CHAPITRE II
Étude topographique des organes qui traversent la fente sphénoiïdale
Nous diviserons l'élude des organes qui passent à travers la fente sphénoïdale en quatre parties :
4° Entonnoir orbitaire ;
2° Organes contenus dans la partie externe de la fente ;
3° Organes contenus dans l’anneau de Zinn:;
4° Organes situés au-dessous de l'anneau.
1° Lorsqu'on enlève la petite aile et la portion osseuse qui forme le plafond de l'orbite, on se trouve en présence — la dure-mère qui lapisse l'étage supérieur étant soulevée — d’un entonnoir formé par le périoste orbilaire. Il existe au niveau de la fente une continuité remarquable entre l’endocrane et Île périoste de l'orbite. Sur une préparation, il est alors très facile de disséquer le siuus sphéno-pariétal gonflé par l'injection. (Voir le chapitre suivant : £tude du sinus de Breschet.)
2° Nous diviserons la fente sphénoïdale en trois parties : une externe, siluée en dehors de l'anneau; une annulaire et une située sous l'anneau.
Pour étudier ce second plan, il faut ouvrir l'enlonnoir orbitire. La dissection des organes est assez pénible dans cetle région. La fente est, en effet, formée par un tissu très dense. Ce n'est pas une membrane, comme le prétendent les auteurs, c'est un lissu cellulaire très condensé, semblable à celui dans lequel sont noyés le plexus caverneux et les nerfs de la base du
crâne,
Dan
Dans ce plan sous-périostique ou sous-sinusien nous rencontrons les organes suivants : une artériole, branche de la méningée moyenne, des veinules orbitaires qui se jettent dans le sinus sphéno-pariétal et surtout des nerfs très importants. On trouve successivement : le lacrymal, le frontal et le pathétique.
Le lacrymal est une branche de l’ophtalmique de Willis. Il pénètre dans l'orbite en dehors du frontal dans la partie rétrécie de la fente.
Le frontal pénètre dans l'orbite entre le pathétique et le lacrymal. C'est aussi une branche de l’ophtalmique.
Le pathétique passe en dedans du frontal. C'est un ner moteur, contrairement aux deux précédents qui sont sensilis. C'est un nerf ventral bien que son émergence soit dorsale. L'émergence cède en importance aux aulres caractères du nerf,
3 La troisième partie de l'étude de la fente comprend les organes qui traversent l'anneau de Zinn. D'après les classiques, l'anneau de Ziun serait constitué de la façon suivante : De la partie la plus interne et la plus inférieure de la fente sphénoïdale, on voit se détacher, du corps même du sphénoïde, un tendon court et résistant, c’est le tendon de Zinn. Ce tendon se bilurque, presque dès son origine, en deux branches, l'une externe, l’autre interne, prenant ainsi la forme d'un Y. De la branche exlerne se détache une expansion qui va se fixer sur le bord supérieur de la fente sphénoïdale ; de mème, la branche interne donne naissance à une autre expansion moins résistante que la précédente et qui va se perdre sur la face interne de la gaine durale du nerf optique. Le muscle droit inférieur s’insère dans l'angle que forment en s'écartant les deux branches de bilurca- Lion du tendon de Zinn. Le droit externe se fixe sur la branche de bifurcalion externe et sur son expansion, le droit interne sur la branche de bifurcation interne et l'expansion correspondante.
On donne le nom d’anneau de Zinn à l'orilice limité : 40 par la branche de -bifurcation externe du tendon de Zinn; 2 par son expansion; 3° par la parlie du cadre osseux de la fente sphéuoïdale comprise entre le tendon de Zinn et l'expansion de
pH RE
sa branche de bifurcalion externe. » (x Porrrer, HE, Les Ner/s). Nous donnons un dessin tiré du même ouvrage.
