‹ Contribution a l'etude de la Colite Amibienne Chronique EuropeenneChapitre 17 sur 33 · DIAGNOSTIC CLINIQUE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC CLINIQUE

L’amibiase intestinale chronique pouvant simuler de très nombreuses affections, il nous est impossible d’énumérer ici toutes les maladies avec lesquelles elle peut être confondue. Nous ne ferons donc pas de chapitre spécial pour le diagnostic différentiel. Nous savons que la colite amibienne peut prendre l’apparence de toutes les colopathies en commençant par les banales colites muco-membraneuses. D'autre part, il ne faut pas la confondre avec une rectocolite hémorragique, avec une diverticulite sigmoïdienne, avec une tuberculose, une syphilis ou avec un néoplasme colique. Souvent la colite amibienne empruntera les symptômes de la pathologie gastrique : Dyspepsie, embarras gastrique, aérophagie, ulcères gastro-intestinaux, etc... D’autres fois, elle paraîtra sous forme d’insuffisance hépatique, d’infection biliaire ou de colique hépatique. Dans certains cas, elle prendra l’aspect d’une appendicite ou d’une salpingoovarite droite. En présence d’hémorroïdes ou de fissures anales, on cherchera parmi d’autres causes aussi la possibilité d’une amibiase camouflée. Les altérations de l’état général en imposent pour une tuberculose pulmonaire, pour un cancer profond ou pour toute autre maladie cachectisante. Aussi peut-on souvent passer à côté d’une amibiase à cause de son polymorphisme extraordinaire.

Il y a, par contre, une série d’affections capables de provoquer cliniquement un syndrome dysentérique plus ou moins typique, mais d’étiologie tout à fait différente. On doit ainsi éliminer tous les troubles intestinaux et surtout toutes les diarrhées liées à des embarras gastriques, indigestions, intoxications alimentaires, erreurs de régime, absorption de médicaments mal supportés. On pensera à la possibilité d'aliments provoquant des réactions anaphylactiques ou idiosyncrasiques comme les œufs, le lait, le chocolat, le poisson et autres. On peut voir un syndrome dysentérique « dans toutes les poussées aiguës ou chroniques,

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spécifiques ou non, accompagnées d’inflammation rectale quelque peu marquée, dans le cancer du rectum ou au cours de rétrécissements rectaux ». Les insuffisances digestives gastriques, hépatiques, pancréatiques ou intestinales peuvent créer des troubles analogues. Nous ne faisons que mentionner les perturbations de la flore intestinale ; les infections possibles comme la colibacillose, la dysenterie bacillaire ; les parasitoses comme Lamblia et Trichomonas et les helminthiases.

Diagnostic positif.

Si nous ne connaissons aucun symptôme clinique pathognomonique de la colite amibienne, il y a pourtant certains signes qui font penser à la possibilité d’une étiologie amibienne de troubles d'apparence banale.

La résistance au traitement habituel.

« Une colite amibienne larvée ne diffère, en effet, d’une endocolite muqueuse que par son caractère tenace et rebelle » (CHIRAY). La résistance au traitement habituel des troubles observés attire souvent l’attention du médecin. Ce sont ces cas qui découragent le malade comme le médecin par la persistance des symptômes souvent pénibles, ne cédant à aucune des thérapeutiques généralement rapidement efficaces dans des cas similaires. Une constipation opiniâtre ne cédant à aucun laxatif, ni à aucune cure thermale, des troubles gastriques réfractaires au traitement symptomatique, une diarrhée tenace, rebelle à la diététique, aux astringents et aux opiacés, peuvent faire suspecter l’amibiase camouflée. Cette évolution de la colite parasitaire, déconcertante par sa ténacité et par sa résistance aux médications gastro-intestinales habituellement efficaces, a une grande valeur diagnostique et elle doit toujours faire rechercher les autres signes d’amibiase.

La congestion douloureuse du foie.

C’est là un signe caractéristique de la colite amibienne. Existant seule, sans aucun autre signe de colite, elle peut être prise pour une affection uniquement hépatique comme nous l’avons déjà signalé dans les formes cliniques.

