OBSERVATION V
Joséphine H.…, 38 ans, entre à l’Asile, le 17 février 1914 : vient de l'Hôpital civil de Grenoble.
Antécédents héréditaires. — Père et mère morts jeunes, 54 et 48 ans.
Cinq frères ou sœurs en bonne santé, de 38 à 44 ans ; quatre autres frères ou sœurs morts en bas âge, dont une sœur jumelle de la malade morte de méningite.
Antécédents personnels. — À 14 ans, à l'apparition des règles, crise d'exaltation religieuse ayant duré deux mois.
Règles assez régulières depuis.
À 34 äns, fièvre typhoïde avec phlébite de la jambe droite.
Intelligence médiocre, elle est simple, vaniteuse, entêtée, sournoise, raisonne sainement à l’état normal.
Quelques jours avant son entrée à lhôpital on avait constaté une loquacité anormale. Les -idées exprimées étaient à couleur mystique, elle réclamait un prêtre, disait qu'elle avait un secret, s’accusait de mauvaises confessions ou s'attribuait tous les défauts qu'elle voyait chez les autres, et tous les crimes qu'elle lisait sur les journaux.
Le 9 février, de midi à cinq heures, ne put articuler une parole sans avoir cependant aucune paralysie motrice.
A l'hôpital, exprime des idées mystiques, s'adresse au Christ et aux Saints, elle les voit, les gens qui l'approchent sonf descendus du Paradis, l'infirmier est Saint Joseph, le docteur le Cœur de Jésus.
Ces idées sont fugaces, inconstantes et sont oubliées quelques instants après pour faire place à des idées érotiques : elle ne veut pas se marier pour ne pas coucher avec un homme, dit en riant qu'elle ne saurait avoir un enfant.
Rire fréquent, sourire niais, chants, cris, sommeil irrégulier. ù A l'Asile ragonte qu'elle a des visions, répète qu'on va læ
dé
RE pe
tuer, qu'on va l'empoisonner, dans huit jours elle sera morte. Elle aime mieux mourir dans les chemins qu'ici.
« Je ne veux pas mourir », prononce cette phrase avec des rires et des pleurs alternatifs.
On lui à fait manger des « venins » et foutes sortes de saletés.
Nie toute idée de suicide. . '
Au point de vue physique, nombreux stigmates dégénératifs, forte asymétrie cranio-faciale, prognathisme du maxillaire inférieur, oreilles mal formées.
Le certificat de vingt-quatre heures est. ainsi conçu :
« Psychose des dégénérés avec accès d'excitation et délire polymorphe d'idées érotiques, mystiques et de persécution, illusions visuelles, stigmates dégénératifs. »
Quinze jours après son entrée, elle est plus calme, exprime toujours des idées de persécution, est pärfois bruyante la nuit, rit seule de temps en temps et se refuse à tout travail.
Dans les mois qui suivent devient progressivement obtuse, son délire, moins actif, devient sans consistance presque impersonnel. : |
Elle n'est plus orientée dans le temps, manifeste une grande indifférence affective et émotionnelle et présente pendant deux mois de la sitiophobie qui a nécessité quotidiennement une alimentation artificielle à la sonde œsophagienne.
Actuellement, l'indifférence est totale, elle rit souvent, ses propos sont puérils, son langage maniéré et les idées exprimées absurdes et incohérentes ne répondent plus du tout au ton émotif.
Sa tenue est négligée, elle n’a plus aucun souci de sa toilette, et ne sort de cet état apathique que par moments : elle se montre alors impulsive et violente, frappant le personnel et les autres malades qui sont à sa portée.