‹ Contribution à l'étude de la gentianeChapitre 41 sur 72 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

2 On sait ce qu’est le Paludisme. Désignée aussi sous le nom de malaria, de fièvre intermittente, de fièvre paludéenne, 4 c’est une affection frappant exclusivement l'espèce humaine, | dont les principaux signes cliniques sont la fièvre ordinairement intermittente, l'hypertrophie dela rate, l’anémie rapide, 120 la tendance à la chronicité et à la cachexie. Son agent a été = découvert en 1880 par Laveran : c’est un Protozoaire qui a reçu le nom d’Hématozoaire du Paludisme; il vit aux dépens des globules rouges qu’il détruit progressivement; Panémie, les dépôts pigmentaires qu’on rencontre dans les différents

3 organes, et jusque dans le protoplasma du parasite, sont les Dr. conséquences de cette destruction globulaire, de la transfor- TAS mation de l’hémoglobine. On sait aujourd’hui que certains 7 à moustiques, les Anopheles, propagent le paludisme, en trans- 4 | portant par leur piqûre l'Hématozoaire d’un individu malade

M. à un individu sain : se protéger contre le moustique, mieux

encore le détruire ou empêcher de se développer, c’est donc faire la véritable prophylaxie de la maladie, ü

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Il est bon de rappeler que si actuellement le Paludisme est rare en France, il y était autrefois très répandu. Non seulement 1l régnait là où on le trouve encore, autour des marais salants et des étangs de notre littoral ouest et méditerranéen, mais encore dans les Dombes, dans la Sologne, le long de la Loire, du Rhin, du Rhône, en Artois, en Flandre, à Paris même, dans un grand nombre de vallées des Alpes, dans beaucoup de points de nos provinces de l'Est : Verdun, Longwy, Commercy, Neufchâteau, Vitry-le François, Montier-en-Der. Il a disparu devant les travaux d’asséchement, la mise en culture des terrains marécageux. Les générations médicales qui nous ont précédés ont connu dans toutes ses modalités une affection que nous aurons de moins en moins Poccasion de rencontrer dans nos départements français.

Contre le Paludisme nous possédons un agent thérapeutique de premier ordre, la quinine. C’est un médicament véritablement spécifique, qui agit en détruisant l’hématozoaire, en rendant le sang impropre à son développement. Sans doute il est des cas de paludisme suraigu ou chronique où son action est en défaut— quelle est donc la médication sur laquelle on puisse toujours compter ? — mais on peut dire que, bien maniée, la quinine guérit dans l’immense majorité des cas. C’est un de nos alcaloïdes les plus précieux et qui a sauvé le plus de vies humaines.

Avant l'introduction dans la thérapeutique du quinquina et ultérieurement de la quinine, n’avait-on aucune arme contre les fièvres intermittentes? Ne savait-on pas guérir? Tout au moins ne savait-on pas couper des accès ? La médecine populaire était très riche en remèdes contre les fièvres paludéennes. Dusarnin-Beauwerz (Clinique thérapeutique, IF, 738) rapporte plus de 70 espèces végétales indigènes qui jadis ont été employées à cette fin. Toutes ces plantes sont aujourd’hui oubliées : et il faut reconnaître que, pour la plupart, cet

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oubli est justifié. Quelques-unes, cependant, paraissent avoir des propriétés fébrifuges réelles : les observations des anciens

auteurs sont, à cet égard, affirmatives, et il est des régions

palustres où elles sont encore en usage. Une révision attentive denotre vieille matière médicale montrerait probablement que notre flore française, trop délaissée, contient des principes actifs ignorés ou encore inexpérimentés : une semblable étude réserverait au chimiste et au médecin des trouvailles intéressantes.

La gentiane est un de nos fébrifuges indigènes autrefois les plus employés. Prescrite avec un certain succès jusque vers la première moitié du xrIx° siècle, elle disparaît alors brusquement de l’arsenal thérapeutique devant la quinine, toujours active et qui amène des guérisonsdéfinitives. Aujourd’hui, où elle n’est plus employée que comme « amer», ona perdu jusqu’au souvenir de ses propriétés. L'histoire de telles vicissitudes n’est pas sans intérêt à rapporter.

Les propriétés de la gentiane auraient été eonnues depuis fort longtemps. Pune (livre 25, ch. VID en attribue la découverte à Genrrus, roi d’Ilyrie : or, ce prince vivait150 ans environ avant l’ère chrétienne. C’estlà une originelointaine, moins brillante cependant que celle d’une autre gentianée, très populaireelle aussi, la Petite Centaurée (Centauria ou Chironia Centaurium) à qui la fable attribuelaguérison du centaure Chiron.

Les anciens médecins se servirent couramment de la gentiane dans le traitement des fièvres intermittentes. Marrror, au xvi° siècle, en vantait l’infusion contre les fièvres tierces et quartes (4). Gesner en donnait le suc à ses fiévreux. Au début du xvu® siècle, BorRHAAVE reconnaissait qu'avant l’in-

(1) D'après CaziN (Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, 4° édition, 1876, p. 475), à qui j’emprunte quelques éléments de cet historique. Voir aussi Fonssacrives, Dictionnaire de Decxawere, article Gentiane,

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troduction du quinquina elle seule était capable de faire disparaître les fièvres rebelles : « … Cortice peruviano nundum invento, sola gentiana febres quartanas expugnatas esse. » À la même époque, Wizurs, Riouax l’employaient : celui-ci en donnait le suc, dans du vin tiède, une heure avant l'accès. En 1717, Tournerorrreconnaissait ses propriétés fébrifuges, son heureux emploi avant l'usage du quiaquina (1). En 1770, LieurauD écrivait de même : « Nemo non novit gentianam, absinthium minus aliasque amaras; quæ, priusquam innotuisset kinakina, in vulgatissimum usum, haud sine successu, trahebantur (2). » Vicar rapporte son usage (3) :

Plusieurs médecins la font prendre dans les fièvres intermittentes, non pas qu'elle puisse être comparée pour cet effet au kina, ou qu’elle réussisse constamment. M. pe SENAC n’a pas été content de ses effets dans les fièvres de ce genre et il la regarde comme un remède trop chaud (4). Elle à réussi, suivant LENTILIUS, en donnant demi-once de la racine avec de l'écorce de frêne. C’est un remède familier aux Polonais, ils en prennent le poids d’une drachme dans du vin, un instant avant l'accès, je ne l’ai jamais vu manquer chez eux et dès la première prise, sans aucune mauvaise suite, quoique n’ayant subi aucune précaution.

Dans son Traité des fièvres pernicieuses intermittentes, an XII (1804), AuiBerr écrit encore (p. 322) :

XIe théorème pratique : on peut, dans quelques cas, à l’aide d’une méthode moins énergique {que le quinquina) changer le caractère pernicieux des fièvres pernicieuses intermittentes et les éteindre ensuite graduellement par l’heureux emploi des fébrifuges indigènes... Chez plusieurs malades atteints en divers temps de la fièvre pernicieuse intermittente soporeuse, et traités par le vin d’absinthe et des bols faits avec la poudre de gentiane, des fleurs de camomille, le nitrate de potasse et le sirop de miel, le professeur PINEL est par-

(4) Traité de matière médicale, tome I, p. 387.

(2) Synopsis universæ praxeos medicæ, tome I, p. 46.

(3) Matière médicale tirée de HaLer, 1776, tome I, p.214.

(4) C’est-à-dire amenant des troubles intestinaux. Voir à ce sujet page 85.

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