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L'hépatite-symptôme existerait toujours en cas de colite d’après CHIRAY, LARDENNOIS et BAUMANN. Le foie est augmenté de volume et cause souvent une sensation de tension, de pesanteur avec irradiations dans la région dorso-lombaire. La palpation est douloureuse, surtout au lobe droit. Un certain malaise peut persister assez longtemps après la palpation profonde. « Aussi — dit CHIRAY — quand chez un ancien combattant comme il arrive généralement, on se trouve en présence de petits troubles hépato-intestinaux de ce genre, avec des diarrhées intermittentes si on perçoit un foie augmenté de volume, sensible à la palpation ou même spontanément, on peut presque à coup sûr, affirmer l’existence d’une colite amibienne méconnue. En l’absence de toute donnée de laboratoire, on est alors en droit de tenter

l'épreuve thérapeutique ».

La frilosité.

La frilosité est également un signe fréquemment rencontré dans les colites amibiennes. Les malades ont toujours froid et n’arrivent pas à se réchauffer.

La rachialgie.

Cette douleur que nous avons signalée dans les formes cliniques comme pouvant simuler le lumbago banal, est un autre signe caractéristique de la colite amibienne auquel CARNOT donne la valeur d’un test clinique. Ces douleurs lombaires peuvent, en effet, accompagner toutes les colites sigmoiïdiennes. Dans l’amibiase, elles paraissent surtout déclenchées par l’influence du climat et par le froid. CHIRAY et ses collaborateurs ont eu l’occasion de dépister par ce signe quelques amibiases larvées et ils soulignent sa grande importance diagnostique.

Les crises dysentériques antérieures.

Des crises antérieures plus ou moins typiques peuvent mettre sur la voie du diagnostic. Mais, souvent, le malade en a presque oublié l'existence ou il omet d’en informer son médecin, parce qu’il ne peut croire à un rapport entre elles et ses troubles actuels. Cet anamnestique, s’il existe, est d’une importance capitale et BAUMEL « affirme l’existence d’une amibiase chronique, lorsque le syndrome de primo-infection est patent dans le passé ».

ESS GR La possibilité du contage.

Au moindre soupçon et d'autant plus si un des signes énumérés plus haut existe, on cherchera par une enquête minutieuse la possibilité d’une contamination qu’aurait subie le sujet. Souvent, le malade a-t-il fait un séjour aux pays chauds ou même seulement dans un des grands ports européens où règne maintenant l’amibiase à l’état endémique. Quelquefois, le malade était en contact avec des coloniaux rapatriés ou avec des indigènes des pays chauds.

Les séjours les plus courts dans les pays à amibiase suffisent pour contaminer un sujet. Voici un bel exemple que nous devons, comme les observations précédentes, au Docteur Georges ROSANOFF

OBSERVATION N° 5 (résumée)

Le malade, pâtissier de profession, vient consulter pour un syndrome d’entéro-colite muco-membraneuse avec aérophagie, petits frissonnements, points douloureux sous-hépatiques d’origine colique droite (ou vésiculaire ?) Il n’a pas de vomissements, mais présente de la somnolence postprandiale et de l’asthénie chronique, — troubles dont il souffre depuis plusieurs années et que le traitement habituel n’ont pas atténués. Devant ce syndrome, on pouvait se demander si l’on était en présence d’un syndrome colitique ou vésiculaire. Or, l’interrogatoire apprend qu’il a passé cinq jours au Maroc cù il a eu une indigestion avec fièvre.

Aucun examen des selles n’a été pratiqué.

Sur ces données, on prescrit un traitement au stovarsol et à la pâte de Ravaut. Revu 15 jours plus tard, le malade va très bien. Il n’a plus de somnolence, ni asthénie, ni douleurs. La guérison s’est maintenue après un an.

OBSERVATION N° 6 (résumée) (due à l’obligeance du Docteur Georges ROSANOFF)

Le malade, âgé de 60 ans, vient consulter pour borborygmes et quelques rares crises diarrhéiques inconstantes, le tout datant d’un an environ. Le malade n’a jamais quitté la France. Il a été vu par plusieurs médecins dont un a fait pratiquer un examen des selles qui a été négatif. Il montrait tout au plus une hypermotricité colique.

