‹ Contribution À L'Étude De La Désinfection Du Champ Opératoire Par La Teinture D'Iode Sans Lavage PréalableChapitre 7 sur 34 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

- La Méthode de Grossich

Voici reproduit in exlenso l'article capital paru dans le Zentrablalt für Chirurgie du 31 octobre 1908 : «Une nouvelle méthode de stérilisation de la peau pour les opérations », par Antonio Grossich (de Fiume) (1).

« Sur les 1,600 ou 1,800 malades qui, chaque année, sont admis dans la section chirurgicale de l'hôpital de Fiume, il y a au moins 5 à 600 blessés; parmi ceux-ci, il yen a 3 à 400 qui ont des plaies ouvertes. On sait combien il est difficile d'assurer l’asepsie de ces plaies, surtout quand elles ont pour siège une région poilue (tête, cou, scrotum, doigts, orteils), que le malade est apporté la nuit et que l'hémorragie est abondante.

» Dans un cas semblable, 1l y a environ un an, sachant que beaucoup d'opérateurs ont l'habitude d'assurer l’asep-

(1) Dans la Semaine médicale du 4 nov. 1908, se trouve un résumé très complet de l’article reproduit ici in extenso (p. 538, col. 3.)

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sie de la ligne d'incision de la peau par un badigeonnage à la Leinture d’iode et déjà familiarisé moi-même avec ce procédé, je me contentai de faire un badigeonnage à la teinture d'iode seule de la peau entourant une plaie béante, à bords déchiquetés, large. Je fis un autre badigeonnage sur la ligne de suture et mis un pansement propre. Il y eut guérison par première intention. J’eus un résultat semblable dans un deuxième, un troisième... un dixième cas. Moi et mon assistant nous avons employé ce procédé d'une manière habituelle : on rase à sec les poils et on badigeonne à la teinture d’iode. On rebadigeonne quand la suture est faite. Toujours nous avons eu une guérison par première intention, sans la moindre trace de rougeur, de gonflement, de suppuration ou d'élévation de température. Ce succès fut constant, même lorsqu'il s'agissait de plaies qui étaient restées sans soins pendant plusieurs jours. Toujours il y a eu guérison complète au moins quand les blessures ne présentaient encore aucun signe d'inflammalion comme la rougeur ou le gonflement. Il faut noter que presque tous les blessés venaient du port ou des usines où l’on emploie une population de 20,000 travailleurs de toutes nationalités, de toutes races, el, la plupart du temps, pas bien propres. » Encouragé par le succès, j'employai cette méthode non plus seulement pour les plaies, mais encore pour les peliles opérations (athéromes (?) hydrocèles). C'est alors que je remarquai ce fait bizarre et assez paradoxal que, lorsque le malade avait pris immédiatement avant l’opéion un bain savonneux, où qu'on l'avait seulement nettoyé au savon et à l’eau, et qu'ensuite on badigeonnait la place à la teinture d'iode, on ne pouvait plus oblenir une franche guérison par première intention. Par-ci, par-là, on voyait des points de suture suppurer,

les bords de la plaie s’'écarter, et parfois on avait une véritable suppuration. Au contraire, quand on avait fait un rasage à sec du champ opératoire et un badigeonnage sérieux à la teinture d’iode, jamais on n’a manqué d'assister à une guérison par première intention. Ce fait paradoxal trouva son explication dans l'examen microsco-

pique de petits morceaux de peau excisés avant le début

de l’opéralion. On sait que la couche superficielle de l'épiderme ne forme pas du tout un tissu absolument compact. Il y a de petits espaces intercellulaires que l'on

peut toujours mettre en évidence par le durcissement à

l'alcool: aussi l’appelle-t-on le « stratum disjunctum » de Ranvier. La croissance de la couche basale est la cause forcée d’une disjonction dans les cellules superticielles, parce que celles-ci sont réparties sur une plus grande surface. Il se produit en conséquence des fissures qui causent la desquamation épidermique, le processus est ininterrompu, mais naturellement pas de manière à ce que la fissure se produise d'un seul coup et permette le détachement brusque de l'écaille ainsi formée par solution de continuité avec l'épiderme : le processus est progressif. Il se produit alors des espaces capillaires, sur les écailles incomplètement détachées, qui communiquent d'une part avec les espaces intracellulaires, d'autre part avec l'atmosphère, et qui contiennent toujours de la graisse, de la sueur et naturellement aussi des bactéries. |

» L'examen microscopique de peau traitée par la teinture d'iode montra alors que l’iode imbihaïl toutes ces fentes et en même temps les espaces intracellulaires, aussi bien que les voies lymphatiques. Ce fait n’est pas de constataion nouvelle et nous ne voyons dans nos observations qu'une confirmation de données d’autres auteurs. Ce pou-

voir de pénéträlion est presque spécifique de la solution

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d'iode dans l'alcool. L'eau ou les solutions aqueuses ne pénètrent qu'incomplètement et seulement dans les cou ches superficielles. La cause première du pouvoir de pénétration de la teinture d'iode est complexe. D'abord

elle dissout la graisse comme le font les autres teintures

alcooliques ; la graisse se trouve toujours dans les espaces

capillaires et elle est absorbée de telle sorte qu'elle en sort immédiatement. D'autre part, l'iode lui-même a un pouvoir de pénétration particulier, car il se combine chimiquement avec les acides gras, et le produit qui en résulte présente une capacité de résorption tout particulièrement rapide (voir les travaux de V. Mering, E. Fischer, Kast, eiC 0 | “

» On comprend très bien maintenant pourquoi la peau lavée au savon et à l’eau est plus difficile à désinfecter à la teinture d’iode que celle qui n’a pas été lavée et qui est sèche. En:

» L'eau ou mieux la solution savonneuse amène tout d'abord une plasmolyse des cellules épidermiques et ferme par conséquent les fentes capillaires. Puis beaucoup d'espaces capillaires sont remplis par la solution savonneuse qui constitue alors un obstacle à lintroduelion de la solution alcoolique. Des particules savonneuses microscopiques peuvent aussi n'être pas enlevées, même par un lavage à l’eau prolongé. Ces particules forment alors aux germes présents une enveloppe qui les protège contre l'action des antisepliques el qui ne peut être aussi facilement dissoute par Palcool, attendu que ce dernier est étendu par Peau qui reste dans les fentes.

