‹ Contribution à l'étude de la Dermite Chronique Humide du Cuir CheveluChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

La dermite chronique humide du cuir chevelu chez les enfants était objectivement connue dès la plus haute antiquité; mais nous ne trouvons nulle part une description spéciale de cette affection, car tous les auteurs qui se sont occupés des maladies du cuir chevelu ont rattaché cette dermatose à l’eczéma chronique, de sorte que Phistorique de la dermite chronique humide se confond avec celui de l'eczema capitis des auteurs.

Dans notre historique, nous nous servirons souvent du terme d’eczéma pour nous conformer à la dénomination adoptée par les auteurs, mais nous faisons observer que, pour nous, l’affection que nous décrivons forme un type clinique spécial et qu’elle doit être, à ce titre, distinguée de l’eczéma chronique du cuir chevelu.

Il est très difficile de retrouver dans les ouvrages de l'antiquité les passages se rapportant à la dermite chro-

ERRRES

nique humide du cuir chevelu, car le terme d’eczéma ne se trouve ni dans les écrits d’Hippocrate, ni dans ceux de Celse et de Galien, et bien souvent ces auteurs confondaient entre elles les diverses maladies cutanées. Aïnsi, dans Hippocrate, nous ne trouvons aucune description assez précise pour qu’il nous soit permis d’affirmer que la description que nous lisons se rapporte à telle ou telle affection du cuir chevelu que nous avons sous les yeux.

Les anciens connaissaient cependant l'affection décrite aujourd’hui par les auteurs sous le nom d’eczéma chronique du cuir chevelu.

Ainsi Celse décrit sous le nom de porrigo toutes les affections squameuses du cuir chevelu, et dans une de ses descriptions il parle nettement d’une forme spéciale, le porrigo humide, qui ne peut être que la dermite chronique humide du cuir chevelu. Les auteurs latins qui, après Celse, se sont occupés des affections de la peau, décrivent, eux aussi, cette forme humide de porrigo, mais sans connaître sa véritable nature.

D'un autre côté, les Grecs connaissaient, eux aussi, Peczéma du cuir chevelu; c’est ainsi que nous trouvons décrite dans Galien et dans ses successeurs, sous le nom d’ayxop, une affection du cuir chevelu caractérisée par des ulcères d’où s’échappe par de petites ouvertures un liquide ténu, visqueux, dont la consistance tient le milieu entre celle du miel et celle de l’eau.

C'est dans les écrits d’Aetius d’Amide qu’il est pour la première fois mention du terme Eczéma. Il entend par là des phlyctènes chaudes et douloureuses qui se transforment en ulcérations. À ces caractères on reconnaît notre eczéma. Parmi les Grecs qui se sont encore occupés de la

question nous devons citer Alexandre de Tralles, qui sous le nom d'æyop décrit une affection humide de la tête, qu’il distingue nettement du pityriasis et du favus ; Paul d'Ezince qui sous le nom d’éxésuaræ décrit des pustules sans pus. Les médecins arabes, entr’autres Avicennes, ont décrit sous le nom de sahafati humida, ulcera capitis manantia, des lésions qui correspondent à la dermite chronique humide du cuir chevelu.

Nous arrivons ainsi au moyen âge et là nous trouvons Johannus Gorrheus, Manardus et Mercurialis, qui, sans parler clairement de l’eczéma du cuir chevelu, paraissent en avoir observé des cas. C’est ainsi que Mercurialis dé crit des ulcera capitis humida, à la surface desquelles on voit des foramina ex quibus manant humores tenues et modice ylutinosæ, ulcères humides de la tête, à la surface desquelles on voit des ouvertures d’où s’écoulent des humeurs claires et légèrement gluantes ; le tout succédant à une vive démangeaison obligeant le malade à se gratter et s’accompagnant souvent d’alopécie et de pityriase, Il n’est pas douteux qu’il ne s’agisse ici de l’eczéma humide du cuir chevelu, d’abord humide, suintant, puis se desséchant par concrétion des croûtelles et se terminant enfin par une desquamation pityriasiforme.

Nous retrouvons encore des caractères de la dermite chronique humide du cuir chevelu dans la tinea amedosa de Guy de Chauliac, et dans la #inea corrosiva d’Ambroise Paré.

Dans son traité intitulé Nosologia methodica, Sauvages décrit d’une manière tout à fait exacte l’eczéma de la tête et de Ja face chez les jeunes enfants, et il fait remarquer qu’on observe cette affection chez les enfants scrofuleux.

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Van Swieten parle clairement d'enfants qui sont atteints sur le cuir chevelu, d’une exsudation séreuse âcre, dont l'irritation les pousse à se gratter.

Lorry, dans son 7ractatus de morbis cutaneis, parle d’une affection survenant chez les enfants, commençant par une démangeaison persistante et puis apparaissent des pustules séreuses au début, mais bientôt remplies d’un mucus épais.

Nous arrivons ainsi aux noms de Willan et d’Alibert. Willan, le premier, attacha à la dénomination d’eczéma la signification que nous lui attribuons encore aujourd’hui. Alibert a parfaitement décrit la dermite chronique humide du cuir chevelu, mais sans connaître sa véritable nature, puisqu'il range cette affection parmi les teignes, teigne muqueuse. Dans sa description de la teigne muqueuse, Alibert distingue cette affection, d’un côté des croûtes de lait qui ne se prolongent pas au delà de la lactation, il la distingué, en outre, des autres espèces de teignes qui attaquent profondément le cuir chevelu, tandis que sa teigne muqueuse est caractérisée par des ulcéra tions superficielles qui dégradent d’une manière spéciale le cuir chevelu et qui peuvent se porter au front, aux tempes, aux oreilles, à la nuque. À ces ulcérations succè dent la plupart du temps des croûtes grisâtres ou jaunàtres. L'évolution de la maladie s’accompagne de déman geaisons assez vives.

