CHAPITRE II
OBSERVATION DE CRUVEILHIER |. — Dilatation des veines sous-cutanées abdominales; large communication de ces veines avec la veine porte, par l'intermédiaire de la veine ombilicale, qui avait conservé le calibre qu'elle présente chez le fœtus. (1)
Bressoles (Joseph), âgé de 48 ans, ancien militaire, entré à l'Hôpital St-Antoine pour une maladie qui offrait tous les signes rationnels et sensibles d'une squirrhe au pylore, présenta sous les téguments de l'abdomen, une dilatation veineuse, bien digne de fixer l'attention.
Sur la peau rampaient en zig-zag, de grosses veines semblables à de grosses sangsues, contournées sur elles-mêmes, à la manière des circonvolulions du cerveau,
Cette disposition s’étendait depuis le pubis et les arcades fémorales jusqu’à l’ombilic où existait un renflement du volume d’un orange de moyenne grosseur, surmonté d'une sorte d’appendice et représentant assez bien une hernie ombilicale : de ce renflement partaient deux veines un peu moins flexueuses et moins volumineuses que les précédentes. Ces veines pouvaient être suivies jusqu'à l'appendice xyphoïde, où elles se perdaient en devenant profondes.
La tumeur formée par cette réunion des veines dilatées, représentait la têle de Méduse dont parle M. Séverin; sa Leinte était violacée, sa consistance molle; elle s’affaissait par la compression et n'avail jamais fait éprouver aucune douleur.
Lorsqu'on faisait tousser le malade, on voyait la lumeur de l’ombilic (cirsonphale ou variconphale) éprouver une dilatation notable.
Le stéthoscope appliqué sur cette tumeur faisait entendre un bruissement léger.
(1) Observation et pièces pathologiques recueillies à l'hôpital Saint-Antoine dans le service de M. Kapeler et présentées à la Sociélé Anatomique par M. Sicaud.
PERTUrRE
Voici les renseignements qui ont été recueillis sur le développement de celte tumeur. En 1813, Bressoles fut fait prisonnier par les Hongrois, qui, pour venger la mort d’un de leurs camarades qu'il venait de tuer, lui donnèrent des coups de crosse de fusil dans le ventre et le laissèrent pour mort. Transporté dans un hôpital, il ressentit longtemps des douleurs à l'abdomen et sortit assez bien portant au bout de six mois de séjour.
Ce ne fut qu'en 1814, après sa rentrée en France, qu'il s’aperçut pour la première fois, en promenant sa main sur le ventre, de l'existence de veines bleuâtres très volumineuses, mais molles et indolentes ; il attribua leur formation à la fatigue du long voyage qu ’il venait de faire (300 lieues à pied).
Rentré dans la vie privée, ilse livre à une industrie commerciale et perdit tout son avoir. En 1818, il fut obligé pour gagner sa vie, de tourner une manivelle pendant loute la journée, genre d'occupation extrêmement fatigant, et sous l'influence duquel les veines dilatées s’accrurent d'une manière notable. Un médecin consulté lui ayant dit de ne rien faire, mais de changer d'état, il entre dans une maison de roulage où il fut employé à faire des courses. Depuis 4818, il paraît que les veines sont re$tées slationnaires ; en 1827, se manifestèrent les premiers accidents du côté de l'estomac. Le malade mourut le 14 janvier 1833, avec tous les symptômes d’une squirrhe du pylore.
Ouverture du cadavre : Hypertrophie des membranes muqueuses, fibreuses et museuleuses du pylore, et de la portion voisine de l'estomac. Rétrécissement très considérable de l’orifice pylorique. Rien de cancéreux dans cette altération.
Les veines sous-cutanées abdominales ont été injectées de gélatine colorée à laide d’un tube introduit dans l’une d'elles. L'injection n'a pas pénétré dans la portion des veines dilatées qui s’étendait de l'ombilic au sternum. »
Les veines iliaques et pelviennes, la veine cave ascendante étaient dans l’état naturel; les veines des extrémités inférieures n'étaient ni dilatées, ni variqueuses.
La veine ombilicale (V. 0.) et la veine porte (V. P. H.-V. P. V.) avaient recu l'injection; le tronc de la veine porte élait très volumineux; le canal veineux élait complètement oblitéré. Le foie était très pelit, mais sain. La rate presque aussi volumineuse que le foie, avait éprouvé cet état d'hypertrophie avec induralion qui est ordinairement la suite des fièvres intermittentes ; sa surface élait parsemée de plaques cartilagtneuses. Les parois abdominales et le foie, adhérant à l'ombilie à l'aide de la V.0.,ayant été détachés pour être présentés à la Sociélé anatomique, j'ai examiné avec beaucoup de soin cette pièce pathologique qui ma ES la disposition figurée planche VI, XVI: livraison.
Les veines dilatées étaient situées entre la peau et une lame fibreuse très mince qui les séparait de la gaîne des muscles droits. Cette lame était évidemment le fascia superficiel de l'abdomen. La peau était soulevée et amincie au niveau de chaque circonvolution veineuse. Elle constituait une sorte de kyste glissant librement sans adhérence sur la veine, comme s'il y avait une membrane séreuse interposée à la veine et à la peau. Quelques circonvolutions seules adhéraient à la peau, à l'aide d’un tissu cellulaire extrêmement délié. Des prolongements fibreux et indurés de la peau au fascia superficiel, séparaient