PARTIE THÉORIQUE
L'étude thermochimique nous a donc conduits à cette conclusion que la chaleur dégagée par la fixation photochimique de l’oxygène sur la molécule de tétraphénylnaphtacène, correspondait à une réaction normale et que, par conséquent, l'oxygène des oxydes dissociables était de l’oxygène lié normalement au reste de la molécule.
Un moyen très simple permettait de vérifier cette conclusion : la mesure de la susceptibilité magnétique de l'oxyde dissociable. En effet, la molécule d’oxygène libre se distingue de celle des autres éléments par une propriété particulière : celle d’être paramagnétique. Ce paramagnétisme lui vient de la présence de deux électrons non appareillés, qui en font un véritable biradical.
Dans les composés organiques, au contraire, l'oxygène est habituellement diamagnétique et se comporte comme un élément organique ordinaire. C’est pourquoi la magnétochimie, en nous donnant la possibilité d'apprécier le sens et la valeur de la susceptibilité de l’oxyde dissociable, nous permettait, par le fait même, de savoir si oxygène s’y comportait comme un élément organique, normal, combiné au reste de la molécule, ou comme un élément anormal, sim-
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plement associé à cette molécule, et conservant son paramagnétisme, c'est-à-dire son individualité. Dans le premier cas, les résultats acquis par la thermochimie se trouvaient confirmés.
De plus les mesures envisagées permettaient d’élucider un autre point. On sait, en effet, que l'oxygène moléculaire se montre très peu réactif, malgré son caractère de radical double. Il ne se fixe rapidement que sur des substances renfermant un nombre impair d’électrons, et constituant, de ce fait, elles aussi, des radicaux libres paramagnétiques. Les autoxydations de Na, de NO° et du triphénylméthyle rentrent dans ce groupe de réactions.
L'oxydation des tétraaryInaphtacènes par l'oxygène atmosphérique se serait expliquée commodément de la même manière. Il aurait suffi, comme on l’a d’ailleurs supposé (1), que les tétraarylnaphtacènes fussent eux-mêmes des biradicaux, capables de se combiner à l'oxygène par simple compensation des spins des électrons non compensés dans chacune des molécules. Mais encore convenait-il de vérifier, comme je me suis proposé de le faire (2), qu'ils existaient bien sous la forme biradicale, et que leur susceptibilité magnétique réelle correspondait aux valeurs théoriques qu’on pouvait caculer pour cet état.
Enfin la question des relations entre les propriétés magnétiques de ces produits et leur constitution ne me paraissait pas dénuée d'intérêt. Les connaissances que l’on possède maintenant sur ce sujet, grâce aux travaux de P. Pascal (3), sont suffisamment étendues pour rendre de réels services dans la détermination de nombreuses constitutions. C'est pourquoi j'ai fait appel à elles, comme je l’ai fait dans le cas de la thermochimie, dans l'espoir d'y trouver un argument pour ou contre les formules successivement admises pour représenter la structure des rubènes.
C'est surtout sur le tétraphénylrubène et son oxyde dissociable qu'ont porté mes mesures. Mais pour avoir les termes
TRANSFORMATIONS DES TÉTRAARYLNAPHTACÈNES 10)
de comparaison nécessaires, je les ai fait précéder de la détermination de la susceptibilité de corps plus simples comme le diphényl-1.3-indène, le naphtalène, l’anthracène et le naphtacène.