FERMENTS DE LA GENTIANE
On a vu que les auteurs qui ont précédé Krowayer n’ont pu obtenir de glucoside cristallisé'en partant de la racine sèche. Il à fallu que cet auteur traitât de la racine fraîche pour y découvrir la gentiopicrine.
MM. Bourquecor et Hérissey ont pensé que ce sont des ferments, contenus dans laplante, qui font disparaître la gentiopicrine. À l’appui de leur idée, ils ont présenté l’expérience suivante (J. de Ph: et Ch., 1902, IL, 516) :
2 gr. poudre de gentiane commerciale, 1 gr. gentiopicrine et 50 ce.,
. eau thymolée ont été abandonnées à la température du laboratoire
(15 à 17°). Examinée au bout de 2 jours, après défécation par 4/30 de son acétate de plomb, la liqueur donnait au polarimètre « — 3°30° ({— 1) et au bout de 12 jours « — 20,18’, pour « — 357 primitivement.
Les auteurs ont conclu de là que la poudre de gentiane contient un ferment analogue à l’émulsine, puisque la gentiopicrine avait été hydrolysée en partie.
Dans un autre mélange où la gentiopicrine était remplacée par du saccharose, l’inversion du sucre de canne a été complète au bout de 12 jours : la MATE de gentiane renferme donc de l’invertine.
De notre côté, nous avons pu conclure à la présence de petites quantités de gentiopicrine existant encore dans la racine séchée à lair avec cerlaines précautions (ch. IV).
Le
Mais de l'extrait aqueux de cette racine nous n’avons puretirer de gentiogénine, ni mème la déceler par la réaction si sensible de SO‘ He et de l’eau. D'autre part, dessucs de gentiane fraîche abandonnés à eux-mêmes n’ont pas donné lieu à une formation de gentiogénine.
I était donc à penser qu’un ferment particulier venait transformer la gentiopicrine. Restait à l’isoler.
Ferment de la gentiane. — On peut facilement déceler La présence d’un ferment oxydant dans la racine fraiche de gentiane. Si sur des coupes on dépose quelques gouttes d’une solution alcoolique de résine de gaïac récemment préparée, on voit se développer une coloration bleue, surtout intense dans l’écorce et la zone qui la sépare de la partie ligneuse. Cette coloration ne se produit pas lorsque, pendant quelques instants, on a maintenu les coupes dans l’eau bouillante.
Le suc frais se colore aussi de façon intense par le gaïac.
À la longue cependant— plus rapidement avec la gentiane d'octobre qu'avec celle de juillet, plus rapidement aussi lorsqu'il a été gardé à l’air que quand 1l a été conservé en atmosphère d’acide carbonique, — le suc de gentiane ne se colore plus directement par le gaïac. Mais il suffit d’ajouter un peu d’eau oxygénée pour que la coloration bleue apparaisse avec le gaïac. Çette réaction est caractéristique des peroxydases — ou mieux des ferments oxydants indirects, comme a proposé de les appeler M. Bourquecor — c’est-à-dire des ferments qui transportent l’oxygène d’un oxydant sur un corps que l’oxydant employé ne pouvait directement oxyder (HO: ne colorant pas le gaïac). La gentiane contient donc deux ferments oxydants, direct et indirect — oxydase et peroxydase — celui-ci moins fragile que le premier.
Les coupes de gentiane qui, au bout de quelque temps ont cessé
de se colorer en bleu par le gaïac seul se colorent lorsqu'on les humecte préalablement d'eau oxygénée. La coloration a le même
point de départ que précédemment. Pourtant séchées à l’air pendant plusieurs mois, elles ne se colorent plus même par le gaïac et H20%;
même résultat lorsqu'on les immerge dans la glycérine, toute colo-
ration disparait au bout de six mois; tout ferment oxydant estalors
détruit.
Il est impossible de débarrasser mécaniquement la gentiane
de tout le ferment qu’elle retient avec une grande persistance, comme par quelque phénomène de teinture analogue à la fixation classique de la papaïne sur la fibrine. Des racines fraîches, broyées, exprimées une première fois à la presse, sont lavées à l’eau à deux reprises : elles se colorent encore fortement par le gaïac. Des coupes très minces sont mises à macérer dans l’eau distillée pendant trois semaines; on change l’eau presque tous les jours; au bout de ce temps, la coloration se produit encore. Des coupes fines immergées dans la glycérine ne devaient cesser de se colorer qu’au bout de six mois. |
Préparation du ferment. — On a eu recours à la précipitation du suc par l'alcool absolu. A un volume de suc on ajoute 6 vol. d’alcool absolu : le précipité obtenu est jeté sur un filtre, lavé à l’alcool, essoré et séché rapidement sur SO4H2. Les rendements sont faibles.
Oct. 1903 : 275 suc de l'écorce ont donné 2 gr. précipité, soit 7. 3p. 100 300 — du ligneux — 1.60 — — 9.3 Juil. 1904:910 — total — L.80 — — 5.3
L’écorce donne ainsi un peu plus de précipité que le ligneux : elle est aussi un peu plus riche en sels, et l’alcool les précipite avec la matière albuminoïde à laquelle ils sont unis.
Action sur l’hydroquinone. — Pour contrôler les propriétés oxydantes, déjà manifestes dans les expériences faites avec la résine de gaïac, on a fait agir le ferment sur l’hydroquinone. Les résultats sont plus lents à se montrer qu’avecle
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