‹ Contribution à l'étude de la Forme paranoïde de la Démence précoceChapitre 13 sur 36 · OBSERVATION TI · texte numérisé non relu

OBSERVATION TI

Nous avons voulu commencer par cette observation, parce qu’elle nous a paru typique en ce sens que les deux phases de la démence paranoïde y paraissent bien délimitées.

Mme Rob... entre à l’Asile de Saint-Robert le 19 février 1907, elle est âgée de 27 ans, est malade depuis six jours à la suite äe gros chagrins intimes. Une de ses sœurs et sa tante sont aliénées et soignées dans le même établissement.

Mme Rob... est très méfiante, elle épie tous les gestes de ses voisins, les accuse de se moquer d'elle, de lui en vouloir, de l'insulter, etc.

Elle a remarqué souvent qu'on riait sur son passage et qu'on chuchotait derrière elle.

A entendu des bruits insolites, elle est persuadée qu'on veut la faire mourir. ; |

Elle raconte très bien tout ce qui précède, reste calme, docile et s'occupe. Sur ies instances de sa famille, elle sort un mois après son arrivée.

Le certificat de quinzaine est ainsi conçu : « Délire des persécutions avec hallucinations de l’ouie ».

Le 1° décembre 1910 elle revient à l’Asile.

Elle n’a jamais été bien guérie depuis sa sortie, dit son mari, mais depuis deux mois elle a rechuté complètement.

’ —:36 — Elle est très excitée au moment de ses règles et brise tout ce qui est à sa portée. 6

Les idées de persécution sont semblables à celles observées au cours du premier internement. | :

Ses voisins cherchent à lui faire des misères. Ils chuchotent sur son passage, s'occupent d'elle, se retournent pour la regarder; elle est allée trouver le maire, le garde et les gendarmes pour faire cesser ses persécuteurs.

Accuse son père de lui infliger de mauvais traitements el de vouloir la faire divorcer.

La nuit a des cauchemars qui l'effrayent, elle pleure assez souvent, mais ne manifeste ni préoccupations mélancoliques, ni idées de suicide.

Elle entend une voix qu'elle reconnaît bientôt pour celle

d'un voisin qui la menace et la tourmente constamment. D’autres voix moins précises l’injurient et l'insultent jour et nuit. Son mari même voulait l’emploisonner, les gendarmes qu'elle croyait ses défenseurs sont aussi du complot et ont dit « qu'ils la feraient mourir à petit feu ». Les persécutions vont en augmentant tous les jours.

On lui saisit ses pensées et on la force à parler quand elle voudrait garder un secret.

Un mois après présente au moment de ses règles un état d'excitation intellectuelle et d’agitation motrice qui dure peu et au. cours duquel elle crie, gesticule,. débitant des incohér'ences. < |

Redevenue plus calme, elle reprend le thème de son délire des persécutions, mais les idées paraissent confuses, floues, ses persécuteurs sont légion, elle ne précise plus.

Dans son discours se montrent des incohérences.

« C'est pour rire un peu que mon mari voulait me tuer. »

« Pourquoi m'a-t-on secouée avec ce gros bouton, et pourquoi me jette-t-on une conduite d’eau ? » y

Elle est irritable, indocile, certains jours oppose à toutes les questions un mutisme absolu, et résiste à toutes les injonetions. j

Le sommeil est irrégulier, elle a toujours des périodes d'excitation, principalement au moment de ses règles, ces périodes sont coupées par des phases de calme relatif.

Dans ces moments de calme, Mme Rob. parle toujours de:

SE

ses idées de persécution, mais sans grande conviction; elle devient bizarre, maniérée, se plaint de maux de tête (elle a du retrécissement aortique), et après un an et demi son état semble s'améliorer, elle est docile, s'occupe bien, reste très

propre et paraît avoir abandonné son délire.

Elle sort améliorée après deux ans de séjour.

‘Trois mois après, elle est de nouveau amenée à l’Asile.

Son état a empiré peu à peu.

Assez calme le premier mois passé chez elle, est redevenue excitée, irritable, difficile à diriger, insupportable.

Elle est très hallucinée, parle constamment avec les invisibles auxquels elle débite force inochérences.

Les idées de persécutions persistent mais sont vagues el. absurdes. Elle accuse son père de la violer, 1eS invisibles l'insultent comme une malpropre, etc.

Les incohérences sont nombreuses : « Mon mari vous a-f-il dit que je supportais les langues, je ne veux pas rester chez . toi, essayez de m'aimer, plus de vingt fois hier et qu'est-ce qui: font entremettre ma famille — souterrainemient — il ne fallait pas la mettre enceinte ni grossesse ».

Le certificat de quinzaine porte :

Démence paranoïde avec idées confuses de persécution, hallucination de l’ouiïe et accès d’agitation (Docteur Castin).

L'état physique reste le même dans les mois qui suivent, les idées délirantes persistent toujours, on la rend toujours malade par les machines, elle reste propre mais se refuse à touf travail. ;

Elle parle seule et devient de plus en plus incohérente dans ses propos et dans ses actes.

Nous la retrouvons actuellement présentant un état démentiel caractérisé par de l'indifférence affective et émotionnelle, des rires explosifs, niais, sans motif, de la suggestibilité et surtout du négativisme, des idées absurdes, mobiles, incohérentes de persécution, de l'excitation motrice avec actes impulsifs par intervalle, des troubles de la tenue et du gâtisme intermittent.

. En un mot, tous les signes de la démence précoce.

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