DEP
Lacomme et Loiseau en 1924 et le cas de Lecunda sont représentés comme tout à fait accidentels. En dehors de ces publications, nous n'avons pas trouvé de travaux où soit mentionnée de façon précise l'existence de nourrissons porteurs de bacilles diphtériques avant leur sortie de la maternité.
Quant à nous nous avons été poussé à faire ces recherches par le fait que des nourrissons jeunes de quelques semaines seulement placés en pouponnière nous ont été signalés comme porteurs de germes et cela assez fréquemment. :
Ces nourrissons étaient trouvés porteurs de germes à leur entrée dans la pouponnière. C'est pourquoi mon maître le professeur Devraigne et son assistant le docteur Daunay ont eu l'idée de me faire rechercher si déjà en maternité pendant les 1x premiers jours de la vie il n'existait pas pour ure rarson quelconque des nourrissons porteurs de bacilles diphtériques.
On conviendra que la chose est d'importance pour plusieurs raisons, et nous y reviendrons: Disons tout de suite cependant que si de tels nourrissons existaient, ils pourraient fort bien ultérieurement soit être le point de départ d’une épidémie grave dans une pouponnière ou une crèche soit : avoir des troubles de l’état général et des manifestations atypiques de diphtérie et nous y reviendrons.
Soit enfin contracter une diphtérie grave lorsque leur immunité naturelle serait en voie de décroissance.
Pour vérifier cette hypothèse nous avons opéré
de la façon suivante. Nous avons ensemencé le rhinophiarynx de plus de 100 nourrissons. Les prélèvements ont été faits en série, aussi bien chez des prématurés, des débiles, que chez les nourrissons forts et d'aspect tout à fait normal.
De même nous avons fait les prélèvements à tout moment de leur stage hospitalier, mais, pour avoir plus de chance de trouver des cas positifs, nos recherches ont porté surtout sur les nourrissons de 9 ou 10 jours, c'est-à-dire la veille ou l’avant-veille de leur départ de la maternité. Aussi pour n'être pas obligé de faire beaucoup de prélèvements chez des nourrissons au cours des tout premiers jours, nous avons fait nos examens par série de 15 ou 20 chaque fois.
Voici la technique que nous avons employée.
Pour faire nos prélèvements nous nous sommes servis de tampons d’ouate enroulés autour d’un fil de fer et placés ensuite à l’intérieur d’un tube de verre obturé par un bouchon de coton. L'ensemble était ensuite stérilisé avec soin à l’étuve.
Détail de technique : le fil de fer porte tampon paraît être particulièrement commode, on peut en effet recourber le bout avec une pince stérile: La lan: gue du nourrisson étant maintenue par un abaisse langue, cette courbure évite avec plus de facilité les contacts du tampon d’ouate avec d’autres régions que celles où l’on veut prélever le mucus:
Enfin dans la moitié des cas nous avons prélevé le mucus au niveau du rhino-pharynx, dans l’autre moitié des cas, les prélèvements ont été faits au ni-
veau de la muqueuse nasale ; nous nous conformions ainsi aux travaux antérieurs qui montraient l’existence de diphtéries occultes particulièrement fréquentes à ce niveau (Ribadeau Dumas et Chabrun, Société de pédiatrie, 17 janvier 1928).
Ajoutons encore, que nos prélèvements ont été faits à deux périodes bien différentes et ceci afin d'éviter de rencontrer une série de cas positifs ou négatifs. Ge que nous cherchions surtout c'était de connaître l’état rhino-pharyngé normal du nouveau-né.
Nos ensemencements ont été faits sur des tubes de sérum de bœuf coagulé que nous a fournis le 1aboratoire Pasteur. Autant que possible les ensemencements n’ont pas été faits directement, mais à l’aide d'une spatule de façon à prélever une parcelle de mucus sur le tampon d’ouate et d’ensemencer le sérum en stries transversales de façon à avoir des colonies plus nettes.
Les tubes de sérum ont été mis ensuite à l’étuve à 37° pendant un laps de temps variant de 18 à 20 heures.
Les colonies microbiennes étaient ensuite examinées à l'œil, puis à la loupe et enfin étalées sur lames, fixées et colorées.
Notre matériel de coloration comprenait :
a) flacon de la solution de violet de gentiane phéniqué de formule suivante :
Violet de gentiane : 1 gramme.
Acide phénique neigeux : 2 grammes.
Alcool absolu : ro cm°.
Eau distillée : 100
QT — b) x flacon de Lugol.
Tode : r gramme.
Iodure de potassium : 2 Eau : 300 cm.
JS F
c) 1 flacon d'alcool.
Toutes nos décolorations ont été faites à l’alcoo!l ; à l'exclusion du mélange alcool acétone, dont le pouvoir décolorant peut être trop élevé en cas de recherche du bacille de Lœæffler, en tous cas son usage rend certainement le temps plus délicat.
d) r flacon de solution de Zieh]l dilué :
Liquide de Ziehl : r partie ;
Eau distillée : 100 parties.
Au point de vue technique nous spécifierons que nos colorants Violet de gentiane phéniqué et Lugol ont été laissés sur les lames pendant 35 à 40 secondes. La décoloration a été pratiquée en laissant tomber sur les lames légèrement inclinées quelques gouttes d’alcool jusqu’à ce que celle-ci passe incolore. Nous avons toujours recoloré le fond de nos préparations à l’acide de la solution de Ziehl dilué.
Voici d’ailleurs les dates des prélèvements effectués à la maternité et le nombre d'examens pratiqués à chaque séance.