Dans mon service, les malades sont autant que possible baignés la veille de l'opération; on leur donne du linge propre, el, au moment d'opérer, on se contente d’un

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de badigeonnage à la teinture d'iode suivant la méthode qui

va suivre. J'ai, à l'heure actuelle, opéré de cette manière 09 hernies inguinales simples, ? hernies crurales et 3 hernies élranglées : toutes ont guéri sans incident. Parmi ces malades il y en avait un de 65 ans qui availtune hernie élranglée et. qu'on apporta à l'hôpital alors qu'il était presque aphone, le pouls imperceptible. Un autre, homme de 70 ans, avait une grosse hernie scrotale étranglée et était dans le collapsus comme le premier. On les amène directement sur la table d'opération ; on rase à sec eton badigeonne à la teinture d'iode. Chez le second, l'intestin était déjà décoloré mais encore brillant, de telle sorte qu'on put le faire rentrer dans l'abdomen. Les deux malades ont très bien guéri; la température est restée normale. |

» En outre de ces cas, on a opéré d’après cette même technique de stérilisation plusieurs adénites, une tumeur du cou de la grosseur d'une tête d'enfant (un sarcome) chez un homme ; et ces jours-ci un angiome du volume du poing d’un adulte, situé dans la région du cou, chez un nourrisson de 35 jours, angiome dont on a fait l'extirpation après ligature profonde de la carotide et de la jugulaire. On a fait aussi plusieurs extirpations de seins par le procédé de Kocher, plusieurs amputations des extrémités, des laparotomies pour plaies pénétrantes de l'abdomen, pour tumeur cœcale avec extirpation du cœcum, une gastro-entéro-anastomose, une exbirpation de la prostate, une laparotomie pour grossesse extrautérine, pour kyste de l’ovaire, pour iléus, etc.

» J'ai acquis ainsi la certitude que la teinture diode est le meilleur antiseptique cutané et qu'on échappe avec lui complètement au danger de l'infection opératoire.

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» Je récapitule :

» 1° On amène le malade nu sur la table d'opération et

on badigeonne largement le champ opératoire à la teinture

d'iode : on lefait avec un tampon tenu avec une pince et

sur lequel on verse de la teinture d’iode à 10 ou 12 °/,. On a auparavant fait le rasage à see des poils.

» 2 On étend sur tout le corps du malade un linge, percé

d'une ouverture, qui arrive jusqu’au sol. On fixe avec de petites pinces le bord de l'ouverture du linge à la peau.

» 3° Quand le malade est endormi, on fait un deuxième badigeonnage à la teinture d’iode.

» 4 Quand l'opération est terminée, on badigeonne la ligne de suture à la teinture d'iode el on fait un pansement à la gaze stérile.

» Sept jours après, onenlève les points de suture quisont bruns et raides ; 24 heures plus tard le malade s’en va. Si on a dû faire un autre pansement avantle septième jour, on en profite pour badigeonner encore une fois à l’iode.

» Jamais je n'ai constaté de dommage de J'administration de l'iode, même quand j'avais badigeonné le tiers du corps. La peau s’exfolie, et c'est tout. Quand les bords de la plaie opératoire ont été bien affrontés, c'est avec peine qu'on peut reconnaitre la trace de la cicatrice et des points de suture. » |

Il est juste de rappeler ici que des trois temps dont se compose la méthode Grossich :

Applicalion iodée :

1° Avant l'anesthésie.

2 Avant l'intervention immédiate.

3° Après l'intervention.

les deux premiers seuls lui sont personnels; Shanz

Conte

(de Dresde) avait soin depuis plusieurs années de badi-

geonner la plaie opératoire avec la teinture d'iode.

€ Il n'est pas rare d'observer, dit-il, qu'après une intervention, la cicatrisation de la plaie par première intention ne donne pas les résullats espérés, bien que la coaptation: des bords soit parfaite ; c'est généralement après l'enlèvement des sutures du huitième au quatorzième jour, que la ligne de cicatrice se déprime et s’'élargit au point que la cicatrice définitive mesure parfois quelques millimètres. Ce facheux résultat est d'autant plus inattendu que l'on voit bien souvent des réunions par seconde intention donner d'irréprochables cicatrices linéaires. Pour éviter à mes opérés cette conséquence possible d'une réunion per primam, depuis plusieurs années, je badigeonne la ligne d’incision avec de la teinture diode immédiatement après l'opération. Je renouvelle le badigeonnage du troisième au cinquième jour après l'intervention, c'est-à-dire avant l'enlèvement des sutures. Une seule application d’iode peut suflire, mais le plus souvent il faut la répéter quotidiennement

pendant quelques jours consécutifs. Depuis que Je pro-

cède de la sorte, j'ai toujours obtenu des cicatrices parfaitement linéaires » Zentralblalt, juillet 1908). M. Shanz croit ce bon résultat dû à l'espèce d'irritation que provoque la teinture d’iode, irritation qui peut être comparée en quelque sorte à un état d'hyperhémie.

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