COMPLICATIONS
Nous ne parlerons pas ici de l'extension de la dysenterie amibienne à d’autres organes tel que l’amibiase hépatique, pulmonaire ou cérébrale, La colite amibienne peut entrainer un certain nombre de complications non amibiennes dont nous allons énumérer les principales.
La colibacillurie :
La colite amibienne se complique très fréquemment de troubles urinaires. La colibacillurie, avec ses poussées fébriles coïncidant avec des épisodes colitiques est si commune, que CHIRAY se demande « s’il n’y a pas de relation de cause à effet entre l’amibiase autochtone et les véritables épidémies de cystite et de pyurie à colibacilles qui ont été observées depuis la guerre dans certains de nos ports et dans nos régions envahies. Quoi qu’il en soit, ces colibacilluries ne cèdent qu’au traitement spécifique ».
Dans ces cas, l’amibiase intestinale est le plus souvent méconnue et le traitement anticolibacillaire seul reste inactif. En présence d’antécédents suspects ou en raison de particularités cliniques, on pensera à l’amibiase.
OBSERVATION N° 3 (très résumée) (Inédite, due à l’obligeance de M. le Docteur Georges ROSANOFF)
Un malade vient consulter pour colibacillose chronique avec troubles digestifs à type intestinal et avec retentissement hépatique. Ce malade avait déjà consulté différents médecins à Paris qui, en raison du gargouillement et des gaz, l’avaient traité pour insuffisance pancréatique. Or, on apprend que le sujet a voyagé aux colonies. On applique un traitement d’épreuve à la pâte de Ravaut et au stovarsol, qui fait disparaître tous les troubles cliniques, et à notre grande surprise, les colibacilles qui, jusque-là, avaient résisté à tous les traitements spécifiquement colibacillaires.
OBSERVATION N° 4 (très résumée) (Inédite, due à l’obligeance de M. le Docteur Georges ROSANOFF}
Un autre malade, médecin français, souffre également d’une colibacillose chronique résistant à toutes les médications habituelles. Il présentait des troubles digestifs divers tels que douleurs abdominales fréquentes, frilosité, céphalées, digestions difficiles après les repas. En raison d’un séjour aux armées dans les Dardanelles en 1915, on suspecte l’amibiase et l’épreuve du traitement est instituée. La thérapeutique antiamibienne fait rapidement disparaître tous les troubles digestifs, mais les colibacilles persistent, Un traitement anticolibacillaire banal est alors appliqué, qui fait disparaître les colibacilles.
La dégénérescence néoplasique :
L’amibiase chronique prépare assez souvent le lit au cancer. Le diagnostic en est d’autant plus difficile qu’il y a, comme nous l’avons vu, des formes pseudo-cancéreuses. Si une biopsie positive a une grande valeur diagnostique, la biopsie négative ne suffit pas pour exclure la possibilité d’un néoplasme, car elle peut être faite sur une partie non cancéreuse, tandis que la tumeur évolue sur une autre partie de la muqueuse. Dans ces cas, il faut répéter les biopsies et instituer un traitement d’épreuve, pour faire le diagnostic entre une forme amibienne pure et une forme associée au cancer.
La tuberculose pulmonaire.
L’atteinte de l’état général peut être telle qu’elle crée un terrain propice à la tuberculose. Dans un cas de RisT, un soldat a contracté la dysenterie devenue chronique. « Elle a déterminé un état de dénutrition accentué au cours duquel éclot une tuberculose pulmonaire. Le rôle de la dysenterie dans le déclenchement de la tuberculose ne saurait être négligé ».
Colites para et méta-amibiennes.
Les complications les plus fréquentes de la colite amibienne sont des colites banales dont l’amibiase n’est que la cause indirecte. C’est la parasitose qui a préparé le terrain sur lequel elles se greffent. Ces réactions colitiques, parfois
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graves, surviennent tantôt au cours d’une amibiase en évolution. Ce sont alors des « colites para-amibiennes » (MORÉNAS) ou « suramibiennes ». Tantôt, elles affectent des amibiens guéris. On a appelé ces colites banales résiduelles « méta-amibiennes » (MORÉNAS) ou « post-dysentériques » (CARLES et BONNIN).
