‹ Contribution à l'Étude De La Durée de L'Élimination Des MédicamentsChapitre 3 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les causes qui nous ont amené à ce sujet de thèse sont nombreuses et variées. |

Les unes, et celles-ci prédisposantes, sont les différents motifs qui nous ont fait considérer, comme une distraction plus utile encore qu’agréable, la recherche des procédés alimentaires et médicamentaux, qui permettaient à nos aïeux, prêtres, augures ou sorciers, d'obtenir des animaux messagers faisant les voyages, aller et retour, à plus de 100 kilomètres.

Les autres raisons qui nous ont conduit à ce travail, et celles-ci déterminantes, viennent par ordre de date : 4° du cours de thérapeutique de M. le professeur Hayem ; 2° des leçons cliniques sur les organes de la digestion par M. le professeur G. Sée et surtout, comme nous l'avons dit, de l'importance attribuée pas ce professeur au dosage des médicaments.

Reprenons chacune de ces dernières causes en paruculier et par ordre de date :

Dans son cours de thérapeutique, M. le professeur Hayem insiste toujours sur l’époque où chaque médicament appa-: raît : lo dans le sang ; 2° dans l’urine, la sueur ou la salive, après son introduction dans l’organisme, soit par la voie stomacale, soit par les autres voies : injections sousépidermiques, sous-Cutanées, lavements, inhalations, etc.

. Rarement nous l'avons vu insister sur l’époque: où un

rar médicament, ingéré par l’une ou l’autre voie, cesse d’apparaître soit dans l’urine, soit ailleurs.

Pourquoi ?

C’est que sur cette question lout est inconnu ou contradictoire ; l’a en effet, où CI. Bernard dit moins d’un jour, Rabuteau dit plus d’une semaine, et cela pour un médicament très facile à reconnaître dans les sécrétions, liodure de potassium.

D’autres expérimentateurs depuis Vœhler en 1825 parlent modestement de petites quantités, de moyennes quantités, de grandes quantités, choses fort vagues, ou d’un temps plus ou moins long et d’un temps plus ou moins court, ce qui est encore plus vague.

D'où vient ce vague?

Evidemment des difficultés matérielles et presque insurmontables, qui se dressent devant tout observateur qui veut étudier ce sujet.

Pourrait-on aplanir ces difficultés à l’aide d’un appareil enregistreur, auquel nous avions déjà songé pour nos recherches spéciales ? |

Telle est la question que nous nous élions déjà posée à la fin de l’été 1879. :

Dès le mois de novembre de la même année, M. le professeur Séc, dans ses leçons cliniques sur les organes de la digestion, nous expose les difficultés colossales qu'ont eu à vaincre les expérimentateurs, qui ont voulu étudier la digestibilité relative des aliments, soit comme Beaumont sur son Canadien, soit comme M. le professeur Ch. Richet sur Marcellin, soit encore comme ce professeur Allemand, qui, dans une seule séance et pour une seule expérience,

Tous sacrifie jusquà quinze chiens; et tout cela pour arriver à des résultats sinon tout à fait contradictoires, du moins si peu éoneluants, que le mieux encore après tous ces travaux parait être d'étudier la digestihilité relative des aliments dans des cornues à l’aide de substances plus ou moins peptonisantes. Jamais cependant la cornue du chimiste ne donnera des résullats comparables à ceux qu’on peut attendre des animaux.

Cette vérilé est au moins aussi capitale pour les médicaments que pour les aliments. Les réactions d’un médicament dans la cornue chimiste sont bonnes à connaitre, mais cela ne suffit pas.

Avec la cornue du chimiste on n’arrivera jamais à conpaître au bout de combien de temps un médicament est éliminé.

La chose esl très importante cependant.

* Ainsi habituellement les doses médicamenteuses, surtout pour les maladies chroniques, sont indiquées pour un Jour, et cependant certains médicaments s’éliminent en moins de vingt-quatre heures. D’autres ne sont pas encore éliminés après un jour el une nuit.

Dans le premier cas, les doses prescrites sont msuffisantes pour tenir le malade sous l’influence permanente du médicament si on les fait prendre en une seule fois. Dans le second cas, la dose prescrite le lendemain fait double emploi avec celle ingérée la veille. Si on fait prendre un médicament en plusieurs fois par jour, il est bon de savoir au bout de combien de temps on peut renouveler la dose sans qu’elle fasse double emploi avec la première. Qu'on soit arrivé cliniquement à donner les médicaments d’une

2e. 0:24 façon convenable, le fait n’est pas niable, mais il est bon, cependant, que l'expérience vienne confirmer ou infirmer la manière de donner chaque médicament, manière qui, du reste, varie avec chaque praücien. Or, pour arriver à une solution expérimentale de ce problème, des milliers d’expériences se contrôlant l’une l’autre sont absolument indispensables. Aïnsi, nos recherches portent sur l’asalyse de plusieurs milliers d’excréments et, cependant, il en faudrait encore un nombre infiniment plus grand pour arriver à des conclusions définitives. Les expériences faites jusqu'ici dans ce genre sont fort peu nombreuses et trop souvent contradictoires. l

