. Au micro-
scope on aperçoit des grains de carmin en aussi grand nombre de plus, les deux
Exp. VII. — Injection, dans la veine splénique d'un chien, de 1 centimètre cube d'encre de Chine en l’espace d’une minute. Enlèvement du foie trente secondes après l'injection et fixation
dans le formol. Chaque lobe du foie est fractionné en six tranches
et un fragment de chacune est examiné au microscope. La tranche
n° 1 du lobe droit, la plus éloignée du centre de l'organe, ne contient pas trace d'encre de Chine; la tranche n° 2 en contient quelques grains ; Ja tranche n° 3 est plus remplie que la tranche n° 2 et
même que les suivantes n° 4, 5 et 6. Pour le lobe gauche, sauf la tranche n° 1 qui ne contient pas d’encre de Chine, les autres tranches contiennent de l’encre de Chine, et d'autant plus qu’on se rapproche davantage du centre du foie.
Exr, VIII. — Injection, dans la veine grande mésaraïque d'un chien, d’une goutte d'encre de Chine. Enlèvement du foie trente secondes après l'injection et fixation dans le formol. Chaque lobe est fractionné en cinq tranches et un fragment de chaque tranche est examiné au microscope. k 7 |
Dans la tranche n° 1 du lobe gauche, on ne voit pas d'encrede Chine. Dans la tranche n° 2,on aperçoit quelques grains ; les tranches n° 3, 4 et 5 sont bourrées de grains d'encre de plus en plus nombreux.
Dans la tranche n° 1 du lobe dreit, il n’y a pas trace d'encre; dans la tranche n° 2, on trouve plus de grains d'encre que dans les tranches n°° 3 et 4 ; enfin la tranche n° 5 est certainement celle qui en contient le plus.
De ces expériences Looten conclut: « Il n’existe pas dans la veine porte un double courant sanguin : l’un orienté de la grande mésaraïque vers le lobe droit, l’autre orienté du tronc commun de la petite mésaraïque et de la splénique vers le lobe gauche du foie. Tout le sang d'apport de ces deux veines est parfaitement brassé dans le parcours commun du tronc porte. »
Bauer, en 1909, dans un travail surtout consacré à réfuter la théorie de l'indépendance des lobes du foie, a résumé les expériences qu'il a tentées au sujet du double courant porte; ces expériences, assez nombreuses, ont consisté en injections, dans les diverses racines portes, de gélatine colorée, de carmin ou d’encre de Chine. En injectant ces diverses matières colorées dans une racine d’origine de la veine grande mésentérique d’un animal vivant, à sang rendu incoagulable, Bauer a constaté que la masse
colorée ne se localisait pas dans le foie droit, mais envahissait immédiatement tout le foie; si l'injection était poussée dans une racine splénique, elle ne se localisait pas au foie gauche, mais se diffusait également dans tout le foie. |
En injectant simultanément deux substances de coloration différente, l’une dans une ‘racine mésentérique, l’autre dans une racine splénique, Bauer a observé que ces deux substances n’occupaient pas chacune un lobe du foie, mais se mélangeaient dans tout l'organe. |
Enfin, en injectant des parcelles d'encre de Chine dans la pulpe splénique, Bauer a constaté à nouveau la dispersion de ces parcelles dans tout le foie ; il en conclut : « qu'il n'existe pas de double courant sanguin dans la veine porte, et qu'il n’y a pas lieu de distinguer dans le foie un territoire mésentérique et un territoire splénique. »
Pour vérifier la théorie du double courant porte et des accouplements fonctionnels du foie, S. Gussio, en 1909, a fait de nombreuses recherches sur le lapin en injectant des substances colorées, tantôt dans les racines portales, tantôt dans les organes ou les artères dont sonttributaires ces racines.
Dans une première série d'expériences, en injectant du bleu de méthylène ou de l'encre de Chine, dans une veinule d’origine de la grande ou de la petitemésentérique, Gussio a constaté que la couleur injectée se diffusait rapide-
*ment dans tous les lobes du foie, formant des taches irrégulières, apparaissant d'abord sur la face convexe, puis sur la face concave du foie. Ces taches bien visibles dans le foie laissé en place, ou extrait de la cavité abdominale, se montrait en plus grande abondance, soit à droite, soit à gauche.