Ces colites peuvent survenir à n’importe quel moment de l’évolution de l’amibiase, ou plus ou moins longtemps après sa guérison. Elles sont rebelles à la médication spécifique. MORÉNAS les classe en deux catégories :
1. Les colites diffuses, ulcéreuses et hémorragiques. MORÉNAS rapporte le cas instructif d’une Italienne de 37 ans, qui entre à l'hôpital en pleine poussée hémorragique. Elle avait une dysenterie amibienne typique rapidement guérie il y a 16 mois. Depuis deux mois, elle souffre d’épreintes et de ténesmes et surtout d’une poussée colitique intense avec émission de selles semi-liquides, enrobées de sang d’abord. Puis les évacuations deviennent franchement liquides, rougeâtres, intimement mélangées de sang et de flocons de mucus. Elle a 10 à 20 selles par jour. De multiples examens coprologiques minutieux restent négatifs. Le traitement par l’émétine, stovarsol et pâte de Ravaut est inefficace. MORÉNASs institue alors la thérapeutique des colites hémorragiques non spécifiques : lavement mucilagineux au collargol, injection de bacté-intestiphage. L’amélioration est immédiate et, en quelques jours, la guérison est complète. Il y a lieu de croire que beaucoup de colites survenant chez d’anciens amibiens qui ne cèdent pas au traitement spécifique, rentrent dans cette catégorie.
2. Colites segmentaires et suppurées. Elles peuvent être localisées au caecum. Il s’agir alors de typhlocolites se manifestant cliniquement comme une appendicite chronique. Plus fréquemment, elles atteignent le sigmoïde avec la symptomatologie de périsigmoïdite ou de diverticulite, pouvant même donner lieu à des péritonites enkystées et à des abcès pelviens. Comme dans les colites diffuses, l’examen des selles reste toujours négatif, le traitement spécifique inefficace.
Comme cause de ces colites para ou méta-amibiennes, on doit surtout incriminer l'infection bactérienne. Nous avons déjà vu la fréquence de la colibacillose compliquant l’amibiase intestinale. Dans les colites segmentaires suppurées, le rôle de l’association bactérienne est patent.
ce Ces colites guérissent par un traitement dirigé contre la colite infectieuse. Quelquefois, on doit faire une intervention chirurgicale à cause des suppurations localisées.
SEQUELLES.
La colite méta-amibienne n’est pas la seule cause de troubles colitiques survenant après la guérison de lPamibiase. Les ulcérations amibiennes laissent, dans certains cas, des cicatrices indélébiles dont on peut voir les traces à l’autopsie, 20 à 40 ans après leur guérison. Ces ulcérations ont causé des mutilations glandulaires, musculaires et surtout nerveuses, qui engendrent des troubles divers appelés « Entéro-névrose » par CARLES, « Sympathose abdominale » par LAIGNEL-LAVASTINE, « Entéro-névrite » par LŒPER.
Les porteurs de ces lésions sont des « éclopés du ventre » (CARLES et BONNIN). Les uns ont de la diarrhée (hypersécrétion, mucorrhée, diarrhée nerveuse), d’autres de la constipation. Certains ont des alternatives de diarrhée et de constipation, mais CARLES et BONNIN insistent surtout sur le fait que les malades souffrent. Ils ne vont jamais bien. Leur état n’est guère amélioré par le régime. A des troubles de dyspepsie gastrique s'ajoutent des symptômes dont l’origine neuro-végétative est nette : Douleur épigastrique solaire exquise, tachycardie, hypotension, instabilité du pouls, cyanose et transpiration facile des extrémités.
CONCLUSION
Pour la clarté de notre exposé clinique, nous avons nettement séparé les différentes manifestations de l’amibiase colique. En réalité, les divers processus s’intriquent souvent, se superposent, et il est souvent impossible de distinguer ce qui relève de l’une ou de l’autre cause. Dans un syndrome gastro-entéritique, il sera difficile de dire ce qui revient à l’amibiase même, à la colite banale concomitante ei à l’entéronévrite, Le parasitisme rend le colon fragile. A côté des ulcérations ou d’autres lésions anatomiques, il faut compter avec une certaine insuffisance fonctionnelle . aux effets de l'infection secondaire et des mutilations nerveuses, s'ajoutent ceux de la résorption du contenu toxique du côlon, ce qui explique les symptômes d’auto-intoxication. On peut même supposer qu’à la suite des lésions muqueuses
Re se sont établies des sensibilisations locales ou générales pouvant causer des réactions d'ordre anaphylactique.
Le tableau clinique de la colite amibienne est ainsi composé d’une foule de facteurs pathologiques qui s’enchevétrent et se superposent dans leur action. JUSTIN-BESANÇON et CACHERA ont pu constater « la multiplicité et l'extrême diversité des résonnances éveillées dans V’organisme entier par les affections du côlon ». Ceci est tout aussi vrai pour la colite amibienne.
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