SAUCES
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vieux, et toujours mal soigné, comme c’est la règle dans ces pauvres pays.
IL faut signaler qu’à côté de ces cas morbides il y a dans le pays des individus qui semblent réfractaires au paludisme. J'ai trouvé quelques habitants qui n’avaient jamais contracté les fièvres, grâce peut-être à une émigration régulière, une hygiène relativement bonne, quelques précautions prophylactiques : rien d'étonnant chez ceux-là. Mais j’en ai vu quelques autres, rares il est vrai, qui, en dépit de touteslesimprudences, malgré un séjour continu sous ce ciel inelément, n’ont jamais eu un accès de fièvre. {1 y a même un individu à Casabianda qui en pleine saison épidémique couche à la belle étoile malgré Culex et Anopheles et qui en est encore à ignorer ce que c’est que la fièvre.
On rencontre, dans la plaine d’Aleria, des fièvres quotidiennes, tierces, quartes, subcontinues, continues. telles que les décrivent les auteurs. Les accès pernicieux proprement dits, bien qu’assez rares, n’y sont pas inconnus, et on m'a cité quelques cas de malheureux paludiques enlevés en 48 heures par des symptômes aigus que les habitants semblaient à juste titre rattacher à la malaria. Pour ma part, pendant cinq semaines de séjour, j’eus l’occasion (5 et 6 octobre) de voir deux cas assez graves, justiciables d’une médication énergique et rapide: pour lun, il s'agissait d’une jeune fille de 22 ans, avec phénomènes algides ; pour l’autre, d’un garcon de 20 ans 1/2, avec début apoplectiforme et vomissements bilieux (1). La quinine en vint du reste assez facile-
(1) Voici, en quelques mots, l’histoire de ce petit malade : je ne la rapporte que pour montrer l'utilité du microscope, si l'on veut un diagnostic précoce.
André P.., 2 ans 4/2, habite Aleria depuis juillet 1903; n’a pas émigré en 1904. Bel enfant, très vigoureux, toujours bien portant.
Le 5 octobre, il joue en plein soleil, à 1 heure de l'après-midi, tête nue. Brusquement il rentre à la maison disant : j'ai mal à la tête. Il devient rouge, violacé, pousse un cri et tombe : le corps est agité de convulsions. Je le vois presque aussitôt, les mouvements convulsifs, violents, durent quelques minu-
ment à bout. Quant à la véritable cachexie paludéenne, je n’en ai pas rencontré beaucoup : un cas à Cateraggio (obs. IT). deux autres à quelques kilomètres plus loin, chez des hommes de 38 à 40 ans (Piedrone et halte du Tavignano). Le paludisme, sur ce coin de terre corse, n’est probablement pas assez violent pour amener une déchéance profonde et irréparable de l’organisme. Il est vrai (D' Prrni FerRannr, thèse, p. 45) que la durée moyenne de la vie, dans la région d’Aléria, est de 23 ans 6 mois !
Comment, lorsqu'ils ont été infectés par l’hématozoaire, les habitants se soignent-ils? Fait qui semble paradoxal: ils ne se soignent pas ou se soignent fort mal. Beaucoup s’en remettent au temps seul comme agent thérapeutique. et si quelques fièvres bénignes ont pu passer toutes seules en quelques jours, le plus grand nombre de ces indifférents voit la fièvre traîner un an, plusieurs années même, tenace, sans tendance à la guérison naturelle. D’autres prennent de la quinine : mais elle ne leur fait pas tout le bien qu’elle devrait
tes, après quoi l'enfant est pris de vomissements hilieux, très abondants. T. 40° 4 (pli de l’aine). Le petit P..., qui n'a pas repris connaissance, tombe bientôt dans un profond sommeil, d’abord stertoreux, et qui devient lentement un peu plus paisible. La cyanose est intense, les conjonctives sont injectées de sang. Devant ces accidents brusques, quel diagnostic poser ? Insolation, paludisme aigu, ou faut-il écouter les parents qui supposent que « ce sont les vers » ? Deux lames de sang sont prélevées à 1 heure et quart, colorées : j’y trouve des corps intraglobulaires, pigmentés, très beaux : c'est donc là un accès franc de paludisme.
