OBSERVATION III
Chien briquet, 7 ans, noir et bleu, taille 0 m. 40, appartenant à M. Ch..…., à Villechenève, puis abandonné à l'Ecole.
Commémoratifs. — Le 9 avril, le chien présente de l'abattement et de l’anorexie. De sa bouche s'écoule une salive sale en filet ; la langue pend par intermittence.
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Examen. — L'anorexie est totale ; on nous amène l’animal en clinique. Il est morne et prostré. La langue pend rouge et violacée et comme atteinte de congestion passive, hors de la bouche entr'ouverte. L’examen de la cavité buccale est douloureux, difficile ; une odeur forte de gangrène s’en dégage. Toute la muqueuse est un peu enflammée, mais les lésions semblent surtout siéger sur la langue : sa face supérieure est rouge et violacée sur une dizaine de centimètres, sa face inférieure est aussi violacée et présente des îlots verdâtres et gris verdâtres qui indiquent que le processus gangréneux est déjà commencé. Entre la base de la langue restée saine et la partie gangrénée, le sillon disjoncteur étroit, jaune verdâtre, légèrement en dépression, délimite la partie destinée à s’éliminer. Un examen minutieux nous a permis de nous rendre compte qu'il n’y avait pas eu traumatisme primitif. À l’auscultation, l’animal présentait un souffle cardiaque systolique qui permet de poser le diagnostic d’endocardite (probablement insuffisance mitrale).
L'examen de l'urine n'a révélé ni glucose, ni albuminurie. Le cœur et la respiration sont accélérés (38 respirations, 110 pulsations), mais la température est restée normale, 38°8.
Le pronostic était particulièrement grave, la partie atteinte étant très volumineuse.
Traitement. — Il vise à obtenir une bonne hygiène de la bouche et à soutenir le sujet. Nous faisons une injection de 50 cc. de sérum physiologique tiède et de 10 centigrammes de caféine sous la peau pour sou-
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tenir l’animal qu'il est impossible de nourrir, même à la cuillère. Nous lavons la bouche à l’eau oxygénée et badigeonnons la langue au bleu de méthylène glycériné à 2 %.
Le 13 avril, pour prévenir l'infection générale, nous faisons à la saphène une injection de 6 centigrammes de novarsénobenzol ; comme la veille, sérum physiologique, caféine et lavages de la bouche.
Le 14 avril, un morceau de langue semblable à du foie, de couleur lie-de-vin, long d’une dizaine de centimètres, est trouvé dans la cage. On continue le traitement antiseptique local. A l’ouverture de la bouche on voit un moignon rouge vif légèrement saignant et bourgeonnant. La température est de 37°8.
Du 13 au 30 avril, amélioration de la plaie linguale qui se cicatrise. On alimente l’animal de force, il redevient gai et vif.
Subitement, le 31 avril, l’animal présente une dyspnée marquée à l'inspiration, le diamètre thoracique augmente considérablement, les côtes sont extrêmement saillantes ; par contre le flanc semble ne pas prendre part activement à la respiration. Le chien fait entendre un sifflement plaintif, à chaque mouvement respiratoire. Les muqueuses sont normales ; la température aussi (38°2). L’auscultation et la percussion ne décèlent rjen de spécial. L’appétit est conservé.
Le 2 mai, dyspnée persistante ; la température est de 39° ; le cœur bat violemment et se fatigue ; nous faisons une injection de 10 cc. d’huile camphrée.
Le 3 mai, au matin, à notre grande stupéfaction,
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la dyspnée a complètement disparu. L'état général du chien est satisfaisant, l’animal mange avec appétit, la plaie de la langue est bien cicatrisée. Mais l’animal ne pouvant déglutir sa salive, bave continuellement.
Le propriétaire ayant abondonné le chien à l’Ecole, il nous a été facile de le suivre et nous avons pu constater qu'il se rééduquait plus facilement à déglutir les solides que les liquides.