Elles sont contradictoires : en eflet là où Claude Bernard dit moins d’un jour M. Rabuteau dit plus d’une semaine. Là où Claude Bernard dit vingt heures, quelle que soit la dose, M. Rabuteau dit trois jours pour un gramme, dix jours pour dix grammes, el cela pour un médicament très facile à reconnaître dans les sécrétions : l’iodure de potassium. D’où vient cette contradiction? 1° Peutêtre de ce qu'il y a lieu de distinguer entre lélimination complète au point de vue chimique et l’élimination complète au point de vue thérapeutique ; 2° et surtout de ce que les observations sur ce point sont trop peu nombreuses. Pourquo sont-elles si peu nombreuses? 1° parce qu'il est très difficile d'opérer sur les malades dans les hôpitaux.-Si on observe sur un malade, auquel un médicament vient d’être supprimé il croira toujours qu’on lui enlève ce qui Jui est dû à cause de vos expériences et il n’apportera point toute la bonne volonté nécessaire pour ces observations fort délicales par elles-mêmes ; dans la vie civile il n’y faut pas

Te songer. Expérimenter sur soi-même est plus difficile encore, on à ses affaires, ses plaisirs qui viennent fatalement déranger l'expérience la plus sérieuse. Si l’on opère sur des animaux toutes les difficultés ne sont pas levées encore.

S'il faut en revenir aux animaux, il est évident qu'il vaul mieux s'adresser aux animaux fistuleux. |

En effet qu’on oblienne les urines plusieurs fois par jour, soit comme Wæhler en faisant peur à un chien, soit comme M. Bochefontaine, en pratiquant le cathétérisme, cela ne suffit pas si l’on veut étudier la durée de l'élimination des médicaments qui s’éliminent en moins d’un jour.

Pour que cette étude soit ‘complète et concluante, il faut absolument recueillir les matières fécales, et cela plus d’une fois par vingt-quatre heures. Comment obtenir ces matères plusieurs fois par jour chez des animaux qui possèdent un réservoir naturel, le rectum, où ces matières s'accumulent un temps plus ou moins long?

La chose est presque impossible. On a en effet bien souvent, pour le chien par exemple, essayé de ramasser les malières et les urines au moyen de cages spéciales, revêtues de glaces, etc., sans obtenir de résultats bien précis.

Or, les médicaments, qui s’éliminent presque complétement en moins d'un jour, occupent une grande place soit par leur nombre, soit par leur valeur thérapeutique.

Pourquoi alors ne pas s'adresser à des animaux qui, comme les oiseaux, possèdent des fistules naturelles, st on peut s'exprimer ainsi?

Les oiseaux en effet, ne possèdent ni vessie, ni rectum, c’est-à-dire pas de réservoirs, où les produits ultimes de la digestion et de la dénutrition s'accumulent un temps plus

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ou moins long, toujours assez long pour l’expérimentateur. © Voyez Wæœhler : après avoir en vain essayé le cathétérisme sur un grand nombre de chiennes sans jamais avoir pu introduire une sonde dans le canal de lurèthre de ces animaux, il en est réduit à expérimenter sur un seul chien qui

avait la qualité fort rare d’uriner chaque fois qu’on lui faisait peur ?

Depuis tantôt dix ans, tant au laboratoire de pathologie expérimentale qu’au laboratoire de clinique à l'Hôtel-Dieu, M. Bochetontaine pratique journellement cette opération du cathétérisme chez les chiens mâles ou femelles ; mais 1l n’en est pas moins vrai que tous les expérimentateurs considèrent avec raison celte opération comme délicate et difficile pour ceux qui n’en ont pas une grande habitude.

Un oiseau, c’est plus facile à trouver qu’un chien aussi précieux que celui de Wœæbhler.

D'ailleurs beaucoup d'oiseaux sont omnivores comme l’homme ; on n’en peut malheureusement pas dire autant du lapin, du cochon d’Inde, de la grenouille, et autres animaux, qui peuplent habituellement les laboratoires.

De plus, les oiseaux n’en sont plus à faire leurs preuves en médecine expérimentale, les travaux de CI. Bernard, de MM. le professeur Vulpian de Philippeaux, Moreau et tant d’autres le prouvent suffisamment.

Et encore les oiseaux possèdent un avantage auquel-nul expérimentateur ne nous paraîl avoir songé jusqu'ici : celui d’être facilement immobilisables. |

Les cages employées jusqu'ici pour recueillir les excrétions des quadrupèdes n’ont jamais donné de bons résullats jusqu’à présent.

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