INTRODUCTION
La gentiane (gentiana l'utea) a déjà, au point de vue chi- mique, suscité de nombreux travaux qui, lentement, nous ont révélé ses principaux constituants. C’est une de nos plantes É. indigènes qui ont le plus exercé la patience et la sagacité des 3 chercheurs. Néanmoins elle ne nous a pas encore livré lous ses secrets : le glucoside que Krowayer, en 1862, a signalé dans la racine fraîche — la gentiopicrine — est à peine # connu; sa disparition dans la racine sèche reste inexpliquée ;
ce que nous savons sur la composition de la plante est encore
trop incomplet pour qu’on ait pu en donner une analyse immédiate satisfaisante. Ce sont des lacunes que j’ai tenté de combler.
Au point de vue médical, cette plante montagnarde est encore fort usitée. Ce n’est pas qu’on soit très avancé dans la connaissance de ses propriétés thérapeutiques : le groupe des amers, dans lequel on fait rentrer la gentiane, offre bien des points obscurs qui resteraient à élucider. Non seulement
on connaît mal le mécanisme de leur action, mais les théra-
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peutes discutent encore pour savoir si vraiment ces corps ont une action sur les fonctions digestives, si cette action est bienfaisante ou mauvaise. Tant aujourd’hui l’on semble tenir peu compte d’une expérience séculaire qui a pourtant donné, aux mains de nos vieux maîtres, des résultats dont malades et médecins n’avaient pas à se plaindre!
Je n’ai eu ni le temps ni la témérité de me jeter dans ces discussions périlleuses. Mais j'ai cru intéressant de tirer de l’oubli certaines propriétés de la gentiane qui la faisaient employer jadis dans le traitement des fièvres intermittentes, On a condamné sans jugement et à la légère bien des pratiques populaires : une révision attentive, raisonnée, de la thérapeutique de nos pères montrerait, comme dans le cas actuel, qu’il y aurait bien des réhabilitations à faire parmi les remèdes d’autrefois.
L'idée de cette thèse m’a été inspirée par mon père : c’est dans son laboratoire qu'ont été poursuivies mes recherches chimiques : il n’a toujours conseillé, guidé, soutenu au cours de ce long travail. Il a été mon seul maître, celui qui se donne sans compter, parce qu’il vous aime. Je lui offre ici le témoignage de ma filiale reconnaissance.
Je dois un hommage respectueux au D' Barresri, de Bastia. Quandje me suisadressé à lui, j’ai trouvé un homme de bien, un conseiller précieux, d’une science active, profonde autant que modeste, prompte à encourager toute tentative nouvelle. Ii m'a facilité ma tâche, en Corse : je l’en remercie publiquement.
Et que mes principaux maîtres dans les hôpitaux : le Pr Depove, médecin de Phôpital Beaujon ; le D' Bazy, chirurgien du même hôpital; le D° Bonxaime, accoucheur à la Maternité de Lariboisière; le D' Comgy, médecin de Phôpital des Enfants Malades; le D' Samnron, chef de clinique à la Faculté de médecine; mes anciens internes, les D's Rarmery et Ber-
THIER, reçoivent le souvenir reconnaissant de leur ancien.
quelques recherches spéciales : je lui exprime toute ma TRE 5 f reconnaissance.
Dans ce travail, j'exposerai nos connaissances chimiques . sur la composition de la gentiane, insistant d’abord et spé-
recherches ; je passerai assez rapidement en revue les autres corps qu’on a isolés de la plante, pour donner ensuite une analyse immédiate, aussi complète que possible, d’un extrait de gentiane.
. Puis, après un court chapitre de physiologie que j'aurais voulu avoir le loisir de moins écourter, je rappellerai comment les anciens avaient reconnu des propriétés antipério- È diques à notre vieille plante et exposerai les recherches cli- niques que j’ai faites en Corse, avec la gentiopicrine, dans le > traitement du Paludisme. Un résumé de nos connaissances courantes sur les propriétés thérapeutiques de la gentiane, sur son emploi actuel, terminera cette étude.