Pour Alibert il y a trois modes de début de cette affection : 1° par des vésicules; 2° par des pustules; 3° par de petits abcès déterminant une tension très douloureuse du cuir chevelu. Les vésicules et les pustules s'ouvrent, soit spontanément, soit par le grattage et laissent écouler une

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humeur sans cesse renouvelée. On constate alors un état de rougeur et une tension extrême sur toute la tête ; les enfants sont en proie à une démangeaison dont rien ne peut exprimer la violence et qui est encore accrue lorsqu’on leur découvre la tête. Par l'effet de cette irritation générale la tête se dégarnit souvent de cheveux, et le cuir dénudé offre une couleur d’un rouge amaranthe. Nous voyons qu'Alibert a observé et parfaitement décrit des cas d’eczéma du cuir chevelu et qu’il a suivi cette affection dans toute son évolution; mais il paraît à certains moments avoir confondu l'affection qui nous occupe avec l'impétigo de la tête. D’un autre côté, il ne paraît pas avoir saisi les rapports et même l’analogie qui existent entre l’eczéma qu’on observe chez les enfants âgés de plus de quatre ans et chez les jeunes gens de dix, quinze, dixsept ans et celui, le seul qu’il ait décrit, qu’on observe chez es enfants jusqu’à l’âge de quatre ans.

Après Alibert,son élève, Biett insiste sur les différences qui séparent l’eczéma du cuir chevelu de l’impétigo, puis il étudie les diverses localisations à l’eczéma ; c’est ainsi qu'il décrit, sous le nom d’eczéma du cuir chevelu, une inflammation, générale en ce qu’elle envahit d’habitude la totalité du cuir chevelu, mais superficielle en ce qu’elle ne pénètre pas jusqu'aux bulbes pilifères. La caractéristique de cette affection est le vésicule ; aussi Alibert a-t-il eu tort de la ranger parmi les teignes dont la caractéristique est la pustule. Biett a noté une déformation des traits de la face, déformation due à l’extrême tension de la peau qui tire les traits en haut et en arrière et donne au malade l'aspect d’une figure chinoise.

Après lui, Gibert insiste encore sur les caractères spé-

Ho ciaux que revêt l’eczéma suivant ses diverses localisations, et il cite le cas d’une jeune fille de dix-sept ans qui fut atteinte d’eczéma du cuir chevelu avec eczéma de la face et des oreilles. Dans sa description de l'affection il la divise en quatre périodes.

Première période. — Achores avec prurit ef odeur acide.

Deuxième période. — Eruption vésiculeuse el pro-

pagation du mal.

Troisième période.— Erosions écailleuses croûteuses. Quatrième période. — Période d’élat chronique avec intensité des excoriations squameuses.

À la même époque, Rayer décrivait spécialement les cczémas du cuir chevelu et les déclare fréquents chez les enfants à l’âge de trois ans et à l’époque de la seconde dentition, mais particulièrement chez les enfants lymphatiques et scrofuleux. Il étudie principalement l’eczéma humide de la tête, caractérisé par une tuméfaction du cuir chevelu, la sécrétion d’un liquide abondant avec de vives démangeaisons et, à la fin, par la formation de croûtes. Cet eczéma a une grande tendance à envahir les oreilles, le front et la nuque.

Nous trouvons à la même époque l'affection décrite dans Baumès sous le nom de teigne muqueuse. L'affection débute par de petites puro-vésicules d’un blanc jaunâtre acuminées qui s’entr’ouvrent soit spontanément, soit par le grattage et laissent échapper un liquide agglutinant les cheveux en formant des croûtes ; ce liquide est sans cesse renouvelé; rarement on constate la chute des che-

PTT js veux, mais dans tous les cas ils repoussent toujours ; on peut constater des éruptions semblables sur les autres parties de la face. Baumès signale quelquefois l’engorgement des gänglions cervicaux.

En 1850, Cazenave, dans son Traité des maladies du cuir chevelu, consacre quelques pages à l'affection que nous décrivons. Pour, lui la caractéristique de l’eczéma est la vésicule, et suivant que le liquide est sécrété abondamment ou bien qu’il se concrète de bonne heure en petites lamelles sèches blanchâtres et adhérentes on a affaire à l’eczéma humide ou à l’eczéma sec. L’eczéma humide du cuir chevelu le plus fréquent est caractérisé par un suintement abondant, par des lamelles blanchâtres molles reposant sur des plaies rouges plus ou moins humides. Il peut débuter soit par les oreilles, soit par le cuir chevelu. L’éruption s'accompagne souvent de maux de tête, d’une démangeaison très vive et d’engorgement ganglionnaire. Le liquide mouille et colle les cheveux, dont s’échappe une odeur fade caséeuse.

L’eczéma sec du cuir chevelu, forme plus rare, est souvent la terminaison de l’eczéma humide; cependant Cazenave a observé des cas où l’eczéma était sec d'emblée; dans ce cas il était caractérisé par des lamelles très minces, très peu adhérentes et envahissant d'habitude tout le cuir chevelu.

Pour Cazenave, l’eczéma du cuir chevelu est une maladie de la jeunesse et de l’âge adulte ; il est plus fréquent chez la femme : il peut succéder à l’exhalation gourmeuse de la première enfance ou bien naître sous l'influence des causes capables d’irriter le cuir chevelu ; il n’est jamais contagieux.

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