‹ Contribution à l'étude de la Forme paranoïde de la Démence précoceChapitre 14 sur 36 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Mme Laf., âgée de 46 ans, entre à l’Asile le 5 janvier 19014.

Elle a habité Paris pendant 10 ans vivant en concubinage avec un homme de peine marié. Ce dernier la laissait souffrir, ses maigres mensualités de couturière ne suffisant pas à son entretien. AS

Est revenue à Beaurepaire depuis trois ans, ses parents sont morts, mais comme elle est médium spirite elle les voit quand elle veut et ils lui dictent ce qu’elle doit faire. |

A son arrivée, dit qu'elle vient chereher un certificat pour prouver qu’elle n’est pas folle et spontanément raconte sa vie :

« Je suis mariée avec M. Hugonin, il est chef indicateur de la police. Il veille sur moi depuis quinze ans. Déjà depuis cette époque on me faisait des misères. On m'attribuait des enfants. Sa Majesté le Garde des Sceaux est depuis deux ans à Beaurepaire pour veiller sur nous. On ne m'insulte pas directement, je suis trop bien gardée.

« Je n'ai jamais eu de crises de nerfs, j'ai été séduite par un homme de peine. On s’acharne après moi parce que je dois avoir de l'argent. M. Hugonin est en pourparlers avec mes frères. Je suis mariée avec lui et on me fait passer pour folle. J'ai eu un enfant de ce nommé M... et M. Hugonin l’a légitimé.

« Un concierge de Paris a une fille qui est la maîtresse de M. Hugonin; elle m'a menacée pendant deux ans de me tuer.

« Face à face je ne lui ai jamais parlé. »

Dans la suite, les idées délirantes de persécution persistent. Le curé de Beaurepaire s’est emparé d'elle, elle est la victime de toutes les femmes; on lui donne des représentations affreuses; on est d'accord pour la voler, pour la tuer. Le curé a juré sa perte, mais le Garde des Sceaux protège M. Hugonin « l’indicateur de l’armée et le chef commissaire »; on la salit « tant qu'on peut », etc., etc.

Malgré son délire, elle est calme, docile et travaille assez. régulièrement. £

Quelques années plus tard, en 1910, elle devient très incohérente dans son langage qui exprime encore des idées de persécution et plus tard de grandeur.

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