Cette descriplion classique nous parait être bien (héorique. Qu'appelle-t-on alors épine du muscle droit externe ? Pourquoi laisser dans l'ombre celte importante insertion osseuse du droit externe. ,
De l'étude que nous avons faite de la région, nous croyons pouvoir affirmer que le tendon de Zinn est formé par la fusion des deux gaines optique et moteur oculaire commun. Ce tendon n'est pas, comme on le prétend, une formation à part. Elle dépend de ces deux gaines.
De même que le nerf optique, le neri moteur oculaire commun est entouré aussi d'une gaine. Celte gaine se voit très facilement si on ouvre avec des ciseaux fins le conduit dans lequel le nerf semble pénétrer dans la paroi externe du sinus caver-
DET/P/TORIOL NT nerf pathétique = - — 2;
n.ophtalmique = — - = = Tendon de Zinn
nerf moteur :
oculaire ext. "= 2
* nerf nasal
NT ES Branche inférieure du moteur - < oculaire commun Fig. 2. — Schéma de l'anneau de Zinn et de ses rapports avec les nerfs de l'orbite
(in Pornier et CnarPy).
neux. Le nerf moteur oculaire commun pénètre dans la paroi externe du sinus caverneux. Les classiques se contentent de décrire dans ce trajet les rapports du nerf et de nous donner
des dessins (coupe du sinus caverneux d’après Langer que tous les auteurs reproduisent) où nous remarquons que le moteur oculaire commun est noyé dans le même tissu fibreux dense que le sinus. Cette interprétation ne nous semble pas correspondre à la réalité. Nos recherches nous ont montré que dans la paroi externe du sinus caverneux, le nerf pénètre dans un conduit qu’il est très facile d'isoler. La dure-mère forme au nert un cul-de-sac qui se prolonge le plus souvent jusqu'à l'anneau de Zinn. Cela se voit très bien lorsque, le plafond orbitaire étant effondré, on détache le périoste au niveau de la fente de la couche externe de la méninge. On constate alors que l’entonnoir orbilaire fait suite à la gaine du moteur oculaire comme elle fait suite à la gaine optique. L’orbite apparait alors comme un fruit appendu à deux pédoncules. La gaine durale se fusionne avec celle du nerf optique pour former le tendon de Zinn. La gaine du moteur oculaire commun cesse d'exister à la division du nerf.
L’anneau de Zinn, tel que nous l'avons vu le plus souvent, est formé : 4° par l'insertion osseuse du droit externe et l'insertion supérieure du même muscle à la gaine du moteur oculaire commun, 2 par l'insertion du droit inférieur au tendon résultant de la fusion des gaines ; 3° par la partie du cadre osseux comprise entre le tendon et l'insertion supérieure du droit externe.
Par l’anneau de Zinn passent les nerfs : moteur oculaire commun, nasal, moteur oculaire externe, rameau sympathique venu du plexus carotidien.
Le nerf moteur oculaire commun passe par l'anneau. Ce nerf émerge des centres entre les deux pédoncules cérébraux. Il se distribue à tous les muscles de l'orbite, à lexception du grand oblique et du droit externe. C’est un nerf exclusivement moteur el, par conséquent, ventral.
Le moteur oculaire externe pénètre dans l'anneau en passant dans le tissu dense qui entoure le moteur oculaire commun. Il innerve le droit externe. Il émerge à la jonction de la protubérance et du bulbe.
Le nerf nasal est une branche de l'ophtalmique de Willis. I
pénètre dans l'orbite par la partie interne de l’anneau de Zinn, en dedans du moteur oculaire commun.
Le rameau sympathique du plexus caverneux pénètre dans
— ncrf lacrymal
ner/frontal
nerf pathétique. -
Fi. 3. — Organes passant par la portion rélrécie «de la fente sphénoïdale.
l'orbite par l'anneau de Zinn et aboutit au bord postérieur du ganglion ophtalmique.
