LE TRAITEMENT D’EPREUVE
Nous venons de voir que les signes cliniques, rectoscopiques et radiologiques ne peuvent apporter aucune certitude diagnostique, que les notions de contage ou de crises antérieures peuvent manquer, et que le signe pathognomonique, la présence d'amibes ou de kystes, manque dans les 4/5° des cas. Nous sommes donc obligés d'employer le traitement antiamibien dans tous ces cas, malgré que leur étiologie amibienne n’est rien moins que démontré. Or, cette thérapeutique s’est révélée une vraie pierre de touche et le traitement d’épreuve a une valeur pratique considérable. On doit l’employer dans tous les cas douteux et le poursuivre au moins deux semaines. Une amélioration nette et rapide confirme le diagnostic d’amibiase. Dans des cas d’amibiase qui trainaient depuis des années ou même des dizaines d’années, le traitement spécifique a pu faire disparaître en quelques jours les troubles les plus tenaces. Le traitement antiparasitaire n’est pas seulement très rapidement efficace, mais ses effets sont souvent paradoxaux et illogiques en apparence. Le stovarsol, par exemple, est souvent mal supporté par les hépatiques. Or, chez les colitiques amibiens, au lieu d’aggraver les troubles hépatiques dont ils souffrent tous plus ou moins, il les guérit et souvent
Re Cie
d’une façon définitive. Un autre exemple des effets surprenants du stovarsol est le malade de DELACROIX et Georges Rosanorr. Ce sujet, atteint de constipation opiniâtre, déclarait ainsi que le stovarsol était pour lui le meilleur laxatif ! Des colibacilloses avec poussées fébriles peuvent être rapidement guéries par le seul traitement antiamibien qui, en faisant disparaître les protozoaires, entrave le développement excessif des colibacilles.
L'épreuve du traitement est tout à fait inoffensive et on ne doit jamais manquer de la faire dans les cas dont l’étiologie reste douteuse. En pratique, il est même souvent préférable de l’employer d’emblée avant l’examen coprologique, car les malades hésitent quelquefois d’entreprendre un traitement antiamibien quand ils ont appris que l’analyse des selles, même très minutieuse, a été négative.
Souvent en pratique, surtout en pratique militaire, on manque de temps ou de moyens pour faire les enquêtes étiologiques nécessaires. Alors le traitement d’épreuve est la seule ressource pour le médecin traitant.
OBSERVATION N° 7 (résumée) (Personnelle)
Nous avons eu l’occasion d’observer un malade à l’hôpital militaire de Saïda (Algérie) au début de l’année courante. Le malade hospitalisé pour une plaie infectée de la jambe, est en même temps atteint d’une rectocolite avec épreintes et ténesmes qui l’obligent d’aller à la selle jusqu’à 15 fois par jour. Le volume des selles est peu considérable malgré les fortes coliques et les besoins impérieux. Les matières fécaloïdes, très molles, brunjaunâtres, sont mêlées de mucus et couvertes d’une mousse abondante. Il n’y a pas de membranes, ni de sang. On cherche à enrayer cette diarrhée par des désinfectants intestinaux (charbon, béta-naphtol), mais il n’y a aucune amélioration. Alors un traitement anti-amibien est institué : Deux comprimés de stovarsol par jour, pendant quatre jours consécutifs. Après trois de ces séries séparées, un intervalle de huit jours l’une de l’autre, le malade est grandement amélioré. La fréquence et Ja douleur des défécations sont considérablement réduites.
Sa plaie étant guérie, le malade sort de l’hôpital et le traitement stovarsolique est abandonné. Dans l'impossibilité de reprendre ce traitement, le malade souffre encore aujourd’hui, trois mois après le début, de sa colite. Il a deux à trois selles par 24 heures dont une au moins la nuit. Quelquefois, il y trouve même des traces de sang. Nous croyons pouvoir affirmer qu’il s’agit là d’une colite amibienne qu’on aurait intérêt de soigner intensivement pour éviter que ce malade quand il sera rapatrié en France, n’y dissémine l’amibiase.
Res
Le traitement d’épreuve acquiert ainsi une valeur diagnostique presque absolue. Son emploi est facile et beaucoup plus pratique que toutes les autres méthodes d’examen. On pourra objecter que le traitement anti-amibien n’est pas spécifique et que des colites banales peuvent être influencées par lui, Ce n’est vrai qu’en partie. Nous savons bien que les colites non amibiennes peuvent être améliorées par un traitement stovarsolique ou autre, mais jamais la guérison est aussi prompte et durable. D’autre part, on obtient dans ces cas les mêmes résultats par des médications symptomatiques, inefficaces dans les amibiases. Les colites amibiennes, par contre, ne réagissent qu’au traitement spécifique et s’aggravent chaque fois que ce traitement est interrompu ou remplacé par une médication banale.
Nous tenons à citer textuellement divers auteurs qui font autorité en matière d’amibiase chronique. Tous s’accordent à voir dans le traitement d’épreuve un véritable test diagnostique, d’une importance pratique indéniable :
CHIRAY, LARDENNOIS et BAUMANN : « Cependant, il faut se rappeler que plusieurs examens sont nécessaires, qu’on peut se trouver dans une période négative et que malgré les prélèvements « in situ », les recherches demeurent souvent infructueuses, alors que le parasite existe réellement. Pourquoi hésiter, si les signes ou les présomptions sont favorables, à instituer d'office la cure spécifique, soit par l’émétine, soit par les arsénobenzols ? C’est ce traitement d’épreuve inoffensif qui sera comme une pierre de touche et permettra de sortir des incertitudes ». Malgré ces précautions, il est fréquent de ne rien trouver. Dans les amibiases nostras, c’est même presque Ja règle. Il ne faut pas se hâter d’en conclure à la non-existence d’une infestation amibienne ».
BAUMEL : Quand on se trouve en présence d’un examen des selles négatif, il ne faut pas en inférer fatalement que l’amibiase n’est pas en jeu, et ce, pas plus qu’on ne rejette l’existence d’une syphilis, parce qu’une réaction de BORDET-WASSERMANN a été négative. Pour se mettre cependant dans les meilleures conditions possibles et pour avoir le plus de chances de voir des kystes, il est bon de faire les recherches sur des échantillons recueillis chaque jour, pendant sept jours consécutifs, et mis dès leur émission, dans un liquide formolé salé. C’est là la méthode préconisée par DESCHIENS. Hâtons-nous de dire que même dans ces conditions, chez des amibiens avérés, on n'a pas toujours un résultat positif ».
Racuer : En présence de toute colite qui n’a pas fait Sa preuve, même en l’absence de parasites dans les selles, dès qu’on