Suite sans grand intérêt. L'accès finit vers cinq heures, quoique la fièvre reprenne encore dans la nuit, Il devait recommencer le lendemain, mais bien moins intense : l’enfant n’avait pu garder toute la quinine que je lui avais donnée le matin. Le diagnostic se trouvait, s’il en était encore besoin, confirmé. Ultérieurement, traitement méthodique à la quinine. A partir de la 2° semaine, on à employé l'aristochine (éther carbonique de quinine) aux doses de 50 centigr: en raison de son manque absolu d’amertume, elle est prise sans difficulté par le petit malade. J'avais pu apprécier ce médicament, chez une petite paludique, dans le service de mon maitre, M° le D: Comby (‘) — Guérison normale malgré une rechute le 11 octobre.
{*) Soc. médic. des hôpitaux, 23 décembre 4904,
faire, En effet, voici comment les choses se passent dans la plupart des cas. Le malade, voyant que sa fièvre ne s’en va pas toute seule, se procure, selon ses ressources, un flacon de 5,10 ou 15 grammes de quinine (sulfate ou chlorhydrate): de temps en temps, il en prend une pincée, sans mesure, croyant en avaler beaucoup, alors, comme j'ai pu m'en assurer moi-même, qu’il n’en prend jamais plus de 40 à 50 centigrammes, au maximum : les sels de quinine, très légers, pèsent peu sous un grand volume. De plus, aucune règle dans la prise du médicament : quand un accès a été coupé, il est rare que l’on continue le traitement et on attend presque toujours le retour du suivant pour prendre une nouvelle pincée de la drogue. De la sorte, le flacon de quinine dure des mois et la fièvre ne passe pas. Il faudrait, comme le tente la Ligue, persuader aux habitants de ces malheureuses régions que la quinine doit être prise à doses déterminées et selon un mode déterminé : tant que ces notions qui paraissent si simples n’auront pas pénétré dans la masse de la population, il est à craindre que le mal soit long à être guéri et enrayé.
Comment expliquer cette thérapeutique rudimentaire et si peu efficace? Il y à d'abord l’apathie, linsouciance, le fatalisme que professent la plupart des habitants de la plaine devant le fléau. Il y a eu aussi jusqu’à présent le manque de direction médicale : songeons que les médecins de Bastia sont à 75 kilomètres d’Aleria, ceux de Corte à 60; le paysan abandonné à lui-même est un peu excusable de se soigner si mal. La Ligue du D' Barresri a déjà rendu bien des services autour d'elle; mais elle est toute jeune encore, elle ne peut émouyoir qu'à la longue des populations un peu frustes, et ilne faut pas compter voir appliquer du jour au lendemain, par des intelligences routinières, les sages conseils qu’elle donne au point de vue de la prophylaxie et du traitement.
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Devant des insuccès dus bien souvent à leur propre faute et attribués par eux à la quinine elle-même, les habitants de la plaine ne sont pas aussi enthousiastes du précieux alcaloïde qu’on serait tenté de se l’imaginer. Ils l’accusent de plus d’un certain nombre de méfaits : elle donne « le gros ventre » aux enfants et même aux adultes, elle affaiblit, elle prédispose aux hémorragies — toutes choses qui sont l’effet de la maladie et non du remède. Rien d’étonnant donc qu'ils aient eu ou aient encore recours à des plantes indigènes : gentiane (surtout vers Ghisonnaccia), petite centaurée (vers Alistro), absinthe maritime (surtout à Aleria). Et, il faut le reconnaître, ils arrivent avec ces « simples » à couper souvent leurs accès, parfois à les faire disparaitre.
Néanmoins ces vieux moyens thérapeutiques tendent de plus en plus à tomber en désuétude et le temps n’est pas loin où la quinine, bien maniée, sera seule employée par les paludéens dans la plaine d’Aleria.