Dans un second groupe d'expériences, en injectant la
substance colorée dans une veinule d’origine de la veine splénique ou de la veine coronaire stomachique, Gussio a obtenu une coloration identique de tous les lobes du foie avec des taches sans prépondérance marquée. Se
En injectant, enfin, lamatière colorée dans la pulpe splénique et en sacrifiant l'animal une heure et demie après l'injection, Gussio n’a constaté aucune modification macroscopique du foie, seul l’examen microscopique lui a montré quelques grains de couleur irrégulièrement distribués, ces animaux ayant reçu une injection colorée trop minime. |
De cette série d'expériences, Gussio conclut que les injections colorées, faites dans l’une ou l’autre des racines portales, se répandent dans tout le foie avec prépondérance à droite ou à gauche sans règles fixes.
Pour ne pas modifier par ces injections la composition ou la pression du courant porte, et éviter ainsi les causes d'erreur, Gussio, dans une série d'expériences nouvelles, a injecté dans l'estomac, la rate, et l'intestin, une solution concentrée de ferrocyanure de potassium, après avoir ligaturé, au niveau du pylore, l'artère hépatique pour empêcher le retour au foie, par la circulation générale, de la substance colorée.
Dans un premier groupe d'expériences, Gussio a injecté 30 à 50 centimètres cubes de la solution de ferrocyanure de potassium, dans l'estomac de quatre lapins et de
deux chiens, après leur avoir ligaturé le pylore; ces ani-°
maux sacrifiés de trente à soixante minutes après l'injection, Gussio a prélevé le foie et les autres viscères, tels que la rate, les poumons et les reins ; il a obtenu une réaction intense, caractéristique de la solution de ferrocyanure dans tous les lobes du foie avec une légère prépondérance pour le lobe gauche. La réaction a été plus in-
y Te sg
tense pour le foie que pour tous les autres viscères, sauf le rein, et en laissant la glande hépatique dans une soluton de perchlorure de fer, Gussio a constaté que la prépondérance du ferrocyanure dans un lobe devenait toujours moins évidente.
Dans un second groupe d'expériences, Gussio a injecté Ho à 50 centimètres cubes de la solution dans l'intestin de trois lapins et de deux chiens, après avoir ligaturé l'artère hépatique et l'intestin, à 10 centimètres du pylore et en plus, chez le chien, à 10 centimètres du rectum. Il a prélevé les viseères, huit à vingt minutes après l'injection chez les lapins et vingt à quarante minutes chez les chiens, et a constaté la réaction intense de tous les lobes. du foie, avec légère prépondérance à droite. Il a fait, en outre, les mêmes remarques que nous avons signalées dans le premier groupe d'expériences.
Enfin, dans un troisième groupe d'expériences, Gussio a injecté 1 centimètre cube de solution saturée dans la rate de trois lapins. Il à obtenu une réaction générale dans tout le foie, plus marquée à gauche, mais cette réaetion a été faible, bien que plus manifeste dans le foie que dans tous les autres organes, sauf le rein.
De cette série d'expériences, où les causes d'erreurs, relatives à la pression et à la densité, ont été réduites au minimum, Gussio conclut qu’une substance provenant de l'une quelconque des racines portales se diffuse à tout le foie, avec une légère prépondérance pour le lobe droit, si cette substance provient des racines intestinales et pour le lobe gauche, si elle provient des racines stomacales et spléniques.
Dans un autre groupe d'expériences, Gussio a injecté la solution de ferrocyanure dans différentes: artères, pour voir comment cette solution se distribuait au foie, par la
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circulation générale, après ligature de l'artère hépatique.