19 juillet 1933 : ro 21 DÉNCEOS2 ME TD 26 »» 1933 : 20 28 D É09% 1-20 2 août 1933 : 17
En Septembre : le 14 : ra le 16 : ro.
Résultats :
Ges résultats ont été complètement négatifs quant à la recherche du bacille de Lœæffler. A l'exanicen de la culture npus n'avons jamais observé les colonies blane grisâtre, légèrement surélevées et dont le centre est plus sombre que la périphérie.
Au contraire on décelait :
a) Des colonies abondantes très grasses et sou vent déjà d’une teinte jaune saractéristique.
b) Des colonies isolées blanchâtres, rondes ou ovalaires ; l'examen à la loupe les montrait limitées par des bords crénelés.
Après coleration dans tous les cas nous ayons abseryé une flore migrobienne abondante constituée :
de staphylaçoques ce microbe paraît particulièrement abondant.
de sireptocoques également abondant mais moins que les staphylacoques.
Enfin, il existait sur toutes les lames de nombreux cocci sans caraçtères spéciaux et qui paraissent faire partie de la flore normale du rhino-pharynx du nourrisson ainsi que l'ont mentionné de nombreux travaux et en particulier l’article de Leu- . kowicz (extrait des archives de médecine expérimen-
tale et d'anatomie pathologique, 4 septembre rge1):
Toutefois nous devons signaler que nous avons été frappés par la présence chez 5 de ces nourrissons c’est-à-dire à près 1/20 — 5/100 de hacilles abondants ne prenant pas le gram, de longueur variable, b à 8 & environ souvent accumulés en amas rappelant la disposition classique des bacilles diphtériques en paquets d’épingles mais jamais nous n’avons observé de dispositions rappelant celles de haies et palissades que l’on trouve avec le bacille de Lœffler,
Par mesure de précautions nous avons refait à chaque fois la coloration, nous avons repiqué les eultures et pratiqué au moins un nouvel ensemencement chez le nourrisson qui présentait ces hacilles. Ces précautions nous ont permis d'éliminer avec süreté le bacille de Læffler car en aucun cas ces bacilles n’ont gardé legram,
Nous n’avons pas pu pousser l’identification plus avant car nous nous limitions à la recherche du bacille de Léœæffler, mais nous pensons qu'il s’agit de bacilles pyocyaniques de pyocyanogènes, car nous avons observé dans les heures qui suivaient une teinte bleuâtre parfois verdâtre de la culture.
Les nouveau-nés porteurs de ces bacilles étaient tous des nouveau-nés absolument normaux d’un poids de naissance supérieur à 3 kg et qui continuaient de eroître régulièrement. Dans les cas qui nous intéressent ce bacille ne paraît donc pas avoir eu de rôle pathogène. Cependant il se peut que dans certains cas de plaques pterygoïdiennes chez des nourrissons porteurs de rhinite, de corryza, que ce
bacille existe, et là, joue un rôle pathogène qu'il serait intéressant d'étudier.
Nous connaissons d’ailleurs des cas à la maternité de Lariboisière où nous avons vu des nourrissons, porteurs de plaques ptérygoïdiennes et où le laboratoire relevait la présence de bacilles pyocyaniques, faire des chutes brutales de poids. Et l’on sait combien le traitement de pareilles plaques, simulant parfois la fausse membrane diphtérique, est délicat.
Ges résultats acquis, nous avons pensé qu'en dehors des cas bien particuliers le nourrisson n’était pas contaminé à la maternité, mais à un âge plus avancé.
C'est pourquoi nous avons entrepris de recherché cette fois parmi les nourrissons sortis de la maternité depuis un temps variable et qui reviennent régulièrement à la consultation créée par mon maître le professeur Devraigne s’il existait là des porteurs de germes et à partir de quel moment.
Nous avons suivi la même méthode que précédemment, c’est-à-dire que nous avons fait l'examen bactériologique de la gorge de 4o nourrissons pris au hasard de leur arrivée à la consultation. Ces prélèvements ont été faits à deux consultations différentes par groupe de 20 à chaque fois.
Ces examens nous ont permis de mettre en évidence des résultats intéressants. En effet, 4 tubes de sérum après 20 à 24 heures d’étuve à 37° présentaient oulre les colonies staphylococciques et streptococciques décrites plus haut, de petites colonies de la
grosseur d’une tête d’épingle, légèrement surélevées, blanches mais plus grasses que des colonies de Lœæffler. |
L'examen des lames de ces 4 cultures après coloration par la méthode de gram, nous a montré la présence dans 4 cas de bacilles courts souvent associée par deux et présentant la formation en palissade classique.
Bien entendu dans les 4 cas nous avons poussé l'identification plus loin et nous nous sommes basés sur les critères suivants :
1) Recherche des corpuscules polaires métachromatiques de Neisser qui donne déjà une forte présomption en cas d’hésitation entre bacilles diphtériques et bacilles d'Hoffman
2) Culture en gelore profonde glucosée tournesolée ainsi que l’ont préconisé Martin et Loiseau en 1921 (Bull. médical du 26 mars 1921) et que le recommande la plupart des manuels de bactériologie : Dopter et Sacquepée (Précis de bactériologie, 1926), Fiessinger (Diagnostics biologiques 1928).
Enfin nous avons dans tous les cas pratiqué l’épreuve de décoloration à l’alcool absolu.
Technique :
Après avoir repiqué sur sérum coagulé les colo-
nies suspectes, nous avons pratiqué après 20 heures d’étuve :