CHAPITRE PREMIER
Aperçu historique sur l’antisepsie par l’iode
L'iode, que vient de découvrir Courtois en 1811, prend dès son apparition une place importante dans la thérapeutique. Les travaux de Gay-Lussac contribuent à faire connaître le nouveau métalloïde dans ses caractères physiques et chimiques. Coindet, dès 1827, le préconise contre le goître; Dumesnil, Bailly contre la scrofule. Le jour où paraît le mémoire de Lugol, en 1829, sa fortune est définitivement assise. De plus, l'iode , jusque-là réservé à la médication interne, voit son champ d'application subitement élargi : les bains iodo-iodurés sont à la mode, et, ce quiest plus important pour nous, on commence à l’'employer comme caustique et résolutif. La teinture d’iode existe déjà, mais n’est qu'une simple curiosité de laboratoire : Gay-Lussac dans son mémoire remarque que l’iode est soluble dans 10 parties d'alcool, mais personne ne songe à utiliser cette solution alcoolique. On préfère comme caustique «la solution la plus concentrée d’iode
que l’on puisse formuler. Elle se compose d'une partie d'eau, d'une partie de IK et d'une partie et demie d’iode. Cette dissolution contient en tout 18 gros d'iode et 28 gros de liquide: c’est presque de l'iode liquide » (2° mémoire de Lugol, 1829).
On emploie cé mélange avec succès contre les ulcères des scrofuleux d’abord, puis contre les plaies et uleères de toute nature. L'usage du remède devient si général que l’iode manque à Paris pendant 3 jours et que son prix renchérit. À vrai dire, c'était autant à ses qualités caustiques qu'à ses propriétés microbicides que l’iode dut de s'imposer.
Néanmoins, à cette époque où l’antisepsie n’était pas née, le mot ne pouvait pas être prononcé, et c'est sous ce terme decaustique, dont le sens a changé depuis, que l'iode fut prescrit et employé jusqu’à l'avènement de la doctrine Listerienne. À ce moment, le pouvoir antiseptique de l'iode est méconnu, éclipsé par la vogue croissante de l'acide phénique et du sublimé.
Lucas-Championnière apporte en France la méthode anglaise, où elle se généralise, s'enrichissant aussi d'un grand nombre de nouveaux antiseptiques. Nous trouvons alors les premiers travaux sur Papplication de la teinture d'inde en badigeonnages, On l'étudie d'abord comme résolutif superficiel de phlegmasies profondes (pneumonie, pleurésies, arthrites). Bachis, dans sa thèse (Paris 1876), rapporte même certains cas où une application d'iode, voire unique, a entrainé de l’albuminurie ! En 1882, la valeur antiseptique de l'iode reçoit une consécralion officielle. Miquel, dans son Elude sur la puissance des divers antisepliques, montre que 0 gr. 25 d'iode en solution s'oppose à la putréfaclion d'un litre de bouillon. L'iode est désormais utilisé plus que jamais: furoncles,