Gussio a tout d'abord injecté à quatre lapins 1 ou 2 centimètres cubes de la solution saturée de ferrocyanure dans la crosse de l’aorte, après origine de l'artère carotide. Les deux premiers lapins sont morts rapidement, et la réaction dans le foie a été peu appréciable; les deux autres lapins, prolongés pendant trois ou quatre minutes par la respiration artificielle, ont donné lieu à des réactions en rien comparables aux réactions précédentes, du moins pour le foie, car les autres viscères ont présenté des réactions à peu près identiques.
Voyant qu’on pouvait maintenir en vie les lapins par la respiration artificielle, Gussio a injecté une même quantité de substance dans la veine marginale de l'oreille de ces animaux et a constaté que le foie présentait une réaction aussi intense que lors des injections dans l’estomac ou l'intestin et que les viseères présentaient des réactions beaucoup plus intenses.
Enfin dans un dernier groupe d'expériences, Gussio a cherché à éliminer la circulation générale qui pouvait être cause d'erreurs en injectant la solution dans une petite artère correspondant aux veinules d’origine portale.
En poussant la solution de ferrocyanure dans une artériole gastro-splénique detrois lapins, Gussio a constaté que la solution colorée envahissait rapidement le foie formant des taches irrégulières d’abord sur la face concave du foie, puis sur la face convexe. Ces taches s’observaient dans tout le foie présentant même coloration et même étendue, sauf dans la partie postérieure du lobe droit où elles étaient un peu plus petites et moins étendues. Les autres viscères ne présentaient pas trace de la matière colorée.
Chez trois autres lapins ayant reçu l'injection dans un
pelt rameau de la petite mésentérique, Gussio a observé une coloration identique à la précédente, sauf pour la portion postérieure du lobe gauche où la coloration était moins intense; enfin, en poussant l'injection dans une artériole de la grande mésentérique Gussio à obtenu un résultat identique au précédent, ce qui lui fait admettre qu'une injection faite dans un rameau artériel correspondant aux racines portes se distribue à tout le foie en manifestant une légère prépondérance pour le lobe gauche quand lPinjection vient d'un rameau gastro-splénique et pour le lobe droit quand au contraire l'injection provient d’un rameau mésentérique.
En se basant sur toutes ces expériences où ila cherché à réduire au minimum les causes d'erreur, Gussia croit pouvoir conclure à Pinexistence dans le foie de territoires vasculaires indépendants, si par indépendance on ne veut pas dire cette petite prépondérance de diffusion dans le foie gauche du sang venantde la veine gastro-splénique, dans le foie droit du sang issu de la veine mésentérique.
D'ailleurs, dans le tronc basilaire où 1l existe une cireulation analogue à celle de la veine porte, Gussio a injecté des solutions colorées dans les artères vertébrales de lapins, et a obtenu une prédominance de la substance injectée dans la substance cérébrale et cérébelleuse du côté de l'artère injectée. De cette prédominance qui se serait encore accentuée s'il avait poussé une injection dans l'artère carotide du même côté, peut-on conclure à une indépendance des territoires encéphaliques ?
Dans un travail publié en 1909 sur la circulation du lobule hépatique, le professeur Gilbert et son élève Villaret ont rapporté des expériences défavorables à Ta théorie du double courant porte; en effet, après injection de solution pulvérulente dans une des branches d’ori-
gine de la veine porte chez un animal vivant, ces auteurs ont constaté l’égale répartition de la matière inpectée dans tous les lobes du foie.
Dans une expérience (expérience XXIV) pratiquée sur le chien, MM. Gilbert et Vitlaret, après avoir injecté » centimètres cubes d’une solution de chromate de plomb dans la veine grande mésaraïque, ont constaté que le foie était uniformément injecté dans tous ses lobes. Dans deux autres expériences (expériences XX V et XXVI) après avoir injecté la même solution, une première fois dans le tronc porte, la deuxième fois au niveau d’une veine intestinale, ils ont obtenu des résultats identiques.
