CHAPITRE I
L'évolution de l’antisepsie allemande qui prépare l'avènement de la méthode Grossich
En Allemagne et en Russie la teinture d’iode met plus de temps pour s’introduire dans les mœurs chirurgicales. Mais dès son apparition elle atteint son apogée. Dans cette évolution longue et scientifique, germe une idée nouvelle: l'idée du tannage (Gerben) qui sera la base féconde d’une multitude de travaux ultérieurs. Grekoff, chirurgien de l'hôpital Obouchowsky, à St-Petersbourg, fait une communication intéressante à la société Pirogoff, le 7 janvier 1909, sur ce sujet. De plus, un article paru dans le Roussky Vratch du 14 février 1909 et intitulé : Contribution à l'étude de la désinfection des mains et du champ opératoire par l’alcool et la teinture d’iode, montre la lenteur forte de cette évolution qui a permis au procédé de Grossich de s'imposer. Jusqu'en 1896, nous dit Grekoff, on emploie pour la désinfection des mains et du champ opératoire, le procédé de Fürbringer : brossage
de
des mains 10 minutes dans l’eau chaude, puis passage dans l'alcool à 70° et enfin dans une solution de sublimé à à 1/1000. En 1895, Ahlfefd se basant sur des constatations cliniques remarque que l'emploi d’un antiseptique est inutile. Il se contente de faire un très court lavage à l’eau chaude et de passer la peau (champ ou main) à l'alcool à 70°. Ce procédé lui donne des résultats supérieurs au premier. Dans ces deux cas l’idée directrice est toujours celle de l’antisepsie forcée (verschäfte antiseptic).
En 1906, Heussner, se basant sur deux faits avérés :
1° action dissolvante de la benzine,
2° action antiseptique de l’iode, lance une méthode toute neuve de désinfection de la peau. Il frotte la peau pendant 5 minutes avec cette solution (fixatrice également) de benzine iodée ; puis, le degré maximum d’asepsie obtenue, il le conserve par un isolant qui dans l'espèce est la vaseline iodée à 1/50. Le procédé nouveau a ses défauts et ses qualités. Il donne de bons résultats entre les mains de son auteur et d'autres cliniciens. Mais son plus grand titre de gloire est qu'il lança le mot « ailé (gerben » Lanner.), indiquant ainsi la direction à suivre. L'idée d’Heussner devait germer sur un terrain tout préparé. Dès 1898, en effet, les procédés de vernissage montrent une tendance non pas à luer par
une antisepsie forcée, mais à « enterrer » les microbes non détruits par une désinfection préalable. Les gants en caoutchouc ont des inconvénients (prix, déchirures, maladresses qu'ils occasionnent, perméabilité microbienne) ; les gants en fil sont à juste titre complètement délaissés. Aussi Oettingen conseille-t-11l l'emploi d'une solution de caoutchouc pour recouvrir la peau après stérilisation, Mais le vernis s’effrite facilement. Menge pro-
pose la paraffine. Dôderlein des gommes- résines sans moins d'inconvénients.
Quoi qu'’ilen soit, l'impulsion donnée par l'idée d'Heussner provoque une série de travaux importants. Onremonte dans le passé et l'on trouve que Lansbergen en 1888, Reinicke et Krünig en 1894, parlaient déjà du tannage de la peau. Mais ils n'avaient pas eu le courage d'aller jusqu'au bout et de tirer de cette idée une technique logique et pratique pour la désinfection. Reinicke se contente de faire des expériences mettant en relief la valeur antiseptique de l'alcool, Hägler sa valeur fixatrice (encre de Chine, bactéries). En Russie, dès 1897,Tcherikoff avait montré le pouvoir désinfectant de l'alcool, de même Akotsaloff dans sa « Dissertation » (Thèse). Mais aucune sanction pratique n’était venu confirmer ces intéressantes constatations.
Brünn se fit le champion de l'idée nouvelle et le premier osa en tirer une application pratique. Se basant sur des expériences de Meissner et sur son expérience personnelle {essai pendant 3 mois dans sa clinique), il propose de désinfecter le champ opératoire et les mains avec de l’alcool à 90° sans aucun lavage préalable. Cet alcool tanne la peau et fixe les microbes désormais inoffensifs. Les aperçus de Heussner se confirmaient dans le procédé de Brünn : l'alcool remplaçant la benzine iodée, simplifiant seulement un point de technique.
En 1908, Grossich (de Fiume) est amené par des constatations. cliniques à un procédé nouveau : la désinfection du champ opératoire par la teinture d'iode sans aueun lavage. Mais il donne une interprétation tout autre de son action.
Grekoff pense néanmoins à juste titre que le procédé Grossich doit une grande partie de son efficacité au
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