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CHAPITRE III

Emploi de la gentiane, en Corse, dans le traitement des fiévres paludéennes.

La gentiane est, sur le littoral oriental de la Corse, un remède assez employé pour combattre les fièvres paludéennes. Elle était autrefois plus en usage qu’aujourd’hui, la quinine étant actuellement employée par la plus grande partie de la population. Si ce vieux fébrifuge indigène n’a pas encore été entièrement supplanté par le quinquina et son alcaloïde, cela tient probablementaux eauses suivantes. La quinine, employée la plupart du temps à doses trop faibles et sans périodicité, ne guérit pas toujours, il s’en faut, les diverses manifestations du paludisme et il est bien naturel que le Corse s’adresse à un agent thérapeutique que ses pères ont employé si longtemps à l'exclusion de tout autre. D'autre part la quinine il y a peu de temps encore coûtait fort cher : on m'a cité certains endroits où elle revient à 80 centimes le gramme : c’est là un prix élevé pour une clientèle pauvre, souvent misérable : la gentiane, au contraire, ne coûte rien, on n’a qu'à prendre la peine de l’arracher dans des montagnes où elle abonde. Néanmoins cette considération de prix de revient est en train de disparaître : la ligue du D: Barresri vend à ses adhérents 15 centimes le gramme de sulfate de quinine. C’est là une mesure dont on ne saurait trop louer les organisateurs de cette ligue et qui met à la portée de toutes les bourses ce médicament si précieux.

C’est plus particulièrement dans la montagne ou à son voisinage immédiat que les fiévreux usent encore de la racine de

gentiane : à Aleria même, en plaine, on s’en sert peu, alors que je l'ai trouvéeen honneur à Ghisonnaccia, qui est tout au pied de la chaîne centrale. Lorsqu’elles redescendent dans la plaine, à la fin de « l’émigration », quelques familles rapportent leur petite provision pour l’hiver.

La gentiane est employée fraiche ou sèche. Les habitants s'accordent à dire que les racines fraiches sont plus actives que les autres. Quand ils les font sécher, ils ne les rassemblent pas en gros tas, comme cela se fait sur le continent, mais ils les étalent sur une large surface, évitant ainsi, sans le savoir, les phénomènes de fermentation et la destruction rapide des glucosides.

Les quantités employées pour couper un accès sont assez variables, selon chaque malade, ainsi que la façon d’obtenir la boisson médicamenteuse. Ordinairement on prend quatre à six racines de la grosseur du doigt (60 à 90 gr. de gentiane fraiche), on les découpe en petits morceaux, et Le soir on les met infuser dans un demi-litre d’eau environ : Le lendemain matin on avale le liquide ainsi obtenu. La proportion de gentiane est plus forte ou plus faible; linfusion peut être remplacée par une macération; la quantité d’eau qui dissoudra les principes actifs est souvent de 200 cc. seulement (un grand verre); certains ramènent par évaporation le demilitre d’infusion à une quantité moindre; d’autres emploient du vin blanc et non de Peau; bref il y a là des variantesindividuelles et pas de règle fixe. La médication est toujours répétée plusieurs jours de suite, plus ou moins longtemps suivant les effets obtenus, et suivant l’accoutumance plus ou moins grande du malade à l’amertume de la drogue.

Quels sont les résultats amenés par un semblable traitement? Certes, tous les accès ne sont pas toujours coupés instantanément, les accès ultérieurs reviennent parfois, surtout quand -le traitement n’a pas duré assez longtemps : il y a

aussi des malades qui n’en ont retiré aucun bénéfice et la population corse ne considère pas la gentiane comme le remède infaillible capable de faire rejeter quinine et quinquina. Mais à côté d’échecs il y a des succès réels, nombreux, dont témoignent les anciens malades et que reconnaissent les médecins corses eux-mêmes.Le D° Barresri, à qui, au mois de juin 1904, je demandais conseil pour mes recherches ultérieures, me répondait : « On fait souvent usage en Corse de la gentiane, sous forme de décocté, pour combattre la fièvre paiudéenne : je sais qu’elle réussit à enrayer les accès, mais j'ignore si elle les guérit, par le motif que cette plante étant presque toujours employée sans aucune méthode ni prescription il ne m’a jamais été donné d’en suivre les effets curatifs à longue échéance. Il y a là certainement matière à recherches intéressantes au point de vue scientifique... »

Avant de relater mes essais thérapeutiques faits à Aleria avec les glucosides de la gentiane, je rapporte, à titre documentaire, quelques cas de guérison dont je tiens le récit des anciens malades eux-mêmes.

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