A l’examen, on trouve un ventre ballonné et gargouillant. A la radio après lavement baryté, on ne trouve rien d’anormal. On institue un régime sans farineux, bismuth, inolaxine, mais

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les mêmes symptômes persistent malgré une amélioration légère.

Un deuxième traitement au charbon et aux mucilages est également sans résultat.

Un troisième essai avec des vaccins intesinaux et la vitamine C n’agit pas davantage.

Après trois mois de traitements plus ou moins infructueux, on apprend que le malade avait reçu la visite de son fils, militaire en Indochine, atteint de dysenterie amibienne. Un examen des selles chez notre malade est négatif, mais le traitement d’épreuve obtient en 48 heures la cessation immédiate des symptômes. La guérison persiste encore six mois après ce traitement.

Le contact personnel avec les porteurs de germes n’est même pas nécessaire pour contracter l’amibiase. Il suffit qu'un ancien combattant de la grande guerre ait occupé pendant un certain temps les tranchées de la Somme, de Verdun ou d’autres régions, qui étaient occupées antérieurement par des troupes africaines.

Dans de nombreux cas, la contamination est d’origine familiale, comme dans l’observation citée de RACHET (forme pseudo-appendiculaire). FERROIR a eu l’occasion d’observer une enfant qui présentait des troubles colitiques avec présence d’amibes dans les selles. Une enquête familiale permit de savoir que la mère présentait depuis des années une diarrhée chronique. Un examen des selles de la mère permit de trouver des amibes et un traitement émétinien a pu guérir la mère et l’enfant.

DIAGNOSTIC COPROLOGIQUE.

Dans toutes les affections gastro-intestinales suspectes, on est amené à pratiquer un examen des selles.

L’amibe dysentérique.

Nous avons déjà décrit les caractères morphologiques de la forme végétative mobile. Elle se trouve rarement dans les formes larvées qui nous préoccupent surtout ici. Pour la trouver, il faut faire un examen des selles non refroidies. Il faut recueillir les matières non souillées d’urine dans un récipient propre, chauffé, ne contenant aucun antiseptique et procéder immédiatement à leur examen, au plus tard 20 minutes après leur émission. S’il est possible, il est préférable de faire un prélèvement direct au rectoscope pour

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augmenter ainsi la probabilité de trouver des amibes pathogènes. On a seulement le droit de porter le diagnostic positif si les amibes sont mobiles, avec ectoplasme et endoplasme nettement différenciés et si elles contiennent des hématies.

Le kyste amibien.

Plus souvent que la forme végétative, on trouve la forme de résistance, le kyste, dans les matières des colitiques chroniques. Comme les kystes sont très résistants, on peut les chercher dans des selles refroïdies, même datant de quelques jours. Une très bonne méthode est celle de DEs- CHIENS, selon laquelle on fait la recherche des kystes pendant sept jours consécutifs, dans des échantillons de selles conservées dans du liquide formolé salé dès leur émission. Malgré la répétition des examens et l’emploi des méthodes d’enrichissement (TELEMANN, CARLES et BARTHÉLEMY), on ne trouve très fréquemment ni amibes, ni kystes, même après irritation de la muqueuse par laxatifs, cholagogues, extraits biliaires ou drastiques ou encore après réactivation de l’amibiase par lavements iodo-ioduré ou par injection intra-veineuse de cyanure de mercure.

La co-existence d’autres parasites.

L’amibiase peut être associée à des Lamblias (Giardia intesinalis) et peut être masquée par elles. Une helminthiase (Trichécéphales, Ankylostomes), n’exclut pas non plus l’existence d’une amibiase.

Le chimisme des selles.

Nous avons déjà décrit l’aspect macroscopique des selles et leur fréquence. Il convient toutefois de souligner encore une fois la présence d’un abondant mucus. Comme en clinique, anatomie et rectoscopie, l’analyse chimique ne révèle qu’une formule de colite banale ou de typhlocolite : Hyperacidité caecale avec augmentation du taux de l’'ammoniaque.

Hémorragies occultes,

On peut trouver, surtout dans les cas de colite sévère, de petites hémorragies occultes, des quantités anormales de nucléoalbumines et d’albumines solubles, des cristaux de CHARCOT-LEYDEN.

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