Dans toutes leurs expériences d’injections soit gélatineuse, soit pulvérulente dans les racines portales, chez le lapin, le chien, le cobaye ou même l’homme, MM. Gilbert et Villaret ont toujours obtenu une coloration générale du foie avec à peine de légères différences entre les divers territoires. En injectant deux solutions de couleur différentes, l’une dans une racine mésentérique, l’autre dans une racine splénique, ils ont observé, surtout microscopiquement, le complet mélange des deux substances. De plus, dans un travail fait avec M. Jomier, le profes-. seur Gilbert, a montré que les granulations graisseuses digestives s'accumulaient dans tout le foie indifféremment alors qu'avec la théorie du double courant ét des accouplements fonctionnels la graisse absorbée par l'intestin grêle ne devrait se trouver que dans le lobe droit du foie.
Comme conclusion de leurs recherches, MM. Gilbert et, Villaret pensent que : «si l'injection du foie reste en grande partie segmentaire lorsqu'elle est poussée par une des. branches de bifureation intra-hépatique de la veine porte, il n'en est plus de même, en général, lorsqu'elle est, envoyée par le tronc ou les racines de ce vaisseau. »
II. — ARGUMENTS RELATIFS A LA QUESTION, EN DEHORS DE L'EXPÉRIMENTATION ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE.
De nombreux auteurs sans apporter un contingent d'expériences personnelles se sont cependant occupés de la question qui nous intéresse en publiant diverses critiques ou affirmations de l'indépendance lobaire hépatique et du double courant porte. Nous ne ferons que citer brièvement ces auteurs qui ont étudié la question sous un jour parfois intéressant, mais qui sort du cadre que nous nous sommes tracé. Ayant eu pour unique but l'étude de la question au point de vue de l'anatomie et de l’expérimentation anatomique, nous avons laissé de côté l'étude embryologique, histologique, anatomo-pathologique et clinique de la question, sans méconnaître pour cela les intéressantes données qu'une pareille étude pourrait nous fournir. Dans un précédent chapitre, nous avons étudié longuement toutes les recherches tentées par les partisans ou les adversaires de celte question pour la résoudre expérimentalement; nous ne ferons qu'indiquer ici ceux qui ont, en dehors de l’expérimentation, publié des travaux sur ce sujel.
Après avoir fait naître l’idée d'indépendance lobaire hépatique des enseignements de la elinique et tenté les premières expériences sur la question, Glénard a publié depuis lors de nombreux travaux où il confirme, encore au nom de la clinique, ses premières déductions, c'est-à-
dire l'indépendance absolue des lobes du foie et l’existence dans le tronc porte d'un double courant sanguin ayant comme corollaire obligé des accouplements fonctionnels différents entre les divers segments du tube gastro-intestinal et les deux lobes hépatiques droit et gauche. Ces accouplements, en dehors du double courant, seraient encore favorisés, pour Glénard, par l'action du système nerveux qui bloquerait un des accouplements pendant que l’autre fonctionnerait.
Pour corroborer ses nombreuses expériences anatomiques et physiologiques, Sérégé s'est adressé à l'embryologie, l'anatomie comparée, l'anatomie pathologique et la clinique et a tiré de l'étude de ces différentes sciences de nouvelles déductions favorables à la thèse qu'il soutient.
La masse hépatique, formée à l’origine par l’accolement des deux bourgeons intestinaux, n'aurait qu'extérieurement l'aspect d’un bloc compact et conserverait intérieurement la marque de cette fusion originelle qui ne serait qu'apparente, et par conséquent incomplète.
L'anatomie comparée montrerait d’ailleurs, si l’on en croit Milne-Edwards, que cette fusion incomplète se rencontrerait chez différents vertébrés, et que parfois la fusion des deux tubes intestinaux est si peu marquée que le foie est formé de deux portions distinctes.
L'anatomie pathologique a fourni à Sérégé de nombreuses observations où un principe pathogène, détaché d’un segment du tube gastro-intestinal, s'est embolisé dans le lobe du foie correspondant à ce segment, d’après la théorie du double courant et des accouplements fonctonnels.
Enfin la clinique lui a montré, comme à Glénard, l'existence de localisations lobaires hépatiques bien déter-