OBSERVATIONS
Nous publions ci-dessous trois observations inédites de gangrêne pulmonaire à Spirochèêtes dont deux d’entre elles furent observées il y a quelques mois, l’autre remonte à quelques années déjà. Nous transcrivons à la suite les obser-
vations se rapportant à cette forme de gangrêne que nous avons pu retrouver dans la littérature médicale.
OBSERVATION I (PR. PicaRD)
Mr. M... marchand de bestiaux, âgé de 43 ans.
Pas d’entécédents héréditaires.
Lui-même n’a jamais été malade avant 1923, époque à laquelle il fut atteint d’une affection fébrile avec courbature, céphale, rachialgie, qui fut alors étiquetée grippe. Mais cette grippe, au lieu d’évoluer vers la guérison traine plusieurs semaines, la température restant toujours, après un mois, aux environs de 37,5-38°.
Jusqu'à cette époque le malade n’a eu que des crachats muco-purulents, assez abondant, mais sans odeur; lorsque, vers la quatrième semaine, l’expectoration devient progressivement fétide, si bien que, quinze jours plus tard, leur fétidité est telle qu’elle incommode et l’entourage du malade, et le malade lui-même.
A partir de ce moment la maladie évolue d’une façon nettement cyclique : Période de calme, puis période d’exacerbation.
La période de calme dure un mois environ. Mais ce calme n’est que relatif puisque, pendant tout ce temps, le malade
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expectore encore journellement 30 à 40 crachats toujours fétides.
A cette amélioration relative fait suite une période d’exacerbation, d’une durée de quinze jours à un mois, pendant laquelle l’expectoration devient très abondante, le malade rejetant, par 24 heures, une quantité de ‘crachats, allant parfois jusqu’à deux verres, d’un pus horriblement fétide.
A cette époque il ne fut procédé à aucun examen bactériologique des crachats.
Le traitement consiste alors en injections sous cutanées d’un sérum antigangreneux composé de :
Sérum antiperfringens — 20 c. c.
— antiœdematiens — 10 c. c.
— antivibrioseptique — 10 c. c.
— antihystolitiens — DC. c.
à raison de trois injections par semaine.
Ce traitement continué pendant trois mois n’amena aucune amélioration.
Le 4 Août 1926 le malade consulte le Dr Picard.
A cette date, contrastant avec la longue évolution d’une suppuration pulmonaire, il présente un aspect d'homme bien portant n’ayant pas ou très peu maigri. Mais, de suite, on est frappé de la fétédité horrible de l’haleine, même en dehors de la toux.
L'examen des poumons révèle une matité de la partie moyenne de l’hemithorax gauche, matité notablement plus accentuée, en arrière, au niveau des cinquième, sixième et septième espaces intercostaux.
À lauscultation : Souffle à timbre caverneux et sous crépitants très humides. |
L'examen stethoscopique du poumon droit est négatif.
La Radioscopie montre, à la partie moyenne de l’hémitorax gauche, une ombre foncée au centre de laquelle apparait une image hydroaérique très nette à niveau liquide horizontal et donnant le phénomène de succussion. Le dia-
phragme joue normalement et les cul-des-acs s’éclairent bien.
Rien aux autres appareils. Très bonne dentition.
Ni sucre, ni albumine dans les urines.
Examen bactériologique des crachats, pratiqué le 8 Août par le Pr. Ballet : l’ensemencement en gelose profonde de Veillon n’a donné aucun résultat : donc pas d’anacrobies. À l’ultramicroscope on distingue un très grand nombre de Spirochétes. Ils apparaissent moins nombreux sur des colorations au polychrome et au gram.
Sur ces colorations leur longueur est de 14» À l’examen direct ils présentent deux types d’ondulations : Sur des spires allongées et peu profondes existe un autre type de spires plus profondes et plus serrées.
Malgré l’ancienneté de l'affection on tente, à tout hasard un pneumothrax artificiel : d’abord, à deux reprises différentes, en arrière, au lien d’élection. Ces deux tentatives n’eurent aucun résultat. Une troisième tentative est faite sur la ligne axillaire, puis une quatrième sous la clavicule sans que l’on puisse aboutir là encore.
Le malade part alors chez lui où on le soumet à un traitement par le sulfarsenol (jusqu’à concurrence de 4 grs) ainsi qu’à des injections d’autovaccin (Pneumoroques, recueillis dans son expectoration).
Aucune amélioration sensible se faisant sentir, il se décide à venir à Paris. Hospitalisé dans le service du D: Robineau il y fut opéré : on pratiqua une pneumotomie. Le foyer gangréneux étant très profond, l’opération se fit en deux temps. Il se produisit à la suite une amélioration, coupée toute fois de périodes d’exacerbation. Enfin se sentant beaucoup mieux il quitta le service, quoique non complètement guéri.
Il y a quelques années un cas semblable s’était présenté, où l'affection, au moment de J’hospitalisation de la malade,
remontait à un an environ.
RAR pe 1922
OBSERVATION II (Pr. PicARD)
Mme G... 40 ans.
Entre à l’Hôtel-Dieu, salle 17, en Mai 1924 pour expectoration fétide très abondante.
Pas d’antécédents héréditaires.
Antécédents personnels : Pas de maladie antérieure à Paffection actuelle qui a débuté un an auparavant.
Elle a fait à ce moment une maladie étiquetée : Congession pulmonaire grippale.
Vers la seconde semaine de l’affection, l’expectoration, de banale qu’elle était, devient fétide; et cette fétidité persiste encore au moment de l’entrée de la malade à l'hôpital.
L’expectoration qui, au dire de la malade, était peu abondante, augmentait parfois sensiblement; et, dix jours par mois environ, se produisaient de véritables vomiques journalières allant de un demi verre à un verre d’un pus verdâtre d’odeur gangreneuse.
A son entrée on se trouve en présence d’une femme de 70 kg. paraissant jouir d’une santée à peu près normale. Elle présente cependant le facies infecté des suppurations chroniques.
Examen de l'appareil pulmonaire : à
En arrière, à la base droite on a; signe le plus constani, ure matité assez intense remontant, à peu près au cinquième espace intercostal.
Dans cette partie du poumon les signes stethoscopiques sont essentiellement variables d’un jour à l’autre, si bien que, parfois, on entend du gargouillement et un souffle à timbre caverneux, et qu’un autre jour, là où s'était manifestée la présence d’une spelunque on note une simple diminution du murmure vésiculaire.
L'examen du sommet du poumon droit et de l’ensemble du poumon gauche est négatif.
Radioscopiquement on constate une obscurité de tout le