‹ Contribution à l'étude de la gangrène de la langue chez le chienChapitre 3 sur 12 · A MA FEMME · texte numérisé non relu

A MA FEMME

En souvenir de notre vieille et fidèle amitié et de nos années d’études.

A TOUS LES MIENs

A nos JUGEs

MonsIEUR LE PROFESSEUR CADE de la Faculté de Médecine de Lyon Chevalier de la Légion d'honneur

Monsieur LE PROFESSEUR AUGER de l'Ecole Vétérinaire de Lyon

MonsIEUR LE PROFESSEUR BALL Directeur de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon Chevalier de la Légion d'honneur

À nos MAÎTRES

Avant-propos

Pendant les deux années passées à la Clinique de l'Ecole Vétérinaire de Lyon, nous avons été frappé par la fréquence des affections de la bouche chez le chien. Parmi celles-ci la gangrène de la langue a particulièrement attiré notre attention, autant par la gravité de son pronostic que par l'obscurité de son étiologie. Aussi avons-nous choisi pour sujet de thèse une étude sur la gangrène de la langue chez le chien. Nous laisserons de côté les cas de gangrène traumatique par ligature accidentelle de la langue ; leur mécanisme est suffisamment clair. Nous ne nous occuperons que des cas médicaux où un traumatisme, une ligature ne peuvent être mis en cause.

Il s’agit là d’une affection rare caractérisée par la soudaineté de l’apparition des symptômes alarmants et par sa terminaison rapide et fréquemment mortelle ; elle a été très peu étudiée en médecine vétérinaire.

C’est un bien modeste travail que nous soumettons à l'approbation de nos juges et nous faisons appel à toute leur indulgence.

Nous exprimons notre vive reconnaissance à M. le Professeur Cade, de la Faculté de Médecine de Lyon,

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pour le grand honneur qu'il nous a fait en acceptant la présidence du jury de notre thèse.

Nos sentiments de gratitude vont particulièrement à M. le Professeur Auger, qui nous a inspiré ce travail et qui, non seulement nous a aïdé de ses judicieux conseils, mais encore nous a témoigné pendant toutes nos études une bienveillance de tous les instants.

Nous remercions aussi bien sincèrement notre Directeur, M. le Docteur Ball, dont nous avons su apprécier pendant notre dernière année d'école la douce fermeté.

Nos remerciements vont encore à tous nos maîtres pour les précieux renseignements que nous en avons reçus et spécialement pour les bons conseils qu'ils nous ont prodigués pendant notre séjour à la clinique.

Historique

Bien que connue depuis fort longtemps, la gangrène de la langue chez le chien n’a cependant pas fait l’objet d’un grand nombre de publication. Longtemps confondue avec la stomatite ulcéreuse, c’est Peuch le premier qui, dans le Journal de Lyon, signale un cas de gargrène d'origine traumatique, dû à la constriction de la base de la langue par un anneau élastique en caoutchouc. Le sujet présentait un aspect singulier : la bouche, entr'ouverte, laissait sourdre une salive abondante ; la langue apparaissait très volumineuse, rougeâtre, dépassant les mâchoires. On sectionna l’anneau élastique découvert à la base de l’organe ; la partie gangrenée tomba d'elle-même et l’animal guérit ne conservant qu’une difficulté de déglutition, surtout marquée pour les liquides.

Barrier en 1885, et Servins en 1893 ont signalé des cas de gangrène traumatique par constriction de la base de l’organe par un anneau d’aorte postérieure de grands animaux (cheval, bœuf).

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En 1885, Brissot signale, dans le Recueil d’Alfort, un cas de gangrène d’origine infectieuse.

En 1903, Petit rapporte une observation de gan- . grène qui ne lui paraît pas dériver d’un traumatisme mais d’une glossite infectieuse. La langue de l’animal était tuméfiée, noirâtre, gangrenée ; mais tandis que la base de l’organe était le siège d’un profond sillon rempli de pus, la partie antérieure était restée relativement saine. L'étude minutieuse de la lésion n’a pu permettre de déceler la cause de cette affection ; mais elle a permis d’écarter l'hypothèse d’une gangrène par thrombose, bien que l’examen du cœur ait révélé l'existence de lésions d’endocardite siégeant sur la valvule mitrale.

En 1904, Schummel signale le cas d’un fox âgé d’un an, atteint de gangrène de la langue. Depuis plusieurs jours ce chien présentait une salivation exagérée, une anorexie complète et une grande difficulté à déglutir les liquides. La langue était rouge foncé, sans œdème. On ampute le côté gauche de l'organe, qui était déchiré et pendait. L'opération fut indolore. Schummel n’observe ni stomatite, ni ulcération concomitante de la langue.

Cadéac ne signale que des cas de gangrène traumatique.

Cadiot et Almy font de cette affection une complication de quelques maladies infectieuses générales, entraînant un affaiblissement profond de l'organisme et ouvrant par là la voie aux affections secondaires. Elle serait une complication de la maladie du jeune âge ou de la gastro-entérite et résulterait de l’infec-

At

tion de la muqueuse par un ou plusieurs microorganismes qui pullulent normalement dans la bouche : streptocoques, bacilles de la nécrose, etc... Ils en font une gangrène septique aiguë évoluant à la faveur d’un affaiblissement engendré par une maladie primitive et n'ayant rien de spécifique puisqu'elle est produite par des microbes qui sont les hôtes habituels de la bouche.

Drevet, partant des études faites en médecine humaine, qui montrent que les affections de la bouche et de l’arrière-bouche sont provoquées par la double action du bacile fusiforme et du spirille, Vincenti a pensé que chez le chien la gangrène de la langue était due de même à cette association. Dans les frottis provenant des exsudats de la partie gangrenée, ayant constaté la présence du spirille de Vincenti associé au bacille fusiforme, il en a conclu que la gangrène de la langue était due à une symbiose fusospirillaire et qu'il suffisait de détruire le spirille pour empêcher le bacille fusiforme de se développer et de produire des lésions générales mortelles.

En résumé, la gangrène de la langue est une maladie très rare et qui évolue très rapidement, la cause en est mal connue. Jusque-là les auteurs ont surtout mis en cause le traumatisme et l'infection tout en signalant au passage des lésions d’endocardites, mais sans pour cela en faire la cause première. Pour nous, nous apportons des observations, dont deux avec étude histologique, qui nous permettent de penser que la gangrène de la langue succède à l’endocardite et aux embolies consécutives, elle est la conséquence d’une thrombose de l’artère linguale.

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