INTRODUCTION
La plupart des auteurs ramènent la corrosion du fer à des couples électriques. Parmi les-principaux, on peut citer :
a) Les couples dûs aux impuretés. — La supériorité des fers anciens sur les aciers extra-doux — comme celle des fers purs modernes du type Armco — est vraisemblablement due à leur plus grande pureté, particulièrement en soufre et en manganèse.
b) Les couples dûs aux différences d’écrouissage, la partie la plus écrouie jouant le rôle d'anode; d’après les travaux de WALker et Drzz (), la faction, la torsion ne modifieraient le potentiel du fer que de quelques centièmes de volts au maximum.
c) Les couples dûs aux inégalités de trempe. — D’après TAMMANN (?), le fer trempé serait moins noble que le fer recuit, mais les couples ainsi créés auraient ainsi une force électromotrice très faible.
d) Les couples d'aération différentielle. — Ces couples, mis en évidence par Evans (3), en 1924, paraissent jouer un rôle capital dans la rouille, puisqu'en les provoquant, on peut corroder même les métaux dits «incorrodables ».
Comme ils se ramènent à des couples entre fer passif et fer actif, le fer passif étant constitué par l’électrode aérée, il nous a paru opportun d'étudier d’abord en détail la « passivation » et « l’activalion ».
Ce travail a été effectué au laboratoire de chimie industrielle de l’Institut Chimique de Nancy, sous la bienveillante direction de M. le professeur TRAVERS, Directeur de l’Institut. Qu'il veuille bien me permettre de lui exprimer ici ma bien vive gratitude pour les conseils qu’il n’a cessé de me prodiguer au cours de ces recherches.
J’adresse aussi tous mes remerciements à la Direction du Service des Recherches de l’Aéronautique, pour la bourse qui m'a permis de mener à hien ce travail.
4) WALxERr et Dicz. — Trans. Am. electr. Soc. II, (1907), 153.
(2) TAMMANN. — Z. Anorg., 173, (1928), 141.
Z. f. Electr., 35, (1929), 23.
(3) U. R. Evans. — Chem. Met. Eng., 30, (1924), 949.
EXPÉRIENCES QUALITATIVES RELATIVES au COUPLE d'AÉRATION DIFFÉRENTIELLE
Ce couple constituant, à notre avis, l’une des causes les plus importantes de la rouille, nous donnerons d’abord quelques expériences qualitatives très suggestives (1).
Nous diviserons ces expériences en deux parties :
1° La corrosion du fer électrolytique et des aciers ordinaires ;
2° La corrosion des aciers spéciaux: aciers au chrome, au nickel-chrome.
L — CORROSION du FER ÉLECTROLYTIQUE et des ACIERS ORDINAIRES
Sur la face polie d'un échantillon d'acier, nous avons fait des rayures profondes de quelques dixièmes de millimètre, des excavations circulaires à la bille de Brinell et au pointeau. Puis, l'échantillon a été placé dans une solution
de chlorure de sodium à 3 %, un courant d'oxygène arrivait dans la solution horizontalement et parallèlement à la surface de l’acier.
L’acier commence à se corroder, après un quart d'heure, dans les rayures, alors que la surface polie reste brillante. Par contre, les zones correspondant à l'impression à la bille de Brinell et au pointeau ne sont pas atitaquées : les accidents de surface ainsi créés ne sont pas assez profonds pour provoquer une différence d'aération suffisante entre ces parties et la surface polie.
Le fer électrolytique, soumis à la même expérience, montre de plus de petites piqûres sur la surface polie, provenant de la nature poreuse du métal. Au microscope à très fort grossissement, en effet, on voit nettement de petits trous à la surface de ce fer.
L'expérience contraire a été faite, en faisant passer cette fois un courant d'azote industriel au lieu de courant d'oxygène. Dans ce cas, des traces de corrosion seulement apparaissent au bout de 24 heures; la raison en est la faible quantité d'oxygène que contient l'azote (1 à 2 %).
(1) Certaines de ces expériences ont été nuses au point, dans notre laboratoire, par M. BERTRAND,