4 Il nous a été donné souvent l’occasion de constater sur nos dissections que la veine ophtalmique après avoir longé la fente sphénoïdale, de sa partie étroite à sa partie large, va se jeter dans le sinus caverneux en passant au-dessous de l’anneau de Zinn, au-dessous du droit inférieur par conséquent. Les
auteurs prélendent que la veine traverse l'anneau de Zinn, nous n'avons jamais pu vérilier celte affirmation.
ïn consultant alors les différents auteurs qui ont éludié la veine ophlalmique nous avons trouvé dans Fesrar (/echerches anatomiques sur les veines de l'orbite. Thèse de Paris 1886-1887) une description des rapports de ce vaisseau avec la fente sphénoïdale qui est assez précise. s
En entrant dans l'orbite, elle croise le tendon du grand oblique après sa réflexion et vient occuper l'intervalle compris entre le droit supérieur et le droit interne. En ce point, Île périoste seul la recouvre: un peu plus loin, elle se place entre
nerf frontal nerf pathétique
él. paup. Sup. ,
3 grand oblique nerf lacrymal
droit supérieur
—nerf oplique
ArOLHNELIETNE NT artère ophtalm.
nerfnasal - - -
n.imot.oc.exlerne. -
droit inférieur Fe - droit interne
veine ophtalmique
Fic. 4. — Fente sphénoïdale.
la face profonde de l’élévateur de la pupille et l'hémisphère supérieur du globe de l'œil auquel elle s'applique. Ce n’est qu’au niveau de la pénétration du nerf optique qu’elle reparait; elle est alors située entre les muscles droits externe et supérieur, en dehors du nerf qu’elle longe un moment. Enfin elle ne tarde pas à gagner l'angle supérieur de la fente sphénoïdale, la suit, oblique comme elle en bas, en dedans et en arrière, et sort par sa partie la plus large pour déboucher presque aussitôt dans l'extrémité antérieure du sinus caverneux.
Depuis son émergence au-dessous du bord externe du droit Supérieur jusqu’à la fente sphénoïdale, elle est relativement superficielle; pour la mettre en évidence, on n’a qu'à écarter le tissu adipeux, très abondant en ce point. Mais, dans son parcours ultérieur, elle devient de plus en plus profonde et affecte avec le périoste des relations étroites qui la font ressembler à un sinus.
Elle comble donc l'aire de cette fente, et, s’il est exact de dire qu'elle sort par sa partie la plus large, il faut ajouter qu'elle l’a abordée plus haut et plus en dehors.
Nulle part, au cours de nos lectures, nous n’avons trouvé celte particularité explicitement relevée. Fr. Merkez, dans le Traité de DE GRærE et Sœuisca, fait sortir cette veine de l'orbite à travers la partie la plus élevée de la fissure orbitaire supérieure, ce qui est en contradiction avec les faits observés.
SESEMANN dit bien que vers sa terminaison elle est entourée d'un tissu fibreux résistant, mais il se borne à celte mention, dont il tire des conséquences relatives à la direction du courant sanguin.
Enfin Gurwirscn la place au bord de la fente, mais s’en tient à cette vague et brève constatation.
Ce détail n’est pourtant pas sans intérêt, puisqu'il confirme une fois de plus la tendance qu'ont les veines à doubler en quelque sorte les trous osseux du crâne là où des troncs nerveux les traversent.
A cet endroit convergent, en effet, nous le savons, les nerfs moteurs et sensitifs de l'œil; ils contractent avec le vaisseau qui nous occupe des connexions intimes et le croisent plus ow moins obliquement. La troisième paire, la branche ophtalmique de Willis, le pathétique et le moteur oculaire externe passent au-dessus de lui, en des points plus ou moins rapprochés de la grosse. extrémité de la fente sphénoïdale.
Plus loin, Fesraz dit, à propos de la terminaison de l’ophtalmique inférieure :
«On peut considérer comme type son abouchement dans l'ophtalmique supérieure, dont elle devient un des plus sérieux
Cavallier ” 3